Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

11 mai 2010

Les autorités mexicaines doivent aider une communauté assiégée par un groupe armé

Les autorités mexicaines doivent aider une communauté assiégée par un groupe armé

Amnesty International a appelé les autorités mexicaines à protéger une communauté indigène encerclée par plus de 30 paramilitaires armés, qui sont liés à l'un des principaux partis politiques du pays.

Les 700 habitants de San Juan Copala – une commune située dans la région de l'État d'Oaxaca peuplée par les indigènes triquis – sont pratiquement coupés du monde extérieur. Leur accès à la nourriture et à l'électricité est restreint, et le groupe armé a également coupé leur approvisionnement en eau. Ceux qui tentent de briser le siège sont menacés, attaqués ou tués.

Ubisort, le groupe paramilitaire en question, serait lié au parti au pouvoir dans l'État d'Oaxaca, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Une défenseure des droits humains mexicaine et un observateur international ont été tués par des membres d'Ubisort la semaine dernière, alors qu'ils se rendaient dans la communauté afin de porter assistance aux habitants.

« Les habitants de San Juan Copala sont privés des droits les plus élémentaires et les autorités doivent prendre des mesures pour assurer leur sécurité et leur accès aux biens et services essentiels, notamment à l'eau et à la nourriture, a indiqué Guadalupe Marengo, directrice adjointe du programme Amériques d'Amnesty International.

« Le gouvernement doit mettre fin à la violence des groupes armés présents dans la région, qui ont ciblé cette communauté en représailles à sa tentative d'instauration d'une commune autogérée indépendante des principaux partis politiques, que celle-ci accuse d'être responsables de plusieurs années de violence et de négligence. »

San Juan Copala est l'une des communautés du peuple indigène triqui, l'un des groupes ethniques les plus pauvres et marginalisés du Mexique. Cette commune a proclamé son autonomie en 2007. Cela signifie qu'elle est autogérée selon des pratiques traditionnelles et ne reconnaît pas l'autorité des fonctionnaires en place.

À plusieurs reprises, les membres d'Ubisort, dont certains sont originaires d'une communauté triqui voisine, ont ouvert le feu à l'intérieur de San Juan Copala ou en direction de la commune afin de terroriser la population. Le 17 avril, un habitant a été tué par des membres de ce groupe et le siège s'est durci depuis lors.

Seules les femmes âgées sont autorisées à quitter le village et à se rendre à pied dans la ville la plus proche pour y acheter de la nourriture. Par ailleurs, depuis début avril, tous les véhicules sont contraints à faire demi-tour.

En raison de l'insécurité, les enseignants et le personnel médical ne peuvent pas atteindre l'école et le dispensaire de la commune, ce qui restreint gravement l'accès des habitants à l'éducation et aux services de santé.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, Ubisort a également empêché la réparation de câbles électriques endommagés et a rompu la conduite d'eau alimentant la communauté, ce qui oblige les habitants à utiliser de l'eau contaminée.

Le 27 avril, un groupe composé de défenseurs des droits humains, de militants politiques et de journalistes a tenté de se rendre à San Juan Copala afin d'attirer l'attention sur le siège et d'apporter de l'eau et de la nourriture.

À l'entrée de la commune, des membres armés d'Ubisort leur ont tendu une embuscade, au cours de laquelle ils ont tué Alberta Cariño, une défenseure des droits humains mexicaine, et Jyri Antero Jaakkola, un ressortissant finlandais.

Malgré les appels répétés demandant aux autorités locales et à celles de l'État d'Oaxaca de prendre des mesures, le siège se poursuit et aucun membre d'Ubisort n'a été traduit en justice. Afin d'obtenir la libération des autres militants victimes de l'attaque du 27 avril, le gouvernement de l'État a engagé à plusieurs reprises des pourparlers avec le dirigeant bien connu d'Ubisort, qui demeure en liberté.

Le groupe armé a nié les accusations selon lesquelles ses membres auraient perpétré des violences.

Le 5 mai, la Commission nationale des droits humains a exhorté les autorités à protéger les habitants de San Juan Copala.

« Les autorités fédérales mexicaines doivent veiller à ce que la communauté de San Juan Copala ait accès aux services de base et empêcher les atteintes aux droits humains, comme les homicides, les attaques et les menaces, commises par des membres d'Ubisort, a ajouté Guadalupe Marengo.

« Par ailleurs, les liens présumés de ce groupe armé avec des membres du parti au pouvoir dans l'État d'Oaxaca, le PRI, doivent faire l'objet d'une enquête approfondie. »

Pour en savoir plus :

Il faut rendre justice aux observateurs des droits humains victimes d'une attaque au Mexique (nouvelle, 5 mai 2010)

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