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Haïti : il faut traduire Jean-Claude Duvalier en justice

Jean-Claude Duvalier est rentré en Haïti en janvier 2011 après vingt-cinq ans d'exil en France.

Jean-Claude Duvalier est rentré en Haïti en janvier 2011 après vingt-cinq ans d'exil en France.

© APGraphicsBank


22 septembre 2011

Amnesty International a exhorté jeudi 22 septembre les autorités haïtiennes à déférer à la justice l'ancien président Jean-Claude Duvalier – surnommé « Bébé Doc » – pour les violations des droits humains commises sous son régime entre 1971 et 1986.

Cet appel coïncide avec la publication par Amnesty International d'un nouveau rapport contenant des témoignages de détentions arbitraires, de torture, de morts en détention, d'homicides et de disparitions survenus durant les années de présidence de Jean-Claude Duvalier.

« Il existe suffisamment d'éléments permettant de poursuivre en justice Jean-Claude Duvalier pour les nombreux cas de détention arbitraire, de torture, de mort en détention, d'homicide et de disparition qui ont eu lieu sous son régime et dont certains s'apparentent à des crimes contre l'humanité, a déclaré Javier Zúñiga, conseiller spécial d'Amnesty International.

« Il importe que la nouvelle équipe dirigeante d'Haïti manifeste la volonté politique de respecter ses obligations internationales et d'accomplir son devoir envers toutes les victimes de ces atteintes aux droits humains. »

Jean-Claude Duvalier est retourné en Haïti en janvier 2011, après 25 ans d'exil en France.

Il a été inculpé par les autorités haïtiennes de détournement et de vol de fonds publics ainsi que de crimes contre l'humanité commis au cours de sa présidence.

Pendant cette période, Amnesty International avait fourni au procureur de Port-au-Prince, le commissaire au gouvernement, des éléments qui établissaient la preuve que des atteintes aux droits humains avaient été commises sous Jean-Claude Duvalier. Ces éléments d'information ont été versés au dossier à l'appui de l'enquête.

Entre 1971 et 1986, des dirigeants politiques, des journalistes, des syndicalistes et des personnes soupçonnées d'être des opposants au gouvernement risquaient tout particulièrement d'être victimes de détention arbitraire, de torture, d'homicide à caractère politique et de disparition forcée. Il était courant que des prisonniers politiques meurent en détention, tout comme il était courant qu'ils soient torturés et souffrent de maladies et d'un manque de nourriture et d'installations sanitaires.

La justice n'est intervenue que dans les très rares cas qui ont largement attiré l'attention de la communauté internationale, mais le gouvernement de Jean-Claude Duvalier n'a jamais reconnu l'existence de prisonniers politiques.

Augustin Auguste, membre d'un parti d'opposition, aurait été arrêté le 28 janvier 1986 à Port-au-Prince par des membres de la milice armée appelée les « tontons macoutes ». Il a été vu à l'hôpital militaire puis emmené à la prison de Fort Dimanche, où il aurait été tué par balle le 3 février.

On ne l'a plus jamais revu, et sa famille n'a jamais reçu aucune explication officielle de ce qui lui est arrivé. Augustin Auguste avait déjà été arrêté auparavant, à plusieurs reprises, en raison de son appartenance au Parti démocrate-chrétien haïtien (PDCH). Il a été l'une des milliers de victimes du régime Duvalier.

Un ancien prisonnier politique a décrit les conditions de détention en janvier 1973 : « Les cellules individuelles ont en général 7 pieds de long, 7 de haut et 3 de large [2 mètres de long, 2 mètres de haut et 1 mètre de large]. Certaines sont des niches où le prisonnier peut rester allongé ou recroquevillé, mais il lui est impossible de s‘y tenir debout. Les cellules collectives de trois mètres par trois, logent parfois jusqu'à 15 prisonniers. On doit dormir à tour de rôle, accroupi ou debout. Il n'existe aucune ouverture pour l'aération de la cellule. La lumière du jour n'y entre pas. Une ampoule de forte intensité y est allumée jour et nuit. Aussi un grand nombre de prisonniers souffrent de la vue. »

« Il est probable que les affaires de violations des droits humains sur lesquelles nous avons rassemblé des informations ne constituent qu'une faible proportion des cas réels survenus pendant que Jean-Claude Duvalier était au pouvoir. Nous ne connaîtrons probablement jamais la véritable étendue de l'horreur, mais le fait de mener des enquêtes en bonne et due forme permettra de faire un grand pas vers la justice, a dit Javier Zúñiga.

« Le gouvernement haïtien actuel, dirigé par le président Michel Martelly, est tenu, aux termes du droit international, de traduire en justice les responsables présumés des crimes contre l'humanité commis pendant les années Duvalier.

« L'ouverture d'une enquête pour crimes contre l'humanité après le retour de Jean-Claude Duvalier constitue non seulement la première étape vers une garantie de justice et de réparations pour les victimes de violations des droits humains, mais aussi une occasion historique de commencer la construction d'un État haïtien qui protège et défende, enfin, les droits humains en Haïti », a conclu Javier Zúñiga.