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La Libye priée de mener une enquête rigoureuse sur un massacre ayant eu lieu en 1996 dans une prison

Les familles de victimes ont à de multiples reprises demandé aux autorités de révéler la vérité.

Les familles de victimes ont à de multiples reprises demandé aux autorités de révéler la vérité.

© Libyan Human Rights Solidarity


29 juin 2010

Amnesty International demande au gouvernement libyen d'enquêter de manière approfondie sur l'homicide d'environ 1 200 détenus survenu à la prison d'Abou Salim, à Tripoli, le 29 juin 1996, de traduire en justice les responsables présumés et d'accorder des réparations adaptées aux familles.

Les autorités libyennes, qui n'ont reconnu qu'en 2004 que des troubles avaient eu lieu, ont déclaré que ces personnes étaient mortes lors d'un échange de tirs entre gardiens et détenus à la suite d'une tentative d'évasion.

D'anciens détenus affirment cependant que les gardiens ont tiré à l'aveuglette sur des prisonniers qui se trouvaient hors de leur cellule durant une émeute provoquée par les conditions de détention déplorables, le 28 juin. Le lendemain matin, selon ces anciens détenus, une explosion a retenti et des tirs ont été entendus pendant environ deux heures.

Mouammar Kadhafi, le chef de l'État libyen, a qualifié l'événement de « tragédie » devant une délégation d'Amnesty International en mission dans le pays en 2004.

Depuis 2008, les familles des victimes ont demandé à de multiples reprises aux autorités de révéler les raisons pour lesquelles leurs proches ont été tués.

« Au lieu d'essayer de réduire au silence les familles de victimes et de continuer à traiter les homicides d'Abou Salim comme un secret d'État, le gouvernement libyen doit mettre fin à des années d'incertitude et de douleur, ouvrir une enquête exhaustive et indépendante, et amener les responsables présumés à répondre de leurs actes », a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Les autorités doivent publier une liste détaillée des détenus tués dans la prison d'Abou Salim en juin 1996 ainsi que des personnes mortes en détention des suites de torture ou d'autres formes de mauvais traitements. »

« Il faut délivrer aux familles des victimes des certificats de décès fiables, indiquant le lieu, la date et la cause exacte de la mort ; ceux qui leur sont actuellement remis n'apportent aucun éclaircissement sur les circonstances de ces homicides. »

Des familles ont organisé des actions de protestation afin de réclamer justice pour leurs proches tués. Ces manifestations sont généralement tolérées, mais les personnes se trouvant au premier rang ont subi des représailles de la part des autorités (menaces, restrictions à leur droit de circuler librement et arrestations).

Les autorités libyennes ont par ailleurs proposé une indemnisation aux familles pour la perte de leur proche, mais seulement à la condition qu'elles ne cherchent pas obtenir justice auprès des tribunaux.

La plupart des détenus tués à la prison d'Abou Salim étaient également victimes de disparition forcée. Ils avaient été arrêtés à des moments différents depuis 1989, et leur famille ne les avait pas revus par la suite.

Pendant des années, les autorités ont catégoriquement affirmé qu'aucun homicide n'avait été commis dans la prison d'Abou Salim en 1996. De nombreuses familles ont continué à apporter de la nourriture et des vêtements aux portes de la prison année après année, croyant que leurs proches se les voyaient remettre, alors qu'ils étaient déjà morts.

Cet établissement serait sous le contrôle de l'Agence de sûreté intérieure, un service de renseignement, et non de la police judiciaire, qui est chargée des prisons.

Le gouvernement annonce régulièrement que des enquêtes sur les homicides d'Abou Salim viennent de débuter ou sont en cours. En septembre 2009, le juge Mohamed al Khadar a été chargé de diriger une enquête et a promis qu'un rapport final serait publié six mois plus tard. À ce jour, aucun rapport n'a été rendu public.

Selon la Fondation internationale Kadhafi pour le développement, organisation dirigée par Saif al Islam Kadhafi, l'un des fils du chef de l'État libyen, on dénombrerait quelque 1 167 familles de victimes, dont certaines ont perdu plusieurs de leurs membres au cours de l'événement.

Amnesty International demande également aux autorités libyennes de s'attaquer au système plus large ayant permis aux forces de sécurité de commettre des violations flagrantes des droits humains au cours de ces dernières décennies, sous la forme de disparitions forcées, d'exécutions extrajudiciaires, d'actes de torture et d'autres types de mauvais traitements.

Beaucoup de ces victimes étaient des dissidents politiques ou des membres ou sympathisants présumés de groupes islamistes armés.

« Il y a quelques années, la Libye était un pays fermé se trouvant sous le coup de sanctions internationales, et les atteintes aux droits humains s'y déroulaient dans un climat d'isolement et de secret », a ajouté Amnesty International.

« Ce pays joue désormais un rôle beaucoup plus important sur la scène internationale, et a été élu au Conseil des droits de l'homme des Nations unies en mai. Pour être crédible, la Libye doit enquêter de manière rigoureuse sur ces violations passées des droits humains et en sanctionner les responsables.

« Le climat d'impunité persistant facilite les violations des droits humains. Il donne aussi aux forces de sécurité le sentiment qu'elles sont au-dessus des lois et que leurs victimes ne sont pas protégées par le droit. Les proches des personnes ayant été tuées et des victimes de disparition forcée doivent pouvoir connaître la vérité et voir la justice suivre son cours, mais aussi bénéficier de réparations adéquates et recevoir des excuses officielles pour ces actes perpétrés au nom de l'État », a conclu Amnesty International.