Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

22 juillet 2009

Iran : les autorités resserrent l'étau, les arrestations et les homicides se poursuivent

Iran : les autorités resserrent l'étau, les arrestations et les homicides se poursuivent
Selon certaines informations reçues mardi de Téhéran, les forces de sécurité ont eu recours à une force excessive pour contenir les manifestations de la place Haft Tir, où la plupart des arrestations auraient eu lieu. Selon Amnesty International, ces informations rappellent cruellement à la communauté internationale que les vagues d'arrestations et d'homicides se poursuivent sans relâche en Iran, les autorités resserrant leur étau.

Trente-six militaires iraniens figurent parmi les personnes qui auraient été arrêtées récemment à la suite de l'élection présidentielle controversée qui s'est tenue dans le pays. Amnesty International a reçu une liste comportant les noms de 24 d'entre eux.

D'autres personnes, notamment des militants politiques, des journalistes, des universitaires et des avocats, auraient été arrêtées ces derniers jours. Amnesty International s'est déclarée inquiète pour leur sécurité car il est fréquent que des détenus soient torturés ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements en Iran.

Selon certains médias, ces militaires projetaient d'assister le 17 juillet à Téhéran au sermon de la prière du vendredi dirigée par l'ancien président Ali Akbar Hashemi Rafsanjani. Ils envisageaient de porter leur uniforme lors de ce prêche, en signe de défiance à l'égard du pouvoir.

Ils souhaitaient, semble-t-il, témoigner par ce geste leur solidarité aux manifestants qui s'élevaient contre le résultat, certes officiel mais largement contesté, de l'élection présidentielle.

L'ayatollah Rafsanjani, qui a soutenu la campagne du candidat à l'élection présidentielle Mir Hossein Moussavi, a exprimé dans son sermon ses préoccupations quant au traitement des plaintes concernant cette élection par le Conseil des gardiens, et a appelé à la libération de toutes les personnes arrêtées à la suite des manifestations et à la levée des restrictions imposées aux médias.

Des centaines – voire des milliers – de personnes ont été arrêtées car elles avaient protesté contre le résultat officiel de l'élection. La plupart d'entre elles sont détenues dans des lieux inconnus à travers tout l'Iran.

Contrairement à d'autres détenus, Mostafa Tajzadeh, arrêté le 16 juin, n'a pas encore été autorisé à téléphoner à ses proches et ces derniers n'ont pu obtenir aucune information de la part des autorités iraniennes au sujet de son lieu de détention.

Bijan Khajehpour Khoei, un consultant travaillant dans le domaine économique et commercial, a été arrêté le 27 juin à l'aéroport de Téhéran alors qu'il revenait d'un voyage à Vienne et à Londres. Au cours de son bref séjour à l'étranger, il s'est entretenu avec des responsables chargés du commerce à Vienne et il s'est rendu à la Chambre de commerce et d'industrie irano-britannique à Londres, dans le cadre de ses activités de soutien aux entreprises iraniennes et de promotion des investissements étrangers en Iran. On ignore également où il se trouve et sa famille est inquiète pour sa santé car il est diabétique.

Quelque 197 manifestants auraient été arrêtés le 9 juillet lors d'une manifestation commémorant le dixième anniversaire du soulèvement étudiant du 9 juillet (18 Tir) 1999. Au moins un étudiant avait alors été tué et de nombreux autres avaient été torturés ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements. Selon la police, environ 40 manifestants avaient été arrêtés lors de ce rassemblement.

Sheikh Hassan Aghaei, journaliste issu de la minorité kurde d'Iran et caricaturiste politique, a été arrêté le 18 juillet à 11 heures à Mahabad, dans le nord-ouest de l'Iran, par des représentants en civil des forces de sécurité qui pourraient appartenir aux pasdaran (gardiens de la révolution). Il a ensuite été transféré dans un lieu inconnu. La raison de son arrestation n'a pas été communiquée mais il avait participé aux activités de campagne de Mir Hossein Moussavi.

Shadi Sadr, avocate et défenseure des droits humains, a été arrêtée avec violence le 17 juillet au matin à Téhéran alors qu'elle se rendait à la prière.

Elle marchait, accompagnée d'un groupe de défenseurs des droits des femmes, sur une route très fréquentée lorsque des inconnus en civil l'ont tirée à l'intérieur d'une voiture. Elle a perdu son foulard et son manteau en se débattant mais a réussi à s'échapper brièvement. Néanmoins, les hommes l'ont vite rattrapée et l'ont frappée à coups de matraque, avant de l'emmener à bord de leur voiture vers une destination inconnue.

