Tunisie : un dirigeant syndicaliste poursuivi en justice à la suite de manifestations

4 décembre 2008

Un dirigeant syndicaliste et 37 autres personnes doivent être jugés jeudi en Tunisie. Ils sont accusés d'avoir provoqué des troubles au cours des manifestations qui ont eu lieu au début de l'année dans la région de Gafsa. Adnan Hajji, secrétaire général de la section locale de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) à Redeyef, et ses coaccusés doivent comparaître notamment pour « formation de groupe criminel dans l'intention de détruire des biens publics et privés ».

S'ils sont déclarés coupables, ils encourent une peine de plus de dix ans d'emprisonnement. Au moins six des 38 accusés doivent être jugés par contumace.

Située dans le sud-est de la Tunisie, la région de Gafsa, riche en phosphate, a été le théâtre d'une vague de manifestations au cours du premier semestre de 2008. Celles-ci ont commencé dans la ville de Redeyef après l'annonce, par le premier employeur de la région, la Compagnie des phosphates de Gafsa, des résultats d'un concours de recrutement.

Des accusations de fraude ont été lancées par les personnes dont la candidature n'avait pas été retenue, ainsi que par d'autres, dont des membres de l'UGT. Les manifestations, qui ont évolué vers des revendications plus générales au sujet du taux de chômage élevé et de l'augmentation du coût de la vie, se sont étendues à d'autres villes, entraînant le déploiement par les autorités d'importants effectifs de police et d'autres forces de sécurité dans la région.

Des centaines de manifestants ont été arrêtés et plus de 140 inculpés ; certains ont été déclarés coupables et condamnés à des peines d'emprisonnement.

Amnesty International a appelé le gouvernement tunisien à ordonner une enquête indépendante sur les allégations de torture et d'autres violences commises par les forces de sécurité lors de la répression des manifestations.

Dans une lettre adressée au ministre tunisien de la Justice et des Droits de l'homme, Béchir Tekkari, Amnesty International a exhorté les autorités à rendre publiques les conclusions d'une enquête officielle. L'organisation a indiqué que l'enquête avait été ouverte après que la police eut ouvert le feu sur des manifestants le 6 juin 2008. Un homme avait été tué et plusieurs personnes avaient été blessées. C'est à la suite de ces faits que la police a été accusée d'avoir fait usage d'une force excessive.

La lettre exposait également les cas de personnes qui, soupçonnées d'avoir organisé des manifestations ou d'y avoir participé, avaient été arrêtées et torturées par la police. La police est accusée de les avoir forcées à signer des déclarations les mettant en cause et pouvant être utilisées contre elles dans le cadre d'une procédure judiciaire, et d'avoir falsifié la date de leur arrestation dans les registres officiels.