Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

9 décembre 2008

José Luis Urbano, défenseur des droits humains au Vénézuéla

José Luis Urbano, défenseur des droits humains au Vénézuéla
José Luis Urbano est président de La Fondation pour la défense du droit à l’éducation, une organisation non gouvernementale qui œuvre à la promotion et à la défense du droit à l’enseignement gratuit pour tous, inscrit dans la Constitution du Vénézuéla.

Il se rend régulièrement dans différentes régions du pays, à l’invitation de familles qui souhaitent faire part d’irrégularités dans le fonctionnement du système scolaire. La Fondation représente bien souvent pour les familles le seul moyen de se faire entendre.

La Fondation agit pour que le droit à l’enseignement gratuit soit respecté dans le secteur public, afin que tous les enfants bénéficient d’un accès égal à l’éducation, sans discrimination. Elle dévoile les irrégularités dans les écoles publiques et les allégations faisant état de corruption dans ce secteur. Il arrive qu'une école exige, en toute illégalité, le versement d’une somme d’argent de la part des familles afin de procéder à la scolarisation de leurs enfants, ce qui exclut de fait ceux qui viennent de milieux défavorisés.

La Fondation fait aussi campagne pour que les zones dans lesquelles le niveau d’éducation semble insuffisant se voient doter d’écoles, de matériel éducatif et de moyens en personnel.

Pour avoir dénoncé la corruption et les violations du droit à l’enseignement gratuit au Vénézuéla, José Luis Urbano et d’autres membres de la Fondation ont été pris pour cibles à plusieurs reprises.

Le 9 février 2007, la Fondation a tenu une conférence de presse afin d’exposer au grand jour la piètre qualité de l’enseignement public offert aux enfants pauvres dans l'État d'Anzoátegui. Elle a indiqué que l’éducation était de qualité très insuffisante et que des frais de scolarité étaient perçus.

Le même jour, José Luis Urbano a reçu un appel téléphonique anonyme au cours duquel son interlocuteur l’a menacé : « Cesse de fouiner, ou il pourrait t'arriver malheur. »

Le lendemain, alors que José Luis Urbano et sa femme se rendaient en voiture de chez eux au centre de Barcelona (État d’Anzoátegui), un véhicule noir s’est rangé près d’eux. Deux hommes en sont sortis et l’un d’eux a passé un pistolet par la vitre du côté de José Luis Urbano.

Son complice lui a ordonné : « Tue-le, c’est le type de Pro-defensa. » José Luis Urbano a réussi à saisir le canon de l’arme, mais l’homme a tiré et l’a touché à l'abdomen.

Le médiateur a fait en sorte que José Luis Urbano bénéficie d’une protection policière pendant son hospitalisation. Cependant, cette mesure a pris fin dès qu’il a quitté l'hôpital, le 20 février, bien que sa femme eut déposé une plainte relative à son agression auprès de la police et du bureau du médiateur la veille de sa sortie. Personne n’a jusqu’à présent été déféré à la justice pour la tentative d’homicide sur la personne de José Luis Urbano.

Le 3 mai 2008, lors d’une émission diffusée sur une radio locale dans l’État d’Anzoátegui, José Luis Urbano a affirmé qu’une école de Barcelona exigeait le versement de sommes d’argent, en toute illégalité. Le directeur de l’établissement aurait par la suite menacé José Luis Urbano, et aurait appelé à commettre des attaques contre lui.

Le 20 mai 2008, José Luis Urbano a été menacé de mort par téléphone. « Si tu ne laisses pas manger les directeurs [d’école], nous allons te faire ramper, et si tu dis quoi que ce soit, c’est ta famille qui va souffrir », a mis en garde son interlocuteur anonyme.

Le 22 mai, alors qu’il circulait à moto, il a été pris en chasse par des hommes à bord d’une voiture sans plaque d’immatriculation. Il a craint pour sa vie, mais a réussi à se sauver.

Le 29 septembre 2008, une trentaine de membres au moins du Groupe de réaction immédiate de la police de l’État d’Anzoátegui ont tenté de s’introduire au domicile de la sœur de José Luis Urbano, mais ne sont pas parvenus à franchir la barrière. Cette femme a refusé de laisser entrer les policiers et leur a demandé à plusieurs reprises de présenter un mandat de perquisition.

Ils lui ont répondu en criant : « Dis à ton frère que nous savons qu’il se cache ici, dis-lui de sortir, et qu'il ne perd rien pour attendre. » Ils lui ont également ordonné de ne pas signaler l’incident aux autorités. La sœur de José Luis Urbano a déposé plainte le jour même auprès du bureau du procureur.

Il semble que cette intervention soit liée au fait que José Luis Urbano a porté plainte pour harcèlement contre un membre du Groupe de réaction immédiate de la police.

Les menaces répétées dont il a fait l’objet, et les nombreuses attaques contre sa personne, ont contraint José Luis Urbano à quitter son foyer et à changer de domicile à plusieurs reprises. Bien qu’il ait signalé ces faits au bureau du procureur et à d'autres autorités, rien n’a été fait, à la connaissance d'Amnesty International, pour que des investigations soient menées sur ces actes.

Malgré les demandes effectuées auprès du bureau du procureur, en particulier une demande de protection en date du 18 juin 2008, aucune mesure n’a été mise en place pour garantir la sécurité de José Luis Urbano, de sa famille et des autres membres de la Fondation.

Pour en savoir plus :

Pour que les droits humains deviennent réalité (article, 9 décembre 2008)

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