Chine : la répression contre les militants se poursuit à l'approche de l'anniversaire des événements de Tiananmen

Manifestants pacifiques rassemblés place Tiananmen (Chine, mai 1989).

Manifestants pacifiques rassemblés place Tiananmen (Chine, mai 1989).

© 1989 Hei Han Khiang


3 juin 2009

Les autorités chinoises continuent de harceler les militants et d'accroître la censure alors qu'approche le vingtième anniversaire de la violente répression menée par l'armée à Pékin sur la place Tiananmen et dans ses environs.

Des militants ont été emmenés par des policiers et l'on ignore où ils se trouvent actuellement. D'autres sont empêchés de circuler librement ou de sortir de chez eux.

Afin de restreindre les communications entre les militants et les citoyens du Net, les autorités chinoises ont fermé les sites Internet Twitter et Flickr et suspendu le site Hotmail.

« Les mesures prises pour couper les communications et entraver les déplacements ne pourront pas empêcher ces militants de se battre pour leurs droits et les gens de célébrer le vingtième anniversaire de la répression, a déclaré Roseann Rife, directrice adjointe du programme Asie-Pacifique d'Amnesty International. Ce harcèlement ne fait que renforcer la volonté d'obtenir la vérité. »

À Pékin, les autorités ont forcé Wan Yanhai, militant de la lutte contre le VIH/sida, à se rendre à Changchun, dans le nord du pays, à l'approche de cet anniversaire. Des policiers ont frappé à sa porte et lui ont demandé de partir « pour éviter tout risque de conflit ». Wan Yanhai a refusé mais après une heure et demie de négociations avec la police, il a été forcé de prendre le train et de quitter la capitale avec sa famille.

Mercredi, à huit heures du matin, alors que Zeng Jinyan s'apprêtait à se rendre avec sa petite fille à l'anniversaire de sa mère, cinq policiers l'ont brutalement repoussée chez elle en lui disant qu'elle n'était pas autorisée à quitter son domicile durant les prochains jours.

À Shanghai, deux policiers et quatre membres du « comité de quartier » sont positionnés depuis mardi devant la maison de Mao Hengfeng, militante des droits reproductifs. Elle a été forcée à rentrer chez elle lorsqu'elle a tenté de sortir, et on lui a indiqué qu'il lui était interdit de quitter son domicile tant que le vingtième anniversaire faisait la une des médias.

En Mongolie intérieure, mardi, vers quinze heures trente, Tian Yongde, qui écrit sur Internet, a été emmené par des policiers des services de la Sécurité intérieure, selon les informations reçues. Il était allé rendre visite à sa mère à l'hôpital. On ignore où il se trouve actuellement.

Des policiers sont stationnés depuis lundi devant les domiciles des avocats Jiang Tianyong et Li Xiongbing. La police les accompagne où qu'ils aillent.

Mardi, les avocats Lan Zhixue et Tang Jitian ont discuté tard dans la nuit d'une affaire dans les locaux d'une organisation non gouvernementale (ONG). Lorsqu'ils sont partis, très tôt mercredi matin, des policiers du poste de Sijiqing, dans le district de Haidian, à Pékin, les ont emmenés tous les deux pour les interroger. Ils n'ont toujours pas été libérés.

Il y a maintenant vingt ans, les 3 et 4 juin 1989, des centaines de civils ont été tués ou blessés par l'armée lors de la violente répression de manifestations pacifiques organisées à Pékin sur la place Tiananmen et dans ses environs.

Un certain nombre de personnes sont toujours incarcérées en raison de leur implication dans les manifestations de 1989 en faveur de la démocratie.

Le gouvernement chinois n'a pas publié de chiffres officiels à ce sujet, mais d'après plusieurs ONG, 20 à 200 personnes seraient toujours maintenues en détention. Amnesty International a exhorté mardi les autorités chinoises à diligenter une enquête transparente et indépendante sur les événements de 1989.

L'organisation a recensé au moins une centaine de cas de militants qui ont été détenus brièvement ou soumis à des violences par les autorités cette année parce qu'ils défendaient leurs droits relatifs à la terre, au logement ou au travail. Les signataires de la Charte 08, pétition réclamant des réformes juridiques et politiques, continuent de subir des interrogatoires. Plusieurs de ces cas concernent des militants placés sous surveillance à l'approche de cet anniversaire.

Au cours des quatre premiers mois de l'année 2009, d'après les informations recueillies par l'organisation, au moins quatre avocats ont été menacés de violences par les autorités alors qu'ils défendaient leurs clients, au moins dix autres se sont vu empêcher de rencontrer ou de représenter leurs clients, et au moins un a été arrêté en raison de son activité professionnelle. De plus, des avocats ont récemment été menacés d'être privés de leur licence en raison de leur travail de défense des droits des personnes.

Pour en savoir plus

Chine : vingt ans après, une enquête s'impose sur la répression du mouvement de Tiananmen (nouvelle, 2 juin 2009)
À l'approche de l'anniversaire des événements de Tiananmen, la Chine s'en prend aux militants (nouvelle, 30 avril 2009)
Les militants de Tiananmen doivent être libérés (nouvelle, 30 mai 2008)