Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

20 mars 2009

Des détenus utilisés comme arguments de négociation par les deux parties au conflit entre Israël et la bande de Gaza

Des détenus utilisés comme arguments de négociation par les deux parties au conflit entre Israël et la bande de Gaza
Des groupes armés palestiniens retiennent captif Gilad Shalit, un soldat israélien, depuis 1 000 jours et refusent que des représentants du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) lui rendent visite. Ils ne l'autorisent pas non plus à entretenir de contacts avec sa famille, n'ayant laissé passer qu'une ou deux lettres en environ trois ans.

Gilad Shalit a été capturé par des groupes armés palestiniens le 25 juin 2006, alors qu'il était en poste sur une base militaire israélienne près de la bande de Gaza. Son placement au secret, qui continue à ce jour, met en relief la dure situation des détenus servant de monnaie d'échange dans le cadre de négociations politiques entre les deux parties au conflit opposant Israël et des groupes de la bande de Gaza.

Depuis début juin 2007, les autorités israéliennes privent entièrement de la visite de leurs proches quelque 900 Palestiniens de Gaza incarcérés dans des prisons israéliennes. Avant cela, les visites étaient déjà limitées à certains membres de la famille uniquement. Quelques-uns des détenus n'ont pas vu certains de leurs proches depuis dix ans, voire plus.

L'interdiction relative aux visites familiales pour les détenus gazaouis est l'une des conséquences du blocus imposé par Israël sur les mouvements de personnes et de biens entrant et sortant de Gaza, châtiment s'appliquant à l'ensemble de la population de la bande de Gaza, soit 1,5 million de personnes.

Réagissant aux préoccupations qu'inspire à la communauté internationale le fait que le blocus soit responsable d'une crise humanitaire dans la bande de Gaza, le vice-Premier ministre israélien, Haïm Ramon, a eu les mots suivants en février 2009 : « Israël est confronté à une crise humanitaire grave, en la personne de Gilad Shalit et […] tant qu'il ne sera pas renvoyé chez lui, non seulement nous ne laisserons pas davantage de marchandises parvenir aux habitants de la bande de Gaza, mais nous en réduirons même le volume. »

Le Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a tenu un discours similaire : « Nous ne rouvrirons pas les postes-frontières [vers Gaza] et n'assisterons pas le Hamas tant que Gilad Shalit sera retenu dans ces conditions brutales. »

Pour leur part, le Hamas et les autres groupes armés palestiniens de Gaza affirment que Gilad Shalit ne sera libéré que lorsque Israël aura relâché plusieurs centaines des 8 000 Palestiniens incarcérés dans les prisons israéliennes. « La clé du cas Shalit est l'échange de prisonniers […] Il ne sera pas relâché tant que l'occupant israélien ne remettra pas en liberté des détenus palestiniens dont le Hamas exige la libération, quelle que soit la conséquence », a déclaré Sami Abu Zuhri, un des porte-paroles du Hamas, en octobre 2008.

Parmi les personnes dont le Hamas réclame la libération figurent des députés et des membres du Hamas arrêtés par les forces israéliennes après la capture de Gilad Shalit, manœuvre ayant manifestement pour but de faire pression sur le Hamas afin de l'inciter à relâcher le soldat.

Dans le cadre de communications avec Amnesty International, des responsables du Hamas ont indiqué que ce dernier reconnaît à tout détenu le droit de bénéficier de visites du CICR, d'un traitement humain et de contacts avec sa famille. Ce sont là les principales demandes de l'organisation dans le cas de Gilad Shalit, compte tenu de son statut de prisonnier de guerre.

Cependant, ces mêmes responsables ont affirmé que les visites ne peuvent dans son cas pas être organisées, « pour des raisons de sécurité », car elles pourraient mener à la divulgation du lieu où se trouve le soldat israélien. En vertu du droit international humanitaire, ces considérations ne doivent pas rendre caduques les règles prévoyant les visites du CICR.

En décembre 2008, le CICR s'est une nouvelle fois déclaré disposé à procéder à une évaluation confidentielle de la condition du soldat israélien ajoutant que « dans le cas de Gilad Shalit, nous déplorons le fait que des considérations d'ordre politique l'emportent sur des préoccupations humanitaires, ainsi que sur le respect des principes humanitaires fondamentaux, de sorte qu'il est pour ainsi dire impossible d'aider ce soldat ou sa famille ».

L'un des quelque 900 Gazaouis incarcérés dans des prisons israéliennes est Riyad Ayyad, maintenu en détention depuis 2002 sans avoir été inculpé ni jugé. Son épouse, Amna Ayyad, a expliqué à Amnesty International : « Je me suis rendue en Israël pendant cinq ans [pour des visites en prison] et n'ai jamais causé aucun problème. Si j'avais fait quelque chose, l'armée israélienne m'aurait arrêtée. Mon mari n'a jamais été jugé et nous ignorons complètement quand il sera relâché. Pourquoi ne peuvent-ils pas au moins me permettre de lui rendre visite ? Et maintenant, depuis […] l'été [2007], les visites sont suspendues pour toutes les personnes originaires de Gaza. Mon fils est né quand mon mari était déjà en prison et cela fait maintenant de nombreux mois qu'il n'a pas vu son père. »

Le CICR a exprimé en septembre 2008 sa préoccupation face à la décision des autorités israéliennes de priver les détenus de Gaza de la visite de proches, dans les termes suivants : « Les familles de Gaza ne peuvent toujours pas visiter quelque 900 proches détenus dans les prisons israéliennes suite à la décision prise en juin 2007 par les autorités israéliennes de suspendre le programme de visites familiales. Cette suspension entraîne un certain nombre de conséquences et prive notamment les enfants de la possibilité de voir leurs parents ou d'autres membres de leur famille. »

En octobre 2008, le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, a proposé d'étendre cette interdiction aux détenus partisans du Hamas originaires de Cisjordanie. Il a déclaré : « La stratégie adoptée en matière de visites aux prisonniers [empêcher leurs proches en provenance de Gaza de leur rendre visite], si elle empiète sur leurs droits à certains égards, est conforme à la politique du gouvernement quant aux sanctions imposées à Gaza. Elle est de toute façon amplement justifiée lorsque l'on prend en considération la longueur de la captivité du soldat Gilad Shalit. »

Amnesty International a demandé qu'il soit mis fin à l'utilisation de détenus comme arguments de négociations politiques.

« Le Hamas, en sa capacité de gouvernement de facto dans la bande de Gaza, doit veiller à ce que Gilad Shalit soit traité avec humanité, a souligné Donatella Rovera, chercheuse d'Amnesty International sur Israël et les territoires palestiniens occupés. Il faut immédiatement autoriser le CICR à rendre des visites régulières à cet homme, et permettre à celui-ci de communiquer régulièrement avec sa famille et le monde extérieur. Les autorités israéliennes doivent consentir à la reprise immédiate des visites familiales destinées aux détenus palestiniens de Gaza, et lever le blocus sur Gaza. »

Thème

Conflit armé 
Groupes armés 
Détention 

Pays

Israël et territoires palestiniens occupés 
Autorité palestinienne 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

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