Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

20 novembre 2008

Les forces de sécurité cambodgiennes expulsent 300 familles de chez elles

Les forces de sécurité cambodgiennes expulsent 300 familles de chez elles
Dans la province de Kampot (sud du Cambodge), les forces de sécurité ont expulsé la semaine dernière quelque 300 familles de chez elles et réduit en cendres leurs maisons.

Une centaine de soldats, policiers, membres de la police militaire et représentants de l'office des forêts ont participé à l'opération qui s'est déroulée dans le village d'Anlong Krom, dans le district de Chhuk.

Des membres de cette force mixte, dont le plus grand groupe faisait partie de la brigade 31 des Forces armées royales du Cambodge (FARC), portaient selon certains témoignages des armes à feu, notamment des fusils d'assaut AK-47 et des armes de poing.

Environ 130 maisons, des habitations faites de paille et de feuilles pour la plupart, ont été brûlées le 17 novembre, si bien que leurs occupants ont dû passer la nuit dehors. Un grand nombre ont dormi dans les cendres de leur maison. Le lendemain, les forces de sécurité ont incendié les 170 maisons restantes.

« Il faut avant tout que les autorités fournissent aux familles sans abri du village d'Anlong Krom un secours d'urgence, notamment un hébergement adéquat, de l'eau potable et une assistance médicale, a déclaré Brittis Edman, qui s'occupe des recherches sur le Cambodge à Amnesty International. Le gouvernement doit ensuite veiller à ce qu'elles soient relogées dans des conditions satisfaisantes et qu'elles perçoivent de justes indemnités ; il doit aussi mener une enquête complète sur les circonstances dans lesquelles elles ont été expulsées de chez elles. »

Amnesty International a appris qu'un grand nombre de villageois avaient été frappés et roués de coups de pied par des membres de la force mixte. Trois personnes ont dû être conduites à l'hôpital afin d'y recevoir des soins.

Pendant ces deux jours, aucun document mentionnant les motifs juridiques de cette opération n'a été montré aux villageois ni aux observateurs des droits humains présents sur place.

« L'opération s'est déroulée sans notification préalable, ni ordonnance d'expulsion ni décision de justice, a précisé Brittis Edman, ce qui en dit long sur la façon dont l'état de droit est respecté au Cambodge. »

Selon les observateurs des droits humains, les autorités locales affirment que le village d'Anlong Krom est une implantation illégale. Des agriculteurs pauvres se sont installés sur ces terres qu'ils pensaient inoccupées. Certaines familles ont indiqué aux défenseurs des droits humains qu'elles y avaient emménagé six ans auparavant, tandis que d'autres s'y trouvaient depuis moins longtemps. Un grand nombre des personnes qui se sont installées à Anlong Krom, où l'on vivait dans le dénuement, ne possédaient semble-t-il aucune terre.

Depuis le début de l'année, au moins 3 100 familles, soit environ 15 000 personnes, ont été touchées par les expulsions forcées au Cambodge. À la connaissance d'Amnesty International, quelque 150 000 Cambodgiens vivent sous la menace d'être expulsés de force de leur logement en raison de conflits fonciers, de confiscations de terres, de projets agro-industriels et d'opérations d'urbanisme.

Le droit international impose au Cambodge de protéger la population contre les expulsions forcées. Qu'elle soit propriétaire, locataire ou occupant illégal, chaque personne a droit à un certain degré de sécurité qui garantit la protection légale contre l'expulsion, le harcèlement ou autres menaces. L'interdiction frappant les expulsions forcées ne s'applique toutefois pas à celles qui sont opérées par la force dans le respect de la loi et conformément aux dispositions du droit international relatif aux droits humains.

Amnesty International demande instamment aux autorités cambodgiennes de mettre un terme à toutes les expulsions forcées, et d'instaurer et de faire respecter un moratoire sur les expulsions massives tant que des mesures législatives et politiques n'auront pas été prises pour que les expulsions soient menées uniquement conformément aux normes et aux dispositions du droit international relatif aux droits humains.

Pour en savoir plus :

Cambodge : la législation utilisée contre les militants du droit au logement (rapport, 26 septembre 2008)
Cambodge : il ne faut pas que l'aménagement du lac Boeung Kak à Phnom Penh donne lieu à des expulsions forcées (communiqué de presse, 27 août 2008)
Le Cambodge réduit en cendres la maison de ses pauvres (rapport, 11 février 2008)

Thème

Groupes armés 
Droits économiques, sociaux et culturels 
Réfugiés, personnes déplacées et migrants 

Pays

Cambodge 

Région ou pays

Asie - Pacifique 

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