Libye : un opposant au gouvernement autorisé à quitter le territoire dans le contexte de nouvelles libérations

Idriss Boufayed.

Idriss Boufayed.

© NCLO


15 décembre 2008

Les autorités libyennes ont autorisé Idriss Boufayed, militant en faveur de réformes politiques, à se rendre en Suisse pour bénéficier d’un traitement contre le cancer. L’ancien secrétaire général de l’Union nationale pour la réforme, ouvertement critique à l’égard de Mouammar Kadhafi, a été libéré de prison le 10 octobre pour des raisons humanitaires, mais le traitement dont il avait besoin ne pouvait lui être dispensé en Libye.

Il a donc quitté le pays jeudi pour se rendre en Suisse, où il avait auparavant vécu en exil. On a appris qu’il avait été autorisé à quitter le territoire plusieurs jours après la libération de huit autres prisonniers d’opinion, arrêtés et jugés en même temps que lui.

Idriss Boufayed et 10 autres personnes ont été reconnus coupables le 10 juin de « tentative de renversement du système politique » et de « communication avec des puissances ennemies ». Ils ont été condamnés à des peines allant de six à vingt-cinq ans d’emprisonnement par la Cour de sûreté de l’État à l’issue d’un procès inéquitable.

Les accusés n’ont pas eu le droit d’être assistés par un avocat de leur choix, à l’exception de Jamal el Haji, qui a pu s’assurer les services d’un avocat privé. De plus, ils n'ont pas pu s'entretenir avec leurs avocats commis d'office à l'extérieur de la salle d'audience.

Selon Amnesty International, ces accusations étaient liées à la publication sur des sites Internet d'actualités le 23 janvier 2007 d’un communiqué d’Idriss Boufayed et de trois autres personnes – al Mahdi Saleh Hmeed, Ahmed Youssef al Obaidi et Bashir Qasem al Hares – annonçant l'organisation d’une manifestation pacifique à Tripoli le 17 février 2007.

Ce rassemblement devait commémorer le premier anniversaire de la mort d'au moins 12 personnes lors d’une manifestation à Benghazi au cours de laquelle de nombreuses autres personnes avaient été blessées. En février 2007, 14 hommes ont été arrêtés en raison de leur participation présumée à l’organisation de la manifestation.

Huit prisonniers ont été libérés le 7 décembre. Ahmed Youssef al Obaidi, al Mahdi Saleh Hmeed, al Sadeq Saleh Hmeed, Farid Mohammed al Zwai, Alaa al Drissi, Bashir Qasem al Hares, Ali Saleh Hmeed et al Sadiq Qeshoot n’ont pas été informés des raisons officielles de cette décision.

La Fondation Kadhafi pour le développement, dirigée par Saif al Islam Khadafi, un des fils de Mouammar Kadhafi, aurait joué un rôle dans les négociations ayant mené à leur libération.

Amnesty International, qui avait à l’époque condamné les arrestations et les condamnations, s’est félicitée des récents événements. Elle a toutefois réclamé que soient également libérées les autres personnes, qu’elle considère comme des prisonniers d’opinion.
L’organisation se réjouit des huit libérations intervenues le 7 décembre, mais souligne que les prisonniers doivent être libérés sans condition et qu’ils doivent retrouver la pleine jouissance de leurs droits civils et politiques.

Jamal el Haji et Faraj Saleh Hmeed, également arrêtés au même moment et condamnés respectivement à douze et quinze ans d’emprisonnement, sont toujours en détention.

« L’organisation reste préoccupée par le maintien en détention de Jamal el Haji et Faraj Saleh Hmeed, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, d’Amnesty International. Nous réclamons leur libération immédiate et sans condition car nous les considérons comme des prisonniers d'opinion, condamnés pour le simple fait d’avoir exercé, pourtant pacifiquement, leur droit à la liberté d’expression et de réunion. 

« Par ailleurs, Amnesty International est très inquiète au sujet d'Abdelrahman Al Qateewy, dont on est toujours sans nouvelle depuis son arrestation liée à cette même manifestation. »

Pour en savoir plus

Libération d’un prisonnier d’opinion libyen (bonne nouvelle, 10 octobre 2008)