Les restrictions à la liberté d'expression créent un climat de peur à Cuba

Cuba a tenté d'attribuer à l'embargo des États-Unis la responsabilité de son échec en matière de protection des droits humains.

Cuba a tenté d'attribuer à l'embargo des États-Unis la responsabilité de son échec en matière de protection des droits humains.

© Lode Rummens


30 juin 2010

À Cuba, le système judiciaire répressif instaure un climat de peur parmi les journalistes, les dissidents et les militants en leur faisant courir le risque d'être victimes d'actes de harcèlement ou d'arrestations arbitraires de la part des autorités, écrit Amnesty International dans un rapport publié mercredi 30 juin.

Ce rapport, intitulé Restrictions on Freedom of Expression in Cuba, met en relief certaines dispositions législatives et pratiques gouvernementales qui imposent des restrictions sur les informations fournies aux médias et qui sont utilisées pour arrêter et poursuivre des centaines de détracteurs du gouvernement.

« La formulation des lois est si vague que pratiquement n'importe quel acte marquant une opposition au régime en place peut être considéré comme criminel, ce qui rend très difficile pour les militants de s'élever contre le gouvernement. Des réformes doivent être adoptées de toute urgence pour faire de tous les droits humains une réalité pour tous les Cubains », a déclaré Kerrie Howard, directrice adjointe du programme Amériques d'Amnesty International.

Yosvani Anzardo Hernández, directeur du journal en ligne Candonga, est l'un des nombreux journalistes indépendants cubains à avoir été arbitrairement arrêtés et interrogés, et à avoir subi des actes d'intimidation de la part des autorités.

En septembre 2009, il a été détenu arbitrairement pendant 14 jours avant d'être libéré sans inculpation. Cette fois-là, la police a également confisqué son ordinateur, sur lequel était hébergé le site internet du journal, et coupé sa ligne téléphonique.

Bien que Yosvani Anzardo Hernández se soit résigné à abandonner la publication du journal, il ne comprend toujours pas pourquoi le site a été fermé. « Nous espérions que le gouvernement comprendrait que nous ne faisions qu'exercer un droit, nous ne faisions de mal à personne, a déclaré le journaliste. Nous avons fait beaucoup d'efforts pour parler de ce qui se passe dans le pays. [Les autorités] ont considéré que c'était dangereux. »

L'État cubain détient un monopole presque total sur les médias et exige en outre que chaque journaliste adhère à l'association nationale des journalistes, elle-même contrôlée par le parti communiste.

D'autre part, les autorités ont mis en place des filtres qui limitent l'accès à certains blogs critiquant ouvertement le gouvernement, et les libertés fondamentales font l'objet de restrictions.

La Constitution cubaine va plus loin encore dans la restriction de la liberté d'expression, puisqu'elle précise qu'« [a]ucune des libertés reconnues aux citoyens ne peut être exercée contre ce qui est établi par la Constitution et les lois, ni contre l'existence et les fins de l'État socialiste, ni contre la décision du peuple cubain d'édifier le socialisme et le communisme ».

Le code pénal prévoit tout un ensemble de chefs d'accusation à la formulation vague, tels que « dangerosité sociale », « propagande ennemie », « rébellion », « diffamation d'institutions nationales » ou « impression clandestine », pouvant être utilisés pour réprimer la dissidence.

Certaines dispositions de la Loi n° 88 relative à la protection de l'indépendance nationale et de l'économie cubaine servent également à étouffer la critique et à sanctionner les dissidents qui travaillent avec des médias étrangers.

Le système judiciaire n'étant ni indépendant, ni impartial, les personnes qui critiquent le gouvernement constatent qu'un nombre illimité d'agissements peuvent être considérés comme criminels, et elles subissent des procès souvent iniques et sommaires.

Les autorités cubaines prétendent ne détenir aucun prisonnier politique mais, à la connaissance d'Amnesty International, au moins 53 prisonniers d'opinion sont toujours incarcérés dans le pays pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d'expression, d'association et de réunion.

Pablo Pacheco Avila, l'un des 75 dissidents arrêtés lors du « Printemps noir », une vague de répression qui a eu lieu en 2003, a été condamné à 20 ans d'emprisonnement pour avoir rédigé des articles pour des journaux étrangers et électroniques, accordé des entretiens à des stations de radio étrangères et diffusé des informations sur Internet.

Bien que certains prisonniers d'opinion aient été libérés pour des raisons de santé, comme Ariel Sigler Amaya en juin 2010, la plupart d'entre eux, notamment Pablo Pacheco Avila, sont toujours en prison.

Le gouvernement cubain a tenté de justifier son incapacité à protéger les droits humains en rejetant la faute sur les conséquences néfastes de l'embargo imposé par les États-Unis.

« Il est évident que l'embargo américain a eu un impact négatif sur le pays mais cela ne saurait justifier les violations des droits humains de la population cubaine, a déclaré Kerrie Howard. Le gouvernement doit trouver des solutions pour mettre un terme à ces atteintes, plutôt que des excuses pour les commettre. »

Amnesty International exhorte le gouvernement cubain à abroger ou amender les dispositions législatives qui limitent illégalement la liberté d'expression, à mettre un terme au harcèlement des dissidents, à libérer tous les prisonniers d'opinion et à autoriser le libre échange d'information par le biais d'Internet et d'autres médias.

« La libération de tous les prisonniers d'opinion et la fin du harcèlement des dissidents sont des mesures que le gouvernement cubain doit prendre immédiatement et sans condition », a déclaré Kerrie Howard.

« Afin d'honorer ses engagements en faveur des droits humains, Cuba doit en outre démanteler tous les mécanismes de répression construits au fil des décennies et mettre en œuvre les réformes nécessaires pour faire des droits humains une réalité pour tous les Cubains. »