Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

28 janvier 2009

Des civils otages du conflit à Sri Lanka

Des civils otages du conflit à Sri Lanka
Plus de 300 000 civils sont actuellement pris au piège dans le nord-est de Sri Lanka tandis que les combats opposant les Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul (LTTE) et l’armée s’intensifient. Des centaines de personnes ont été tuées ou blessées dans la région du Vanni.

Des informations récentes tendent à indiquer que les deux camps enfreignent les lois de la guerre, en prenant les civils pour cible et en les empêchant de s’enfuir vers des lieux plus sûrs. Amnesty International a reçu des informations selon lesquelles les LTTE avaient à au moins une occasion empêché des civils blessés de se déplacer pour se mettre à l’abri ou se faire soigner, agissement qui pourrait constituer un crime de guerre.

Le gouvernement sri-lankais mène actuellement des opérations militaires dans des zones où vivent des civils. Les bombardements aériens et les tirs d’artillerie auraient tué et blessé des civils, détruit des biens et provoqué des déplacements massifs de population.

« Prendre les civils pour cible et procéder à des attaques aveugles constituent pour toute partie au conflit des violations du droit international humanitaire », a déclaré Yolanda Foster, responsable des recherches sur Sri Lanka à Amnesty International.

Les forces gouvernementales sri-lankaises ont contraint les Tigres tamouls à quitter l’ensemble des zones urbaines d’importance qu’ils occupaient depuis près de dix ans, et à se retrancher dans une petite partie du territoire. Plus de 300 000 civils ayant fui l’arrivée des troupes gouvernementales sont également pris au piège dans cette zone restreinte. Ils ont été contraints de se déplacer à maintes reprises, et leur vulnérabilité augmente à mesure que les combats se rapprochent.

Des centaines de personnes ont été tuées ou blessées, et les soins dont la population pouvait bénéficier auparavant sont compromis, du fait de la pénurie de personnel médical et des dommages infligés aux hôpitaux.

Le gouvernement a déclaré certains lieux « zones sûres » afin de permettre aux civils de se mettre à l’abri, mais selon des informations reçues par Amnesty International, plusieurs civils y auraient été tués ou blessés par des tirs d’artillerie.

Un médecin travaillant dans une « zone sûre » a déclaré qu’au moins 1 000 obus étaient tombés autour de l’hôpital. Cet hôpital, qui accueille au mois 1 000 patients, a subi des dégradations et des centaines de personnes présentes sur place ont été blessées.

Jeudi 29 janvier, les Nations unies sont parvenues à évacuer certaines des personnes grièvement blessées qui n’avaient pu être soignées en raison des combats opposant les deux camps. Les LTTE ont bloqué le passage d’un convoi de 24 véhicules qu’avaient affrétés la Croix-Rouge et les Nations unies dans le but d’évacuer environ 300 blessés, parmi lesquels 50 enfants.

La population civile vivant dans le nord de l’île n’est pas protégée. Les personnes déplacées par le conflit sont confrontées à l’insécurité et à une pénurie d’aide humanitaire, en particulier au manque de nourriture, d’abris et de soins médicaux. Il n’y a pas eu de convoi alimentaire dans la région depuis le 16 janvier.

Une femme vivant sur place a dit à un journaliste travaillant dans la région que les habitants manquaient de place pour vivre.

« C’est impossible de creuser des bunkers, il y a de l’eau partout. Nous ne disposons pas de refuges dignes de ce nom. Les gens vivent dehors. Les bombardements sont incessants. Vingt ou 30 obus nous tombent dessus chaque jour. Des gens meurent.

« Nous sommes entassés ici, collés les uns aux autres. Ils ont construit des abris sommaires les uns à côtés des autres. Il y a des problèmes parce qu'on n’a pas suffisamment de toilettes, que l’approvisionnement en eau et en nourriture est très limitée. »

Un représentant des autorités sanitaires dans le nord du pays a expliqué que l'on retrouvait des cadavres sur les routes et dans les habitations.

« Quand je suis revenu de l’hôpital de Moongilaaru, j’ai vu deux, trois corps sans vie près d’un tracteur. Certains essaient de régler la question des funérailles. J’ai entendu dire que des personnes enterraient des membres de leur famille dans les lieux les plus proches qu’ils pouvaient trouver, parce qu’ils n’ont pas le temps de procéder au cérémonial traditionnel. »

Par ailleurs, les LTTE soumettent des civils à des travaux forcés, y compris le long des frontières. Amnesty International demande aux LTTE de cesser leurs pratiques consistant à recruter de force des civils, des enfants notamment.

L’organisation les exhorte par ailleurs à lever les restrictions aux mouvements des civils et à leur permettre de se rendre dans des zones où ils seront en sécurité.

« Les LTTE doivent laisser sortir les civils blessés, a ajouté Yolanda Foster. Empêcher des civils d’accéder aux soins constitue un crime de guerre.

« Le gouvernement sri-lankais, pour sa part, doit autoriser un suivi indépendant de la situation des personnes déplacées dans le Vanni. Il doit également lever les restrictions limitant la liberté de mouvement des personnes déplacées ayant fui le Vanni qui vivent actuellement dans des camps provisoires, et honorer l’obligation qui lui incombe de protéger les civils et de respecter et défendre les droits humains et le droit international humanitaire. »

Hors des lignes de combat, la situation générale des droits humains dans les zones contrôlées par le gouvernement s’est dégradée. Amnesty International déplore ainsi la multiplication des attaques visant les médias, les journalistes et les défenseurs des droits humains, en particulier le récent assassinat de Lasantha Wickramatunge, rédacteur en chef du Sunday Leader, à Colombo.

Depuis le début de l’année 2006, au moins 14 professionnels des médias ont été tués illégalement à Sri Lanka. D’autres ont été torturés, maintenus en détention arbitraire et auraient « disparu » alors qu’ils étaient sous la garde des forces de sécurité. Plus de 20 journalistes ont quitté le pays après avoir reçu des menaces de mort.

« Sans des médias libres, en mesure d’exprimer des opinions divergentes et de soumettre leurs activités à l’opinion publique, les violations des droits humains peuvent se multiplier, favorisées par le secret et le déni, a estimé Yolanda Foster. En raison du climat d’impunité qui règne à Sri Lanka lorsqu’il s’agit des attaques ciblant les médias, il est impossible de brosser un tableau précis et impartial de la situation dans le pays.

« En menaçant les journalistes d’arrestations et en s’abstenant de les protéger contre toute agression, le gouvernement manque à ses devoirs envers ses citoyens. Les autorités de Sri Lanka doivent veiller à ce que les médias du pays puissent travailler sans restrictions et en toute sécurité. »

Pour en savoir plus :

L'Inde doit aborder les préoccupations liées aux droits humains à Sri Lanka (nouvelle, 15 janvier 2009)
Le gouvernement sri-lankais doit agir maintenant pour protéger 300 000 personnes déplacées (nouvelle, 19 novembre 2008)
Sri Lanka : l'escalade des hostilités met en péril des dizaines de milliers de personnes (nouvelle, 19 août 2008)

Thème

Conflit armé 
Liberté d'expression 
Réfugiés, personnes déplacées et migrants 

Pays

Sri Lanka 

Région ou pays

Asie - Pacifique 

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