Shadi Sadr, directrice de Raahi, un centre dispensant des conseils juridiques aux femmes qui a été fermé par les autorités, a fondé Zanan-e Iran (« Femmes d'Iran »), le premier site Internet consacré au travail des défenseurs des droits des femmes iraniennes. Elle a rédigé de nombreux articles relatifs aux femmes iraniennes et aux droits que leur confère la loi. En tant qu'avocate, elle a représenté plusieurs militantes et journalistes, ainsi que des femmes condamnées à mort, dont la peine a été annulée à la suite de son action. Elle appartient à Women's Field, un groupe de défenseurs des droits des femmes à l'origine de plusieurs campagnes, notamment de la campagne Stop Stoning Forever.

Le 1er juillet, Clotilde Reiss, une ressortissante française, a été arrêtée à l'aéroport de Téhéran alors qu'elle s'apprêtait à rentrer en France. Cette jeune femme de vingt-quatre ans est accusée d'espionnage car elle a pris des photos lors d'une manifestation qui s'est déroulée à Ispahan et à laquelle elle a participé le mois dernier. Il s'agissait d'une manifestation contre l'annonce de la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. Elle a envoyé ces clichés par courrier électronique à une amie qui se trouvait à Téhéran. Amnesty International estime que Clotilde Reiss est une prisonnière d'opinion, détenue uniquement pour avoir exercé pacifiquement son droit de recevoir et de transmettre des informations et des idées.

Clotilde Reiss, étudiante en sciences politiques à Lille, en France, s'est rendue en Iran après avoir reçu une bourse pour poursuivre ses études sur ce pays. Elle a été arrêtée après avoir travaillé pendant cinq mois en tant que lectrice à l'université d'Ispahan, dans le centre de l'Iran. Clotilde Reiss est incarcérée à la prison d'Evin, à Téhéran. Elle a été autorisée à téléphoner et, le 9 juillet, elle a pu rencontrer l'ambassadeur de France en Iran. Elle a indiqué qu'elle était interrogée chaque jour mais qu'elle n'était pas maltraitée.

Amnesty International a demandé que toutes les personnes détenues uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression, de réunion et d'association soient libérées immédiatement et sans condition, et que tous les autres détenus soient inculpés sans délai et jugés dans le cadre d'une procédure conforme aux normes internationales d'équité des procès ou bien libérés. L'organisation estime que les autorités doivent faire connaître dans les plus brefs délais le sort réservé aux personnes arrêtées à la suite des récents événements.

Amnesty International a également demandé l'ouverture d'une enquête exhaustive et impartiale sur le décès de Sohrab Arabi, un étudiant de dix-neuf ans tué d'une balle dans le cœur. Il a disparu le 15 juin lors d'une manifestation. Ses proches n'ont pu obtenir aucune information le concernant jusqu'au 11 juillet, date à laquelle ils ont été convoqués au tribunal et l'ont reconnu sur des photos de personnes décédées. Son corps était, semble-t-il, à la morgue depuis le 19 juin. Pour l'instant, on ne sait pas ce qu'il est advenu de lui entre le 15 et le 19 juin, on ignore notamment la date exacte et les circonstances de sa mort.

Des représentants de l'État iranien ont indiqué que quelque 21 personnes avaient été tuées pendant les manifestations. Pourtant, Amnesty International a reçu une liste comportant les noms de plus de 30 personnes qui, selon des sources iraniennes non officielles, auraient été tuées. Ce chiffre pourrait être bien en deçà de la réalité.

Un nouveau groupe, les Mères en deuil (Madaran-e Azardar), a été fondé. Depuis quatre semaines, ses membres se réunissent en silence le samedi dans des jardins publics entre 19 et 20 heures, heure à laquelle Neda Agha-Soltan, une jeune femme, a été abattue le samedi 20 juin. Une vidéo de sa mort a été diffusée sur Internet et son visage est devenu le symbole de la répression mise en œuvre ces dernières semaines.

Leur protestation pacifique n'est pas passée inaperçue aux yeux des autorités : leurs rassemblements ont été dispersés par les forces de sécurité et plusieurs personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles Zeynab Peyghambarzadeh, défenseure des droits des femmes et militante de la cause étudiante, qui participe également à la campagne Un million de signatures et demande qu'il soit mis fin à la discrimination légalisée envers les femmes. Elle a été arrêtée lors du deuxième rassemblement, qui a eu lieu le 4 juillet. Elle a été détenue jusqu'au lendemain puis libérée.

L'appel lancé par les Mères en deuil est le suivant : « Tant que tous les détenus qui ont été arrêtés pour avoir manifesté contre la fraude électorale n'auront pas été libérés, et tant que la violence n'aura pas cessé et que les meurtriers de nos enfants n'auront pas été poursuivis, nous nous réunirons pour porter le deuil en silence chaque samedi à 19 heures, près de l'endroit où notre chère Neda a été tuée, rue Amirabad, dans le parc de Laleh, à côté du bassin. »

Pour en savoir plus :

Graves troubles en Iran à la suite des élections (page spéciale)
L'Iran doit protéger les droits des manifestants (appel à l'action, 23 juin 2009)

Thème

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Pays

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