Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

12 février 2009

Pakistan : le gouvernement doit protéger les civils de la vallée de la Swat

Pakistan : le gouvernement doit protéger les civils de la vallée de la Swat
Selon les estimations officielles, au cours de l’année qui vient de s’écouler, les combats entre l'armée et les talibans pakistanais ont fait plus de 1 200 victimes et déplacé entre 200 000 et 500 000 personnes hors de la vallée.

Le gouvernement pakistanais doit prendre immédiatement des mesures pour protéger des centaines de milliers de personnes contre les insurgés dans la vallée de la Swat et ailleurs dans le pays.

« Depuis cinq ans, la réponse du gouvernement à la montée des insurgés à Swat et dans les zones tribales a oscillé entre le lancement d'opérations militaires souvent aveugles et disproportionnées portant préjudice principalement aux civils, et l’abandon de la population locale aux mains des groupes d’insurgés », a déclaré Sam Zarifi, directeur du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.

Depuis 2007, un groupe armé local affilié idéologiquement au mouvement des talibans afghans a réussi à prendre le contrôle de près de 80 % de la vallée de la Swat. Située à 160 kilomètres à peine d’Islamabad, cette zone était auparavant un haut-lieu touristique. Sa population s’élevait à 1,5 million de personnes.

Depuis deux ans, le maulana Fazlullah, un chef religieux radical, et ses sympathisants, ont progressivement pris le contrôle de cette région, y imposant leur gouvernement de facto. Ce groupe a consolidé son pouvoir en mettant en place un système judiciaire parallèle doté de 70 « tribunaux » appliquant une « justice rapide » qui se traduit en réalité par des sanctions s’apparentant à des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Les talibans pakistanais ont récemment menacé de tuer tous les avocats et les juges s’ils ne renonçaient pas à exercer leurs fonctions au sein du système judiciaire officiel.

Les talibans pakistanais ont commis de graves atteintes aux droits humains dans la vallée de la Swat ; ils ont tué un grand nombre d'employés du gouvernement et de personnes qu’ils soupçonnaient de ne pas respecter leurs préceptes. Ils ont fouetté en public des hommes qui avaient rasé leur barbe, détruit des magasins vendant de la musique et interdit par la force aux femmes de sortir de chez elles sans être accompagnées d’un homme de leur famille.

La plus grande place de Mingora, ville principale du district, est surnommée la « place sanglante » en référence à la vingtaine de corps au moins que les talibans pakistanais y ont exposés à la vue de tous.

« Les talibans pakistanais ont montré le peu de respect qu’ils avaient pour la vie et les droits des habitants de la vallée de la Swat, tandis que les forces armées pakistanaises ont souvent violé les droits et peu respecté la sécurité de la population qu’elles sont censées protéger », a ajouté Sam Zarifi.

Le nombre d'insurgés talibans présents dans la vallée de la Swat est estimé à 3 000. Ces hommes mettent souvent la vie des civils en danger en venant chercher refuge dans les villages alors que leur présence est susceptible de provoquer une intervention de l’armée.

Pas moins de 15 000 soldats ont été déployés dans la vallée pour éliminer les insurgés. Pour mener ses opérations, souvent sans discrimination, l’armée a utilisé des hélicoptères de combat et de l’artillerie lourde qui ont fait des victimes parmi les civils. Les dizaines de milliers de personnes ayant fui la région ont souvent dit redouter davantage les opérations militaires gouvernementales que les talibans.

« Il faut que le gouvernement pakistanais adopte une stratégie centrée sur le respect des droits et du bien-être de ses citoyens et excluant les opérations militaires lourdes qui mettent en danger les civils. Le gouvernement ne doit pas non plus abandonner la population aux mains des talibans. »

Amnesty International a condamné la campagne des talibans pakistanais contre la scolarisation des enfants, et des filles en particulier. Au cours des derniers dix-huit mois, les talibans ont détruit plus de 170 écoles dans la vallée, dont plus d'une centaine d’écoles de filles. Les chiffres officiels montrent que ces attaques ont mis à mal l’éducation scolaire de plus de 50 000 élèves, de l’enseignement primaire et secondaire.

Amnesty International a exhorté le gouvernement à prendre des mesures pour que les enfants, filles ou garçons, puissent faire leur rentrée scolaire le 1er mars, y compris les élèves ayant dû fuir de chez eux.

Thème

Conflit armé 
Groupes armés 
Exécutions extrajudiciaires et autres homicides illégaux 
Réfugiés, personnes déplacées et migrants 

Pays

Pakistan 

Région ou pays

Asie - Pacifique 

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