Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

27 mai 2011

Manifestations en Mongolie intérieure : Amnesty International demande aux autorités chinoises de faire preuve de retenue

Manifestations en Mongolie intérieure : Amnesty International demande aux autorités chinoises de faire preuve de retenue

Les autorités chinoises doivent éviter une répression violente des manifestations dans la région de Mongolie intérieure, où plusieurs secteurs sont en état de siège pour empêcher une cinquième journée de protestation, a déclaré Amnesty International vendredi 27 mai.

« Les autorités chinoises doivent respecter la liberté d'expression et de réunion des manifestants, a déclaré Catherine Baber, directrice adjointe du programme Asie - Pacifique d'Amnesty International. La répression brutale de mouvements de protestation similaires dans d'autres régions, comme le Xinjiang ou le Tibet, suscite des craintes pour la situation en Mongolie intérieure. »

Dans un geste de défi rare, des centaines de Mongols de la Région autonome de Mongolie intérieure ont marché en direction d'un bâtiment du gouvernement local dans la bannière (division administrative) de Shuluun Huh vendredi 27 mai, pour demander aux autorités chinoises de respecter les droits et le mode de vie traditionnel des bergers mongols, ainsi que leur accès aux pâturages.

Selon les informations dont on dispose, les manifestations qui ont eu lieu quotidiennement dans la région depuis le 23 mai ont été le plus souvent pacifiques. Toutefois, au moins 18 personnes auraient été blessées, certaines d'entre elles grièvement, lors d'affrontements avec la police dans la bannière droite d'Ujumchi les 23 et 26 mai.

« Des revendications de protection de la culture mongole et de respect des droits humains qui ne datent pas d'aujourd'hui sous-tendent le mouvement de protestation actuel, a déclaré Catherine Baber. Au fil des années, les autorités chinoises ont arrêté les militants et écrivains à l'origine de ces revendications, et condamné certains d'entre eux à de longues peines d'emprisonnement. Le mouvement de protestation actuel est un signal fort envoyé aux autorités. Comme dans d'autres régions où vivent des minorités, les autorités devraient prêter attention au message plutôt que de s'en prendre aux messagers. »

« Les autorités chinoises doivent garantir aux Mongols le droit à la liberté d'expression et de réunion, et éviter tout recours à une force inutile ou excessive lors des opérations de maintien de l'ordre autour de ces manifestations », a ajouté Catherine Baber.

Le mouvement de protestation, qui a vu mercredi 25 mai environ 2 000 étudiants mongols descendre dans la rue pour manifester dans la ville de Shiliinhot en Mongolie intérieure, a été déclenché par la mort d'un berger mongol du nom de Mergen, qui a été écrasé par un camion de charbon conduit par un Han, l'ethnie dominante en Chine. Les autorités chinoises ont arrêté et inculpé le conducteur du camion et le chauffeur qui l'accompagnait.

Parmi les six millions de membres de l'ethnie mongole, nombreux sont ceux qui craignent que les projets d'exploitation de plus en plus nombreux dans cette riche région minière ne menacent leur mode de vie traditionnel.

Des messages appelant les Mongols à manifester de nouveau ont été postés sur la toile. Toutefois, selon les médias locaux, les autorités chinoises auraient intensifié la censure en ligne après les manifestations, et des correspondants font état d'un accès de plus en plus limités aux réseaux sociaux en ligne dans la région.

Des appels similaires au respect des droits et de la culture des Mongols ont été lourdement réprimés dans le passé par les autorités chinoises. Hada, militant mongol des droits humains et co-fondateur de l'Alliance démocratique de Mongolie méridionale, a été condamné en 1995 à une peine de 15 années d'emprisonnement pour « espionnage » et « séparatisme ».

Hada devait être libéré en décembre 2010 mais il est toujours détenu au secret. Son épouse et son fils ont été sous étroite surveillance et sont fréquemment harcelés par les autorités depuis son incarcération. Tous deux ont été arrêtés la veille du jour où Hada devait être libéré et ont été depuis lors inculpés respectivement de « commerce illégal » et de « possession de stupéfiants ».

Pour en savoir plus :

La Chine doit révéler où se trouve un militant mongol disparu (nouvelle, 15 décembre 2010)
Les militants de la « révolution de jasmin » en Chine (article, 5 mai 2011)

Pays

Chine 

Région ou pays

Asie - Pacifique 

Thème

Liberté d'expression 

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