Rapport 2012
La situation des droits humains dans le monde

10 décembre 2009

Arabie saoudite : peines capitales sur fond d’accusations de «sorcellerie»

Arabie saoudite : peines capitales sur fond d’accusations de «sorcellerie»
Amnesty International a exhorté le roi d'Arabie saoudite à empêcher l'exécution de deux hommes, condamnés à mort pour des charges liées à la « sorcellerie ».

Ali Hussain Sibat, ressortissant libanais, et un autre homme dont on ignore l'identité risquent d'être exécutés à tout moment si leur peine est confirmée par la cour d'appel et la Cour suprême.

Les autorités saoudiennes ont arrêté des dizaines de personnes pour « sorcellerie » cette année.

Amnesty International ne dispose pas d'informations précises sur les faits dont Ali Hussain Sibat a été déclaré coupable. Selon les renseignements recueillis par l'organisation, il a été accusé de « sorcellerie ».

Ali Hussain Sibat présentait une émission sur la chaîne de télévision par satellite libanaise Sheherazade ; il y donnait des conseils et prédisait l'avenir. Son avocat au Liban pense que cet homme a été arrêté parce que des mutawaeen (volontaires d'un organisme de contrôle officiel du respect de la charia) l'avaient reconnu.

D'après son avocat, les personnes qui ont interrogé Ali Sibat lui ont ordonné de décrire par écrit son activité professionnelle, en l'assurant que s'il le faisait il serait autorisé à rentrer chez lui au bout de quelques semaines. Ce document a été présenté au tribunal comme des « aveux » et utilisé comme preuve à charge.

Ali Hussain Sibat a été arrêté en mai 2008 par des mutawaeen dans sa chambre d'hôtel, dans la ville de Médine. Il s'était rendu en Arabie saoudite afin d'accomplir l'une des formes de pèlerinage musulman, la Umra.

Il a été condamné à mort par un tribunal de Médine le 9 novembre, à l'issue d'un procès secret au cours duquel il n'a pas pu être représenté ni assisté par un avocat.

L'autre homme qui risque d'être exécuté a été condamné à mort pour « apostasie » pour des raisons liées à la « sorcellerie » par un tribunal de la ville de Hail.

On ignore son nom mais les médias saoudiens l'ont surnommé « le magicien des présentatrices de télévision » car il inscrivait des noms de présentatrices parmi les graffitis tracés sur les murs de sa maison.

Le 22 février, des mutawaeen ont effectué une descente à son domicile. Selon les médias, ils y ont découvert quelque 100 000 mots sous forme de graffitis, notamment des versets du Coran déformés.

Amnesty International dispose de très peu de renseignements sur le procès de cet homme mais le tribunal, d'après les informations relayées par les médias, l'a condamné pour « apostasie » et non pour « sorcellerie » car, selon un article de presse, il était considéré comme « un débutant en matière de sorcellerie ». Il a interjeté appel.

La législation saoudienne ne donne pas de définition du crime de « sorcellerie ». Cette qualification est utilisée pour sanctionner des personnes n'ayant fait qu'exercer de manière légitime leurs droits fondamentaux, notamment les droits à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de conviction et d'expression.

Au moins 158 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite en 2007, et au moins 102 en 2008. Depuis le début de l'année 2009, les autorités ont ôté la vie à au moins 67 autres condamnés.

À la connaissance d'Amnesty International, au moins 140 personnes sont actuellement sous le coup d'une condamnation à mort, dont 104 étrangers. L'organisation estime toutefois que ces chiffres sont très en deçà de la réalité.

La dernière exécution pour « sorcellerie » dont Amnesty International a eu connaissance était celle de Mustafa Ibrahim, un ressortissant égyptien. Elle a eu lieu le 2 novembre 2007. Arrêté en mai 2007 dans la ville d'Arar, où il était pharmacien, cet homme avait été accusé d'« apostasie » pour avoir dégradé un exemplaire du Coran.

Amnesty International a appelé les autorités à libérer ces deux hommes immédiatement et sans condition si leur condamnation repose uniquement sur le fait qu'ils ont exercé pacifiquement leur droit à la liberté d'expression.

L'organisation a engagé les autorités saoudiennes à ne plus prononcer d'inculpation ni de condamnation pour « apostasie », car cela constitue une violation de l'exercice légitime des droits à la liberté d'expression, de pensée, de conscience et de religion.

Thème

Peine de mort 

Pays

Liban 
Arabie saoudite 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

@amnestyonline sur Twitter

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