Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

12 mai 2010

Israël ne doit pas remettre sous les verrous un citoyen qui a divulgué des informations sur son programme nucléaire

Israël ne doit pas remettre sous les verrous un citoyen qui a divulgué des informations sur son programme nucléaire

Amnesty International exhorte le gouvernement israélien à ne pas incarcérer Mordechai Vanunu, qui a tenté d'alerter l'opinion sur des questions relatives au nucléaire et est susceptible de retourner en prison dans les prochains jours.

La Cour suprême israélienne a statué le 11 mai que Mordechai Vanunu, qui a purgé une peine d'emprisonnement de 18 ans pour avoir divulgué des informations sur le programme nucléaire d'Israël, devait retourner derrière les barreaux pendant trois mois pour avoir rencontré un ressortissant étranger, en violation des restrictions qui lui sont imposées par l'armée depuis sa libération.

« Si Mordechai Vanunu retourne en prison, Amnesty International le déclarera prisonnier d'opinion et demandera sa libération immédiate et inconditionnelle », a indiqué Philip Luther, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

Mordechai Vanunu, 56 ans, qui s'est vu interdire de quitter le pays, a déclaré à Amnesty International le 12 mai : « Que j'aille en prison ou non, cela m'est égal. Je me sens déjà prisonnier, pris au piège en Israël. »

Ancien technicien dans une centrale nucléaire située près de la ville de Dimona, dans le sud d'Israël, Mordechai Vanunu a divulgué des informations détaillées sur l'arsenal nucléaire israélien au Sunday Times, hebdomadaire britannique, en 1986.

Enlevé par des agents du Mossad (Service de renseignement) en Italie le 30 septembre 1986, il a été conduit secrètement en Israël où il a été jugé et condamné à une peine d'emprisonnement de 18 ans. Il a passé les 11 premières années à l'isolement.

Lors de sa libération en avril 2004, les autorités israéliennes ont envisagé de le placer en détention administrative, mais le procureur général a rejeté cette option au motif qu'elle était illégale.

Mordechai Vanunu a alors été soumis à une surveillance policière, en vertu d'une ordonnance militaire draconienne renouvelée tous les six mois – en avril 2010 pour la dernière fois. Aux termes de cette ordonnance, il lui est interdit de communiquer avec des étrangers, y compris des journalistes. Il ne peut pas quitter le pays. Il ne doit pas se rendre dans les ambassades étrangères et doit informer les autorités de tout changement d'adresse.

« En raison de ces restrictions qui lui sont imposées, Mordechai Vanunu n'a pas été en mesure de se rendre aux États-Unis pour s'installer avec sa famille adoptive, ce qui a engendré un énorme stress en termes de santé mentale et physique, a expliqué Philip Luther.

« Il ne s'agit pas d'une libération conditionnelle assortie de restrictions, puisqu'il a purgé sa peine de 18 ans. Ces mesures restreignent de manière arbitraire ses droits à la liberté de mouvement, d'expression et d'association et bafouent par conséquent le droit international. »

Mordechai Vanunu a été reconnu coupable le 30 avril 2007 d'être entré en contact avec un étranger sans autorisation et condamné à une peine de six mois d'emprisonnement, réduite à trois mois en appel.

On lui a proposé de commuer cette peine en travaux d'intérêt général, à réaliser à Jérusalem-Ouest. Il a refusé, invoquant des craintes pour sa sécurité, car de nombreux Israéliens le considèrent comme un traître à la nation. Il a proposé d'effectuer ses travaux dans Jérusalem-Est, quartier palestinien où il réside désormais. Le tribunal a rejeté sa demande et ordonné son retour en prison pour le 23 mai.

Lors d'un entretien avec Amnesty International, Mordechai Vanunu a fait part de son sentiment de désespoir, affirmant que malgré les efforts déployés au niveau international alors qu'il était incarcéré et après sa libération en vue de lever les restrictions qui lui étaient imposées par les autorités israéliennes, « personne n'a été en mesure de [m']aider depuis 24 ans ».

Pour en savoir plus :

Israël doit mettre fin au harcèlement infligé à un défenseur des droits humains (nouvelle, 12 mai 2010)

Thème

Détention 
Liberté d'expression 

Pays

Israël et territoires palestiniens occupés 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

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