Le gouvernement du Myanmar expose les survivants du cyclone à des dangers accrus

À Bogalay, au Myanmar, des personnes sinistrées attendent l’atterrissage d’un hélicoptère apportant des biens de première nécessité.

À Bogalay, au Myanmar, des personnes sinistrées attendent l’atterrissage d’un hélicoptère apportant des biens de première nécessité.

© AP Photo


5 juin 2008

Selon de nouvelles recherches publiées par Amnesty International, le gouvernement du Myanmar empêche l’aide de parvenir aux survivants du cyclone Nargis et intensifie ses efforts pour obliger ces derniers à quitter les abris d’urgence. L’action du gouvernement expose des dizaines de milliers de survivants déjà très vulnérables à des risques accrus de mort, de maladie et de famine.

Le 20 mai, le gouvernement du Myanmar, le Conseil national pour la paix et le développement (SPDC), a annoncé la fin de la phase de secours et d’aide d’urgence et le début de la phase de reconstruction. Depuis, il a lancé une campagne visant à forcer les survivants ayant perdu leur maison à quitter les camps mis en place par les autorités ou constitués de façon spontanée.

Les autorités ont centré leurs efforts sur les écoles et les monastères, car ces bâtiments avaient été transformés en bureaux de vote pour le référendum constitutionnel finalement organisé vers la fin mai et parce que les cours ont repris le 2 juin.

La plupart des personnes déplacées ne peuvent rentrer chez elles, de nombreuses zones du delta de l’Irrawaddy ravagées par le cyclone étant toujours inhabitables.

« Après avoir survécu à la furie des éléments, des milliers de survivants du cyclone souffrent maintenant des mesures prises par le SPDC », a déclaré Benjamin Zawacki, chercheur d’Amnesty International sur le Myanmar.

S’appuyant sur différentes sources, notamment des récits de témoins et des entretiens avec des personnes disposant d’informations de première main sur les régions frappées par le cyclone, Amnesty International constate qu’il est urgent pour le SPDC et pour les donateurs internationaux d’adopter des normes pour protéger les droits humains dans le cadre de la réaction à la catastrophe.

Amnesty International est également préoccupée par la distribution de l’aide. Le 16 mai, l’organe de presse officiel du Myanmar, New Light of Myanmar, s’est engagé à « mener des enquêtes sur les affaires [de détournement d’aide], à en démasquer les auteurs et à prendre des actions punitives contre eux conformément à ce que prévoit la loi ». Amnesty International salue ces mesures et appelle le SPDC à contrôler strictement la distribution de l’aide par ses fonctionnaires et à enquêter sur toute allégation de vol, d’abus de pouvoir ou de détournement de l’aide.

« Étant donné le lourd bilan du SPDC en matière d’atteintes aux droits humains, les agences humanitaires doivent être particulièrement attentives à toute entrave ou tout détournement de leur aide », a déclaré Benjamin Zawacki, qui est sur place depuis un mois pour rassembler des informations à partir des régions touchées.

Amnesty International a confirmé l’exactitude des informations concernant plus de 30 cas et récits de personnes contraintes de quitter les abris d’urgence installés dans des monastères, des écoles et d’autres lieux.

Ces deux dernières semaines, la politique de réinstallation s’est faite plus systématique et s’est étendue. Les autorités ont obligé des personnes réfugiées à Maungmya, Maubin, Pyapon et Labutta à retourner dans leur village.

Sur les 45 camps de Pyapon, seuls trois existaient encore à la date du 28 mai. Le 23 mai, les autorités de Rangoun ont contraint plus de 3 000 survivants à quitter le camp de Shwebaukan, mis en place par les autorités à Myo Thit dans le district du Dagon Nord, et un camp non officiel établi dans le collège d’État n° 2 de Dala.

Parmi les abus répertoriés, on note aussi la confiscation et la mauvaise utilisation de l’aide. Amnesty International a reçu plus de 40 informations ou témoignages selon lesquels l’aide est confisquée par des fonctionnaires, détournée ou gardée au lieu d’être distribuée aux survivants du cyclone.

En dépit des déclarations de hauts responsables du SPDC condamnant de tels agissements, les fonctionnaires locaux peuvent agir en toute impunité. Amnesty International a par exemple entendu le récit d’un témoin qui a vu, le 26 mai, sur le pont Pan Hlaing du quartier Hlaing Tharyar, à Rangoun, le capitaine de police U Luu Win arrêter 48 camions transportant de l’aide fournie par des donateurs privés birmans. Le 1er juin, la police n’avait toujours pas laissé passer les camions.

Voir aussi :
Un groupe ethnique victime de crimes contre l'humanité au Myanmar (rapport, 5 juin 2008)

Myanmar. Préoccupations relatives aux droits humains un mois après le passage du cyclone Nargis

Télécharger :
Index AI : ASA 16/013/2008
Date de publication : 5 juin 2008
Catégorie(s) : Myanmar

Amnesty International craint que la crise humanitaire provoquée par le cyclone Nargis n'entraîne de nouvelles violations des droits humains imputables au Conseil national pour la paix et le développement (SPDC). La transparence et l'obligation de rendre des comptes sont nécessaires pour garantir que les victimes reçoivent l'aide dont elles ont besoin et que celle-ci soit distribuée de manière efficace et équitable, et sans discrimination. Amnesty International a reçu des informations confirmées faisant état de déplacements forcés et de problèmes liés à la distribution de l'aide. Elle craint également que le SPDC ne commence à utiliser les civils pour le travail forcé dans les zones touchées par le cyclone.


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