Soudan : arrestation d'un dirigeant de l'opposition

Hassan el Tourabi, dirigeant du Congrès populaire, parti d'opposition.

Hassan el Tourabi, dirigeant du Congrès populaire, parti d'opposition.

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16 janvier 2009

Un dirigeant de l'opposition a été arrêté après avoir appelé le président soudanais à se présenter de lui-même devant la Cour pénale internationale (CPI) pour répondre des crimes au regard du droit international commis durant le conflit au Darfour.

Hassan el Tourabi, dirigeant du Congrès populaire, parti d'opposition, a été appréhendé le 14 janvier par des agents armés du Service de la sécurité nationale et du renseignement à son domicile, dans la capitale, Khartoum. Il est depuis maintenu en détention au secret sans inculpation.

Son arrestation a eu lieu deux jours après qu'il s'est adressé à des journalistes dans les locaux du Congrès populaire. Il leur a dit que le président Omar Hassan Ahmad el Béchir devrait se présenter devant la CPI pour être jugé, afin d'éviter au Soudan de s'enfoncer dans une crise interne et de s'effondrer.

Il a déclaré que, parce qu'il était au pouvoir, Omar el Béchir était politiquement responsable des crimes tels que les meurtres, les viols, les déplacements de population et les incendies de villages perpétrés depuis le début du conflit, en 2003, au Darfour.

Au Soudan, toute une série de personnes, notamment des défenseurs des droits humains, ont été arrêtées uniquement pour avoir exercé, pourtant sans violence, leur droit à la liberté d'expression. Hassan el Tourabi est le dernier en date à avoir subi ce sort. Certaines de ces personnes ont été torturées et soumises à d'autres formes de mauvais traitements.

Ces arrestations ont lieu en particulier depuis le 14 juillet 2008, date à laquelle le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, a demandé un mandat d'arrêt contre le président Omar el Béchir sur la base de 10 chefs d'accusation pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Ni sa famille ni son avocat n'ont été officiellement informés des raisons de son arrestation. Ses proches ignorent la manière dont il est traité et si son état de santé s'est dégradé.

Il a d'abord été incarcéré dans le centre de détention du Service de la sécurité nationale et du renseignement, puis transféré à la prison de Kober, à Khartoum.

Ses proches l'ont suivi jusqu'au centre de détention du Service de la sécurité nationale et du renseignement, mais ils n'ont pas pu y entrer avec lui. Le Service de la sécurité nationale et du renseignement ne les autorise pas à le voir et à lui remettre des médicaments et des aliments adaptés à son état de santé. Hassan el Tourabi va bientôt avoir soixante-dix-sept ans. Il a besoin de prendre des médicaments et de suivre un régime alimentaire spécial.

Amnesty International estime que l'arrestation d'Hassan el Tourabi est arbitraire et qu'elle fait suite à sa déclaration du 12 janvier devant des journalistes. L'organisation a exhorté les autorités soudanaises à libérer immédiatement Hassan el Tourabi, à moins qu'il ne soit inculpé d'une infraction dûment prévue par la loi. Elle les a également appelées à lui permettre sans délai de voir ses proches, de bénéficier des services d'un avocat et de recevoir tous les soins médicaux dont il pourrait avoir besoin.

Amnesty International a en outre demandé qu'il soit mis immédiatement fin aux manœuvres de harcèlement et aux arrestations illégales visant des militants des droits humains et des membres de l'opposition qui n'ont fait qu'exercer pacifiquement leur droit à la liberté d'expression et de réunion.

Hassan el Tourabi fait partie des principaux artisans du coup d'État de 1989 qui a amené Omar el Béchir au pouvoir. Il s'est brouillé avec ce dernier à la fin des années 1990.

Il a été détenu à la prison de Kober de février à mai 2001, puis assigné à domicile jusqu'en octobre 2003, date à laquelle il a été gracié par décret présidentiel. Il n'a jamais été jugé. Il a de nouveau été incarcéré entre 2004 et 2005.

Pour en savoir plus

Des centaines de personnes détenues sans inculpation au Soudan après l'attaque du 10 mai (nouvelle, 20 août 2008)
Le président du Soudan pourrait être arrêté pour crimes de guerre au Darfour (nouvelle, 18 juillet 2008)