Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

5 mai 2011

Les militants de la «révolution de jasmin» en Chine

Les militants de la «révolution de jasmin» en Chine

De nombreux détracteurs du gouvernement, avocats, militants, blogueurs, artistes et « cybercitoyens » ont été arrêtés depuis février, les autorités craignant une « révolution de jasmin » inspirée par les événements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Amnesty International dresse le portrait de certains membres de la nouvelle génération de militants chinois victimes de ce coup de filet.

Liang Haiyi alias Miaoxiao : l'une des premières victimes de la répression de la « révolution de jasmin »

Situation :
en détention, soupçonnée de « subversion de l'État »

Selon ses propres mots :
« Quand le pays ne peut pas protéger un mendiant, il ne peut pas protéger l'empereur ! »

Liang Haiyi portrait
© Lian Haiyi

Liang Haiyi aurait été arrêtée par des policiers le 19 février à Harbin (nord de la Chine) pour avoir partagé sur Internet des vidéos et des informations traitant de la « révolution de jasmin ». Son avocat a confirmé qu'elle était détenue parce qu'elle était soupçonnée de « subversion de l'État ».

Les « cybercitoyens » chinois l'ont depuis surnommée la « Femme martyre du Sud », car elle est considérée comme la première militante arrêtée dans le cadre de la répression du gouvernement contre l'opposition inspirée par les changements de régime au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Liang Haiyi n'est pas une dissidente aguerrie, mais une « cybercitoyenne » active : elle diffuse des éléments d'information au sujet de la politique chinoise sur Twitter et sur le site national de micro-blogage QQ sous le pseudonyme de Miaoxiao, qui signifie « toute petite ».

Selon le quotidien Apple Daily, elle a montré très tôt une conscience politique et sociale en rejoignant les jeunes cadres communistes, en dirigeant un syndicat étudiant dans sa province natale du Guangdong et en recevant des récompenses locales pour ses actions associatives.

En 2011, elle était devenue une épouse et une mère habitant à Harbin quand, inspirée par le changement de régime en Tunisie, elle a mis en ligne des informations provenant de sites Internet dissidents hébergés hors de Chine - notamment www.boxun.com – au sujet de projets de manifestations de la « révolution de jasmin » dans des villes chinoises.

Wang Dan, un Chinois actuellement en exil qui figurait parmi les dirigeants des manifestations étudiantes de la place Tiananmen en 1989, a rendu hommage à Liang Haiyi sur sa page Facebook, où il a écrit : « Elle a eu plus de courage que nous n'en avions » et affirmé que la répression politique en Chine était pire à présent qu'à son époque.

La page Twitter de Liang Haiyi est maintenant désactivée, mais sa page QQ comporte toujours des liens vers des articles et des vidéos au sujet du renversement du président Hosni Moubarak en Égypte et de sujets controversés dans la société chinoise, ainsi que ses propres commentaires et opinions.

Selon ses propres mots :

« Femme Sagittaire, simple, directe et confiante ; ne mâche pas ses mots et choque facilement les gens. Elle a grand besoin de votre respect, de votre compréhension et de votre encouragement ; soutenez ses valeurs idéalistes et luttez contre une société cynique. »

Son blog n'a pas été mis à jour depuis le dernier message publié à 00 h 51 le 19 février 2011, dans lequel elle partageait une vidéo qui n'est plus accessible et écrivait : « À quelle distance sont les Nazis ? Est-ce que la dictature réapparaîtrait en Allemagne ? Des professeurs de l'enseignement secondaire ont fait un petit test et ont recueilli une réponse inquiétante indiquant que l'histoire peut se répéter très facilement, si bien qu'ils paient le prix fort. »

 

Ran Yunfei : militant et influent blogueur du Sichuan

Situation : officiellement arrêté pour « incitation à la subversion de l'État »

Selon ses propres mots :
« Plus votre compte de blog est fréquemment perdu, plus l'effort est grand pour faire connaître la vérité. »

Portrait of Ran Yunfei
© Shizhao

Ran Yunfei est un critique littéraire, universitaire et commentateur politique originaire de Chengdu (sud-ouest de la chine). Il est issu de la minorité ethnique tu.

La révolution des médias sociaux a fait de lui un militant de la liberté d'expression sur Internet. Blogueur prolifique, il a subi des suspensions répétées de ses comptes sur différentes plateformes de blogs et de micro-blogs à cause de la censure en ligne. Ran Yunfei est devenu connu pour ses tactiques de « guérilla » sur Internet, qui consistent à apparaître et disparaître sous autant de noms de compte que possible pour embrouiller les censeurs.

