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Répression aux îles Fidji : les donateurs internationaux sont priés d'agir

Des soldats au sein du Sénat à Suva, aux îles Fidji, à la suite du coup d'État de décembre 2006.

Des soldats au sein du Sénat à Suva, aux îles Fidji, à la suite du coup d'État de décembre 2006.

© APGraphicsBank


7 septembre 2009

Le gouvernement militaire provisoire aux îles Fidji met en œuvre un large éventail de tactiques répressives afin de museler toute contestation et d'intimider ses détracteurs, a affirmé Amnesty International dans son nouveau rapport. Ce document se fonde sur les recherches menées par l'organisation à Fidji durant la répression qui a débuté en avril 2009.

Il dénonce les coups, les arrestations et détentions arbitraires, le harcèlement des défenseurs des droits humains et les restrictions rigoureuses imposées aux libertés fondamentales d'expression, d'opinion et d'association. D'après Amnesty International, la situation des droits humains aux îles Fidji, en constante détérioration depuis le tour de vis imposé par l'armée, requiert une action internationale, notamment de la part de la Chine, devenue l'un des principaux donateurs étrangers du pays.

« Les forces de sécurité à Fidji deviennent de plus en plus menaçantes envers ceux qui s'opposent au régime, notamment les journalistes et les défenseurs des droits humains, a indiqué Apolosi Bose, chercheur d'Amnesty International sur les îles du Pacifique. Fidji est tombée dans l'engrenage de la multiplication des atteintes aux droits humains et de la répression. Seule une pression internationale concertée peut enrayer cette spirale. »

Du 10 avril au 20 mai 2009, la police, l'armée et des représentants du gouvernement ont arrêté une quarantaine de personnes, dont des journalistes. Les autorités les ont toutes relâchées par la suite. Toutefois, les mesures d'intimidation et les arrestations de courte durée leur servent de tactique visant à bâillonner la liberté d'expression.

Amnesty International appelle le régime militaire à abroger les dispositions relatives à l'état d'urgence promulguées le 10 avril 2009, lorsque le président Ratu Josefa Iloilo a aboli la Constitution fidjienne et reconduit le commodore Frank Bainimarama au poste de Premier ministre.

Aux termes de ces dispositions, les forces de l'armée et de sécurité détiennent le contrôle absolu sur la population fidjienne. Les soldats et les policiers jouissent d'une immunité totale de poursuites pour leurs actes, y compris pour de graves violations des droits fondamentaux.

En vertu de ces dispositions, la police a appréhendé Iliesa Duvuloco, politicien de soixante ans, et cinq autres hommes. Ils ont été maintenus en détention pendant quatre jours à partir du 17 avril pour avoir distribué des tracts critiquant vertement les dirigeants du gouvernement provisoire. Des membres de l'armée ont battu ces six hommes et les ont contraints à effectuer des exercices de type militaire.

Dans son rapport, Amnesty International rend compte d'une politique gouvernementale qui se traduit par l'ingérence dans le système judiciaire, la forte censure des médias et le harcèlement et les arrestations des détracteurs du régime.

« Le harcèlement et la détention arbitraire qu'infligent actuellement les autorités aux journalistes, aux avocats, au clergé, aux membres influents de la société civile et aux détracteurs en vertu des dispositions relatives à l'état d'urgence, vagues et générales, ont pour seul objectif de supprimer toute forme de dissidence », a expliqué Apolosi Bose.

Amnesty International a invité les donateurs et investisseurs internationaux à faire pression sur le gouvernement fidjien pour qu'il rétablisse l'état de droit. La Chine, qui a massivement accru son aide financière à l'État fidjien depuis le coup d'État de 2006, doit user de son influence pour résoudre la crise constitutionnelle.

« La Chine clame depuis longtemps qu'elle ne s'immisce pas dans les affaires des autres États. Pourtant, à Fidji, elle a clairement appuyé l'une des deux parties se livrant une longue bataille politique – et par là même ignoré la situation des droits humains dans le pays », a affirmé Donna Guest, directrice adjointe du programme Asie-Pacifique d'Amnesty International.

Apolosi Bose, chercheur d'Amnesty International sur les îles du Pacifique et auteur du rapport, se trouvait à Fidji lorsque la Constitution a été abrogée le 10 avril. Il a effectué des recherches étoffées et s'est entretenu avec plus de 80 personnes, dont des représentants de diverses organisations et de simples citoyens.

Les forces armées de la république des îles Fidji, sous les ordres du commodore Frank Bainimarama, ont renversé le gouvernement à la faveur d'un coup d'État le 5 décembre 2006, à la suite d'une épreuve de force interminable entre le gouvernement multipartite de Laisenia Qarase et l'armée.