Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

18 octobre 2010

Chine : les militants en faveur des droits humains sont persécutés

Chine : les militants en faveur des droits humains sont persécutés

La remise du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo a attiré l'attention de la communauté internationale sur les persécutions que lui font subir les autorités chinoises, qui l'ont condamné à 11 ans de prison pour « incitation à la subversion de l'État » à l'issue d'un procès inique.

Mais Liu Xiaobo n'est pas le seul militant chinois en faveur des droits humains actuellement en détention dans le pays. Ces prisonniers d'opinion sont détenus uniquement pour avoir exercé de manière pacifique leur droit à la liberté d'expression.

Le mouvement de défense des droits fondamentaux en Chine grandit mais les personnes qui tentent de signaler des violations des droits humains ou de remettre en cause des mesures gouvernementales jugées politiquement sensibles risquent fortement de voir leurs droits bafoués. Les autorités ont souvent recours à des chefs d'inculpation formulés en des termes vagues, tels que « mise en danger de la sécurité de l'État », « subversion de l'État » ou encore « séparatisme », afin de réduire au silence et d'emprisonner des militants pacifiques.

La femme de Liu Xiaobo, Liu Xia, est devenue une nouvelle victime de cette répression : elle a été assignée à résidence dès son retour chez elle après une visite à Liu Xiaobo, qui venait de recevoir le prix Nobel. Ci-dessous, Amnesty International décrit la situation de cinq autres militants chinois de premier plan qui ont été enfermés pour avoir osé critiquer le gouvernement.

Liu Xianbin, 43 ans
En détention depuis le 28 juin dans la préfecture de Suining, province du Sichuan.
Liu Xianbin
Liu Xianbin est un militant influent du Sichuan en faveur de la démocratie. Il est en détention depuis qu'il a été emmené de chez lui par des agents des forces de sécurité, il y a quatre mois, parce qu'il était soupçonné d'« incitation à la subversion de l'État ». Des militants des droits humains locaux sont convaincus qu'il est sanctionné pour son militantisme et sa prise de position en faveur des droits humains.

Liu Xianbin a été emprisonné une première fois en 1992 pour sa participation au mouvement de 1989 en faveur de la démocratie. En 1998, il a co-fondé la branche du Sichuan du Parti de la démocratie en Chine. L'année suivante, il a été condamné à 13 ans de réclusion pour « subversion de l'État ». Après sa libération en novembre 2008, il a continué à critiquer le gouvernement chinois. Tout comme Liu Xiaobo, Liu Xianbin est l'un des éminents partisans de la Charte 08, qui propose une réforme en profondeur sur les plans juridique et politique en Chine, avec pour objectif la mise en place d'un système démocratique respectueux des droits humains. Il a également publié des articles sur les droits humains et la démocratie, et a œuvré afin de faire mieux connaître du public la situation d'autres militants persécutés. Actuellement, Liu Xianbin attend son procès.

 



Gao Zhisheng, 46 ans
« Porté disparu ».
Gao Zhisheng
En 2001, Gao Zhisheng a été décrit comme l'un des « 10 meilleurs avocats » de Chine par le ministère de la Justice. Mais depuis que son action en faveur des droits humains a irrité les autorités, sa famille et lui ont vu leur vie détruite. Après avoir écrit une série de « Lettres ouvertes pour la justice », fin 2005, dans lesquelles il appelait les dirigeants chinois à mettre un terme à la persécution des membres du mouvement spirituel Fa Lun Gong, Gao Zhisheng a perdu sa licence d'avocat et sa famille et lui ont été harcelés en permanence par les forces de sécurité.

Début 2006, il a organisé une grève de la faim pour attirer l'attention sur les violations des droits humains. Plus tard cette année-là, il a été condamné à trois ans de prison avec sursis et a été privé de ses droits politiques pendant un an pour « incitation à la subversion ». Depuis lors, les autorités maintiennent Gao Zhisheng et sa famille sous surveillance permanente.

Le 13 septembre 2007 Gao Zhisheng a écrit au Congrès américain une lettre ouverte expliquant qu'il était contre le fait que la Chine accueille les Jeux olympiques de 2008. Neuf jours plus tard, des policiers en civil se sont présentés chez lui, l'ont entièrement déshabillé et l'ont battu jusqu'à ce qu'il perde connaissance. Il a été placé en détention au secret pendant près de six semaines, durant lesquelles il a été passé à tabac et a reçu des décharges électriques à répétition dans les parties génitales. Après sa libération, les personnes qui le connaissaient l'ont décrit comme « un homme brisé ».

Les enfants de Gao Zhisheng ne peuvent pas aller à l'école et les comptes bancaires de la famille ont été gelés. Sa fille a tenté de se suicider à cause de la pression et sa famille a dû fuir la Chine en mars. Le 4 février 2009, Gao Zhisheng a été emmené de son domicile, situé dans la province du Shaanxi, par la police. On ignore où il se trouve actuellement.