Son influent essai en ligne intitulé “Domestic microblogs exist to die in battle” (« Les micro-blogs nationaux sont nés pour mourir au combat ») analyse et retrace avec rigueur le développement des micro-blogs chinois en concurrence avec Twitter et présente un plan tactique pour les utiliser ensemble pour démolir la « tour des mensonges ».

Selon ses propres mots :
[traduction anglaise sur www.chinageeks.org]
Extrait de “Domestic microblogs exist to die in battle” :

« À mon avis, Twitter est un lieu pour la diffusion et la conservation de la vérité, tandis que les micro-blogs nationaux sont là pour faire connaître cette vérité, et pour mourir au combat. Plus votre compte de blog est fréquemment perdu, plus l'effort est grand pour faire connaître la vérité… »

Extrait de « Comment j'ai passé 2010 », article publié sur son blog peu avant son arrestation.

« Mon premier amour dans la vie n'est certainement pas la critique du gouvernement. Dans un pays libre, je passerais ma vie à faire des recherches dans une bibliothèque – mais je suis né à un endroit où on ne peut pas vivre paisiblement ainsi. Il n'y a pas de solution. Si je n'exprimais pas mes critiques de notre désastreuse réalité sociale, mon âme ne serait pas tranquille. Je ne dormirais pas bien. J'aurais mauvaise conscience. »

 

Wang Lihong : militante de la génération de Tiananmen devenue « cybercitoyenne »

Situation : officiellement arrêtée pour avoir « rassemblé des personnes en vue de bloquer la circulation »

Selon ses propres mots :
« Si je gardais le silence face à la souffrance et au mal, alors le prochain mal qu'il faudrait abattre serait moi-même. »

Wang Lihong
© Ji Ruan

Comme de nombreux Chinois de sa génération, Wang Lihong a vécu un réveil politique à Pékin lors des manifestations étudiantes en faveur de la démocratie en 1989.

La répression de l'opposition qui s'en est suivie l'a conduite à quitter son poste de médecin fonctionnaire et à devenir une militante des droits sociaux.

Aujourd'hui âgée de 55 ans, elle a récemment travaillé sur des projets d'aide aux sans-abris vivant dans les rues voisines de la place Tiananmen avec des avocats et des défenseurs des droits tels que l'influent blogueur « Laohumiao », ainsi que sur des cas comme celui de Yao Jing, un pétitionnaire hospitalisé après avoir été battu par des représentants du gouvernement.

Wang Lihong est une utilisatrice de Twitter et une « cybercitoyenne » active qui a pris part à des mobilisations éclair (flashmobs), notamment celle organisée en avril 2010 devant le tribunal où étaient jugés trois « cybercitoyens » de la province du Fujian qui avaient diffusé des informations sur le viol collectif et le meurtre d'une jeune femme vraisemblablement commis par des hommes liés à la police.

Fin 2010, pour la punir d'avoir célébré l'attribution du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo, alors qu'elle tentait de rejoindre un groupe d'amis dans un restaurant de Pékin, les autorités l'ont placée en détention administrative pendant huit jours puis assignée à domicile pendant plus de trois mois.

Pendant cette période, on lui a dit d'écrire un « certificat de garantie » de son comportement pour obtenir sa liberté, ce qu'elle a refusé de faire. Elle a été arrêté fin mars cette année.

Selon ses propres mots :
Extrait d'une lettre ouverte qu'elle a écrite :

« D'un point de vue juridique, le fait d'obliger une personne à rédiger une "garantie" indiquant qu'elle ne fera pas de "choses illégales" pour qu'elle puisse jouir de sa liberté de mouvement est contraire à la loi ; c'est une parodie de loi.

« Je suis une citoyenne chinoise. J'ai le droit de vivre et de me déplacer sur le territoire de mon pays.

« J'ai une conscience, je ne peux pas garantir de garder le silence face à la souffrance […]. Je ne peux pas faire semblant de ne pas voir ces événements tragiques.

« Si je gardais le silence face à la souffrance et au mal, alors le prochain mal qu'il faudrait abattre serait moi-même.

« En tant qu'agents des forces de l'ordre, vos actions limitant ma liberté sont illégales et ont de graves conséquences sur ma vie. J'espère que les services et les agents de l'État compétents en la matière corrigeront vos violations dès que possible et restaureront ma liberté. »

Pour en savoir plus :

Chine : des détracteurs du gouvernement portés disparus dans un contexte de répression grandissante de l'opposition (nouvelle, 5 mai 2011)
Chine. La nouvelle génération de cybermilitants prise pour cible (communiqué de presse, 23 mars 2011)

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