Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

18 avril 2008

Les violences liées aux élections s'intensifient au Zimbabwe

Les violences liées aux élections s'intensifient au Zimbabwe
Les Zimbabwéens n’ont guère le cœur à se réjouir en ce vendredi qui marque pourtant le 28e anniversaire de l’indépendance de leur pays. Les résultats de l’élection présidentielle qui a eu lieu le 29 mars 2008, il y a quasiment trois semaines, n'ont toujours pas été annoncés et les attaques violentes contre les sympathisants de l’opposition se multiplient.

Amnesty International a reçu des informations, qui ont été confirmées, signalant qu’une personne a été tuée et que plus de 240 ont été blessées dans les violences qui ont éclaté après cette élection et qui sont commises avec le soutien des autorités. Parmi ces 240 personnes, 18 sont actuellement soignées à l’hôpital pour des blessures graves.

Le nombre de victimes est monté en flèche après que le parti d’opposition Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a appelé à une grève générale pour le mardi 15 avril. Quarante-deux cas de personnes ayant dû être soignées par des médecins ont été enregistrés pour la seule journée du 17 avril.

Au moins 150 personnes arrêtées depuis le 14 avril sont actuellement détenues au commissariat central de Harare, pour ne citer que lui.

Les violences semblent viser les sympathisants actifs du MDC et leurs familles, en particulier ceux qui vivent dans des zones rurales et des banlieues pauvres où ce parti a apparemment remporté davantage de voix que le parti au pouvoir, l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF). Les provinces du Mashonaland-Est et du Mashonaland-Ouest ont été particulièrement touchées et les cas de violences signalés sont en augmentation à Harare.

Des victimes ont signalé qu’elles avaient été menacées d’être tuées si elles ne votaient pas « correctement » lors d’un éventuel second tour de l’élection présidentielle.

Un grand nombre des victimes ont vu leur maison, leurs réserves de nourriture et leur bétail détruits et sont à présent des personnes déplacées. D’après les informations reçues, des centaines de fermes ont été incendiées dans les provinces du Manicaland et du Mashonaland-Est.

Parmi les auteurs de ces violences figurent des « vétérans » et des sympathisants du parti au pouvoir, ainsi que des policiers et des militaires. Des représentants de l’État sont accusés d'agir en étroite coopération avec des sympathisants du ZANU-PF. Des personnes ont été enlevées à leur domicile par des militaires en uniforme ou en civil et par des sympathisants du ZANU-PF.
  • Dans la province du Mashonaland-Ouest, un militant du MDC a été tué à coups de couteau par un sympathisant du ZANU-PF, le 13 avril devant chez lui, d’après des informations émanant de sources locales. Son frère, un homme de cinquante-huit ans également membre du MDC dans la province du Mashonaland-Ouest, a signalé que trois groupes d'une soixantaine de sympathisants du ZANU-PF s’étaient rassemblés devant sa maison et s’étaient mis à jeter des pierres en lui ordonnant de sortir parce qu’ils voulaient « lui régler son compte ».

    Neuf autres membres du MDC sont venus le rejoindre et ont répliqué en renvoyant des pierres sur les agresseurs, mais ils étaient trop peu nombreux pour pouvoir faire face. Les sympathisants du ZANU-PF ont réussi à rentrer chez lui et ils ont enlevé son frère.

    Ce dernier a reçu deux coups de couteau dans le ventre et il est mort sur place. Le frère de la victime a été gravement blessé et il a dû être hospitalisé. Ces faits ont été signalés à la police qui aurait dit qu'elle ne voulait pas intervenir car la situation était trop dangereuse.
     
  • À Harare, une femme de vingt et un ans militante du MDC a été réveillée dans la nuit du 30 mars 2008 par des sympathisants du ZANU-PF après qu’elle eut fêté la victoire aux élections de conseillers municipaux du MDC. Les sympathisants du ZANU-PF l’ont fait sortir de chez elle et l’ont frappée à coups de poing et avec des sortes de fouets appelés sjamboks.
     
  • Dans la province du Mashonaland-Est, un homme de trente ans a signalé que le 9 avril vers 11 heures, un groupe de « vétérans » avait incendié trois maisons. Les occupants de ces maisons avaient été avertis de ce qui allait se passer et s'étaient enfuis dans la brousse.
     
  • À Harare, neuf personnes vivant dans un quartier résidentiel ont été enlevées, alors qu’elles assistaient à des funérailles, par des membres de l’Unité de soutien de la police nationale et par d’autres personnes, vêtues en civil, soupçonnées d’appartenir à l’Armée nationale du Zimbabwe.
     
  • Le 16 avril, 22 personnes ont été enlevées par des soldats et par des sympathisants du ZANU-PF très tôt le matin alors qu’elles se trouvaient chez elles, dans une banlieue fortement peuplée de Harare. Certaines de ces personnes ont été frappées sur tout le corps avec le plat de la main et à coups de pied par des personnes chaussées de bottes.
Des sympathisants du ZANU-PF et des militaires ont enfoncé des portes pour rentrer de force chez des gens pris pour cibles. Les victimes n’ont été informées des charges retenues contre elles ni au moment de leur arrestation ni après avoir été emmenées dans des postes de police.

Dans une déclaration qui a été publiée dans des journaux d’environ sept pays d'Afrique australe à l’occasion de la fête de l’Indépendance du Zimbabwe, la secrétaire générale d’Amnesty International a appelé le président Robert Mugabe, chef de l’État et dirigeant du ZANU-PF, à dénoncer toutes les atteintes aux droits humains, notamment les violentes agressions commises par des militaires, des policiers, des « vétérans » et des sympathisants du ZANU-PF, et à y mettre fin.

Irene Khan a également adressé un appel au chef de la police, au chef de l’armée et au président de l’Association des vétérans de la guerre de libération nationale du Zimbabwe.

Elle a exhorté les dirigeants de pays d’Afrique australe à redoubler d’efforts sur le plan diplomatique pour empêcher que la situation des droits humains au Zimbabwe n’empire encore, à reconnaître publiquement les atteintes aux droits humains perpétrées par des membres d’organes de sécurité de l’État, des « vétérans » et des sympathisants du ZANU-PF, et à exprimer leur préoccupation au sujet de ces violences.

Pour en savoir plus :

Appel lancé par la secrétaire générale d’Amnesty International (18 avril 2008, en anglais)

L’opposition attaquée au Zimbabwe (nouvelle, 10 avril 2008)

Thème

Discrimination 
Liberté d'expression 
Application des lois 

Pays

Zimbabwe 

Région ou pays

Afrique 

@amnestyonline sur Twitter

Nouvelles

18 septembre 2014

Les policiers et les militaires nigérians torturent couramment des hommes, des femmes et des adolescents – parfois âgés de seulement 12 ans – au moyen de diverses méthodes... Pour en savoir plus »

04 septembre 2014

Depuis plusieurs années, Amnesty International enquête et recueille des éléments de preuve sur la torture au Mexique. Voici quelques-uns des faits les plus troublants. 

Pour en savoir plus »
11 août 2014

Les familles de milliers de civils afghans tués par les forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan ont été privées de justice, écrit Amnesty International dans un nouveau... Pour en savoir plus »

02 septembre 2014

Les poursuites engagées par les autorités turques contre des personnes les ayant critiquées sur Twitter mettent en évidence la profonde hypocrisie du pays hôte du Forum sur la... Pour en savoir plus »

03 septembre 2014

La décapitation du journaliste américain Steven Sotloff par des militants de l’État islamique est le dernier en date d’une série de crimes de guerre perpétrés par le groupe... Pour en savoir plus »