Tan Zuoren, 56 ans
Purge actuellement une peine de cinq ans d'emprisonnement.
Tan Zuoren
Militant écologiste, Tan Zuoren a été arrêté après avoir voulu divulguer le nombre d'enfants qui ont péri dans le séisme du Sichuan et dénoncer la corruption à l'origine de la non-conformité des bâtiments aux normes de construction qui a contribué à leur mort. Tan Zuoren a été interrogé à plusieurs reprises par la police sur son travail en faveur des droits humains. Par ailleurs, il a été harcelé par des hommes non identifiés qui ont volé son ordinateur à deux reprises et blessé son chien à l'arme blanche.

Tan Zuoren a été arrêté en mars 2009, après avoir déclaré qu'il avait l'intention de publier un rapport indépendant sur l'effondrement de bâtiments scolaires pendant le séisme. Si, au départ, l'acte d'accusation portait principalement sur ses travaux sur le tremblement de terre, Tan Zuoren a finalement été condamné pour « incitation à la subversion de l'État » pour avoir commémoré la répression exercée en 1989 contre les manifestants de la place Tiananmen en faveur de la démocratie.

Ai Weiwei, un artiste reconnu, n'a pas pu témoigner lors du procès de Tan Zuoren car il a été détenu et roué de coups par des membres des forces de sécurité juste avant d'être appelé à la barre. Pour Amnesty International, il s'agissait d'un procès à caractère politique qui a bafoué les règles d'équité les plus élémentaires. En juin, le recours que Tan Zuoren avait déposé contre sa condamnation à cinq ans de prison a été rejeté à l'issue d'une audience qui a à peine duré 10 minutes.



Hairat Niyaz
Purge actuellement une peine de 15 ans de réclusion ; détenu au secret dans un lieu inconnu.
Hairat Niyaz
Journaliste ouïghour et rédacteur pour des sites internet, Hairat Niyaz a été condamné pour « mise en danger de la sécurité de l'État » à la suite des émeutes de 2009 à Ürümqi, la capitale de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, pour des essais qu'il avait rédigés avant les manifestations et des entretiens qu'il a accordés à des journalistes de Hong Kong. L'avertissement qu'il a adressé aux autorités chinoises concernant la menace de violences ethniques dans la région, la veille des manifestations qui se sont tenues à Ürümqi et ont coûté la vie à 197 personnes, est resté vain.

Avant d'être placé en détention, Hairat Niyaz était l'un des administrateurs de Uighurbiz, l'un des sites Internet accusés d'avoir encouragé les troubles à Ürümqi. Il a également travaillé, en tant que journaliste chevronné, pour plusieurs journaux importants de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, où vivent une bonne partie des membres de l'ethnie ouïghoure. Il recourt délibérément au chinois pour parler des problèmes ouïghours afin de mieux atteindre les lecteurs sinophones en Chine et à l'étranger.

Hairat Niyaz a été arrêté en octobre 2009, après que la police eut déclaré qu'il avait « donné trop d'interviews ». Dans ces interviews, il critiquait la politique d'« éducation bilingue » des autorités qui aurait, selon lui, entraîné le licenciement de nombreux enseignants ouïghours. Il a affirmé que les troubles qui ont éclaté dans la région sont le résultat de 20 ans de mesures discriminatoires en matière de minorités ethniques. Il a été condamné à 15 ans de réclusion en juillet 2010. On ignore où il est détenu.



Dhondup Wangchen, 36 ans
Purge une peine d'emprisonnement de six ans à Xining, dans la province du Qinghai.
Dhondup Wangchen
Dhondup Wangchen est un cinéaste tibétain qui a utilisé une caméra pour la première fois de sa vie lorsqu'il a commencé à tourner le documentaire Leaving Fear Behind. Ce film, tourné à la suite des troubles de 2008 au Tibet, présente les interviews de plus de 100 Tibétains qui s'expriment sur les problèmes liés aux droits humains dans la région.

En mars 2008, des séquences du film ont été sorties clandestinement de Chine. Dhondup Wangchen a été arrêté peu après. Il a été torturé et maintenu en détention sans inculpation pendant plus d'un an avant d'être condamné, à l'issue d'un procès secret, à six ans d'emprisonnement pour « incitation au séparatisme ». Il souffre d'une hépatite B, pour laquelle il n'est pas soigné.

Après avoir été monté, Leaving Fear Behind a été présenté à des journalistes étrangers à Pékin, à quelques jours de l'ouverture des Jeux olympiques, en août 2008. Les forces de sécurité chinoises ont interrompu la projection.

Pour en savoir plus :

La Chine doit libérer un réalisateur tibétain (vidéo, 7 janvier 2010)

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