Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

28 avril 2010

Expulsée de Cisjordanie

Expulsée de Cisjordanie

En 2005, Berlanty Azzam, une jeune femme palestinienne originaire de la bande de Gaza, s'est rendue en Cisjordanie pour y étudier afin d'obtenir un diplôme d'administration des affaires et de traduction à l'université de Bethléem.

En octobre 2009, deux mois à peine avant la fin de son cursus, Berlanty Azzam a été renvoyée de force dans la bande de Gaza par l'armée israélienne.

Elle s'est entretenue avec Amnesty International à Gaza le 2 novembre 2009, quelques jours après son expulsion hors de la Cisjordanie.

« C'était mercredi dernier, le 28 octobre, alors que je rentrais à Bethléem depuis Ramallah. Je m'étais rendue à Ramallah pour un entretien d'embauche. Sur le chemin entre Bethléem et Abu Dis, on m'a fait faire halte au poste de contrôle "Container" [un poste de contrôle sur la route entre Ramallah et Bethléem, qui restreint les allées et venues des Palestiniens entre le sud de la Cisjordanie et le nord] […] On [des soldats israéliens] m'a demandé si j'étais de la bande de Gaza […] ils ont vu ma carte d'identité mais ne m'ont rien dit, ils m'ont seulement demandé d'attendre la police secrète. Il était 13 heures quand on m'a demandé de m'arrêter. J'ai dû attendre jusqu'à 19 heures […] Il faisait très froid au "Container" ; j'étais menottée et ne pouvais pas bouger mes mains librement. Il y avait un soldat arabe ; je lui ai demandé pourquoi ils devaient me retenir au "Container". J'ai refusé de signer le document qu'ils m'ont tendu parce qu'il était rédigé en hébreu. J'ai dit, je ne vais pas le signer, je ne comprends pas l'hébreu. J'ai fini par signer parce qu'ils ont fait pression sur moi. Je ne sais pas ce que ça disait. »

Berlanty Azzam avait son téléphone portable sur elle et l'a utilisé pour appeler Sari Bashi, un avocat travaillant avec l'organisation israélienne de défense des droits humains Gisha, qui œuvre en faveur du droit de circuler librement.

Elle a raconté à Amnesty International que lorsque les soldats israéliens ont parlé à l'avocat, ils lui ont dit qu'ils n'emmenaient pas la jeune femme à Gaza et qu'il pourrait la retrouver dans un centre de détention de Cisjordanie dès le lendemain matin.

Alors qu'un soldat la faisait monter à bord d'une jeep quittant le "Container", Berlanty Azzam a tout d'abord pensé qu'il était possible que les soldats l'emmènent à Etzion, une prison israélienne près de Bethléem :

« J'avais peur. Ils m'avaient bandé les yeux avec ma propre écharpe et j'avais donc froid, en plus du reste. Nous avons roulé longtemps. Le trajet entre Bethléem et Etzion prend environ 10 minutes et au bout d'un moment, j'ai su que nous étions allés trop loin. Le trajet a duré environ une heure et demie. Vers 21 h 30, la jeep s'est arrêtée et j'ai demandé si je pouvais aller aux toilettes. Je me suis exprimée en anglais mais ils me répondaient en hébreu et j'ai dit que je ne le parlais pas. Il y avait là des femmes soldats, qui m'ont laissé utiliser les toilettes. J'ai demandé à une femme "Où sommes-nous ?" et on m'a dit que nous étions à Etzion.

« Puis ils m'ont ramenée vers la jeep. Il y avait deux gradés mais ils ne m'ont pas adressé la parole. Ils parlaient entre eux et au téléphone. Je ne savais pas où j'étais. Les menottes étaient très serrées autour de mes poignets et me faisaient mal. J'ai tapé à la vitre nous séparant, le soldat se trouvant dans la jeep et moi, puis je lui ai dit en anglais "Ça me fait mal". J'ai réessayé plusieurs fois mais ma demande restait sans réponse. Ils ont fini par me faire sortir de la voiture et voilà, nous nous trouvions à Erez [un point de passage entre le nord de la bande de Gaza et Israël].

« À Oslo [Accords de paix de 1993], ils ont dit que la Cisjordanie et la bande de Gaza ne faisaient qu'un [territoire]. Nous ne devrions pas avoir besoin d'un permis pour aller à Ramallah ou Bethléem : je suis en règle […] J'ai passé quatre ans à Bethléem, je ne connais pas Erez, je n'avais pas vu ma famille pendant tout ce temps et ce fut un vrai choc pour moi. Ma mère a dit qu'elle savait que j'avais peur rien qu'à ma voix. J'étais censée terminer [mes études] en décembre. L'avocat planche sur un recours qu'il soumettra à la [Haute] cour [israélienne]. J'espère que ça se passera bien, et que je pourrai retourner à Bethléem. J'y ai passé quatre ans et ma famille m'a manqué ; [si on ne me permet pas d'y retourner] ça aura été en vain [...] J'espère vraiment que je pourrai rentrer à Bethléem. La situation à Gaza est tellement difficile. Je veux retourner à Bethléem afin de terminer mes études. Mais je crains de ne jamais obtenir de permis si ma demande est rejetée. Je veux finir l'université et décrocher mon diplôme. Mon examen final a lieu le 31 décembre, je n'ai pas mes livres avec moi, je n'avais que mon sac à main. Toutes mes notes, tout ce que j'ai, se trouve chez moi à Bethléem. »

Mise à jour sur le cas de Berlanty Azzam
Le 29 octobre 2009, au lendemain du renvoi forcé de Berlanty Azzam vers la bande de Gaza, Gisha a déposé un recours auprès de la Haute cour israélienne afin de protester contre son expulsion hors de la Cisjordanie.

Le 9 décembre 2009, après deux audiences, la Haute cour a maintenu les mesures prises par l'État israélien et décidé de ne pas autoriser Berlanty Azzam à retourner à l'université de Bethléem pour y terminer ses études. Au cours de ces audiences, l'État n'a fait aucune allégation concernant un quelconque risque représenté par la jeune femme en matière de sécurité, mais s'est contenté d'affirmer que sa présence en Cisjordanie était « illégale ».  

Après s'être vu interdire de retourner à Bethléem, Berlanty Azzam a continué à étudier avec ses anciens professeurs de l'université par courriel et par téléphone. Elle a terminé ses études à distance et reçu son diplôme de licence, décerné par l'université de Bethléem, à l'église de la Sainte famille à Gaza, le 10 janvier 2010.

Pour en savoir plus :

La nouvelle ordonnance militaire israélienne risque d'entraîner en Cisjordanie une multiplication des expulsions de Palestiniens (nouvelle, 28 avril 2010)

Thème

Discrimination 

Pays

Israël et territoires palestiniens occupés 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

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