Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

19 octobre 2009

Le gouvernement pakistanais n'est pas préparé à une crise des personnes déplacées dans le Waziristan-Sud

Le gouvernement pakistanais n'est pas préparé à une crise des personnes déplacées dans le Waziristan-Sud
Le gouvernement du Pakistan n'est absolument pas préparé à une crise des personnes déplacées dans le Waziristan-Sud, tandis que les civils continuent de fuir après trois jours de violents affrontements, a déclaré Amnesty International lundi 19 octobre 2009.

Des dizaines de milliers de civils ont fui la zone des combats, l'armée pakistanaise ayant lancé une nouvelle offensive contre les forces présumées d'Al Qaïda et des talibans samedi 17 octobre dans le nord-ouest du pays.

Beaucoup se réfugient dans les régions voisines de Dera Ismaïl Khan et de Tank. Toutefois, les équipes de recherche d'Amnesty International sur le terrain mettent en garde contre le manque criant de structures susceptibles d'accueillir l'afflux de familles déplacées.

« Le gouvernement pakistanais doit veiller au bien-être de ses citoyens, même lorsqu'il affronte un groupe connu pour ses atteintes aux droits humains comme les talibans pakistanais. Rien ne saurait excuser les manquements aux principes élémentaires relatifs aux droits humains ou aux lois de la guerre », a expliqué Sam Zarifi.

D'après les informations dont dispose Amnesty International, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a recensé quelque 20 000 personnes déplacées dans la région, et ce dans un seul centre d'enregistrement. Cependant, aucun camp n'est actuellement prêt à les accueillir. Si les combats se poursuivent dans le Waziristan-Sud, bien d'autres civils devraient affluer.

Aucun centre de soins d'urgence n'a été mis en place pour les personnes déplacées et les hôpitaux du secteur sont complets. En outre, il y a pénurie d'eau potable et de nourriture. La plupart des personnes déplacées vivent chez des familles qui les ont accueillies – bien souvent des parents ou des amis.

Les autorités locales ont imposé le 14 octobre un couvre-feu à Tank, où elles ont limité les déplacements entre 18 heures et 6 heures, et ont restreint l'accès à la route qui mène à Dera Ismaïl Khan. Cela ne laisse guère la possibilité aux habitants du Waziristan-Sud de chercher refuge dans des zones plus sûres du pays.

« Les autorités doivent faire en sorte que tous les civils, indépendamment de leur groupe ethnique ou de leurs origines, bénéficient d'une nourriture adéquate, d'eau potable, de soins et d'abris, d'autant que la saison hivernale approche », a déclaré Sam Zarifi.

Le gouvernement pakistanais n'a mis en place aucun camp où les civils fuyant les combats pourraient trouver refuge en cas d'urgence, se contentant d'installer six centres d'enregistrement des personnes déplacées à l'intérieur de leur pays (quatre à Dera Ismaïl Khan, un à Tank et un à Pathankot).

Il a fourni aux familles enregistrées des cartes bancaires leur permettant de retirer 5 000 roupies (40 euro).

Plusieurs personnes ayant fui le Waziristan-Sud ont affirmé à Amnesty International que les représentants locaux du gouvernement avaient refusé de les inscrire, ce qui laisserait entendre que le nombre total de personnes déplacées est largement sous-estimé.

En raison de l'insécurité qui règne dans la région, seule une ONG locale, le FIDA, a été chargée d'aider ces personnes.

« Les conditions dans le Waziristan-Sud sont encore pires que dans la vallée de Swat : rares sont les organisations humanitaires, locales ou internationales, en mesure d'agir dans cette région extrêmement instable. Si l'on ajoute l'imminence de la saison froide, la situation risque fort de dégénérer en véritable catastrophe », a poursuivi Sam Zarifi.

Des habitants du Waziristan-Sud ont récemment déclaré à Amnesty International qu'ils avaient fui les opérations militaires lancées dans les zones montagneuses de Ladah, Makin et Zahwarr.

Ils ont dû emprunter des routes de montagne souvent semées d'embûches, l'armée ayant bloqué les routes principales dans la région.

Ces barrages routiers ont aggravé la pénurie de nourriture au niveau local, ce qui a également incité la population à partir.

On estime la population du Waziristan-Sud à environ 450 000 personnes, d'après les chiffres du recensement de 1998.

Selon les équipes de l'organisation menant des recherches dans la région, entre 90 000 et 150 000 habitants ont quitté le Waziristan-Sud depuis le mois de juillet, lorsque l'armée pakistanaise a commencé à pilonner et bombarder cette zone tribale.

Pour en savoir plus :

Le gouvernement pakistanais doit anticiper la crise des personnes déplacées dans le Waziristan-Sud (nouvelle, 16 octobre 2009)

Thème

Conflit armé 
Groupes armés 
Exécutions extrajudiciaires et autres homicides illégaux 

Pays

Pakistan 

Région ou pays

Asie - Pacifique 

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