Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

9 décembre 2009

Témoignage : «La place de mon mari n'est pas en prison»

Témoignage : «La place de mon mari n'est pas en prison»
ShaimaaDe nombreuses personnes participent cette semaine à l'action d'Amnesty International intitulée Écrire pour les droits humains : elles rédigent des lettres et signent des pétitions afin de témoigner leur solidarité à des victimes de violations des droits fondamentaux.

Shaimaa est l'épouse du défenseur des droits humains Musaad Suliman Hassan Hussein (plus connu sous son nom de plume Musaad Abu Fagr) qui est maintenu en détention administrative en Égypte depuis février 2008.

Musaad Abu Fagr a été arrêté à la suite de manifestations, dans le Sinaï, contre le projet des autorités visant à démolir des milliers de maisons près de la frontière avec la bande de Gaza.

Article écrit par Shaimaa
Cela fait deux ans que mon mari, Musaad Abu Fagr, a été arrêté. Pour ma fille Ranad et pour moi, chaque jour qui passe est aussi long que dix années.

Ranad avait trois ans quand mon mari a été arrêté. Elle s'endormait après qu'il lui ait donné un baiser pour lui souhaiter bonne nuit, et se réveillait le matin avec un baiser de lui. Il la conduisait tous les jours à l'école.

Ranad a maintenant cinq ans. Son père lui manque beaucoup, même si j'essaie dans mon rôle de mère de pallier cette absence. Ce qui est dur c'est que son père faisait plein de choses pour elle : il jouait avec elle, et l'emmenait à l'aire de jeux ou à la salle de sport.

Elle répète tout le temps ses paroles. Quand elle va au lit elle envoie des baisers à son père, et lorsqu'elle se réveille elle demande : « Est-ce que Musaad a reçu mes baisers ? »

Tout dans son comportement montre à quel point son père lui manque. Quand nous allons rendre visite à Musaad en prison, elle ne quitte pas ses genoux. Elle lui touche le visage avec ses menottes, le regarde et lui demande : « Quand reviens-tu à la maison ? »

Cette question nous fait très mal, à moi et à son père, parce que cette enfant a le droit d'avoir ses deux parents avec elle. Elle voudrait avoir son père tout le temps auprès d'elle, comme ses amis.

Cela me fend le cœur lorsque parfois elle demande : « Pourquoi Musaad n'est pas encore sorti de prison, pour qu'il puisse venir me chercher à l'école ? »

Ma fille a assurément plein de questions. Il y a beaucoup de questions pour lesquelles je n'ai pas de réponse, et parfois aussi j'essaie d'éviter d'y répondre. Cela me fait de la peine quand elle me dit : « Maman, je n'aime pas les soldats parce qu'ils ont emmené Musaad. » Et ça m'attriste quand elle dit aussi : « Je veux casser les portes de la prison pour libérer Musaad. »

Je me sens impuissante : son père lui manque énormément et je suis incapable de réaliser son rêve. Je lui dis à chaque fois que son père est en prison parce qu'il a défendu les personnes opprimées dans le Sinaï.

Mon mari n'a commis aucune infraction à la loi ou à la Constitution. Au contraire, il me dit toujours quand je vais le voir en prison qu'il a fait ce que lui dictait sa conscience. Son seul objectif était de faire entendre la voix des personnes marginalisées qui sont traitées comme des citoyens de seconde zone, et de faire connaître leurs problèmes. Il a demandé le respect de leurs droits lors de séminaires et de conférences, et par le biais de ses activités politiques, de ses articles et de son travail d'écrivain et de romancier.

Comment un homme qui a lu L'Adieu aux armes, le magnifique roman d'Hemingway, et qui s'inspire des leçons données par Ghandi, Martin Luther King et Mandela, peut-il se retrouver en prison ?

Comment cela peut-il arriver à notre époque alors que la démocratie, le respect des droits humains et le respect de la liberté d'opinion et d'expression gagnent de plus en plus de terrain dans le monde ?

Passez à l'action
Les pays honorent les écrivains et les penseurs parce qu'ils sont à l'écoute des gens et sensibles à leurs problèmes, et parce qu'ils cherchent toujours à faire progresser l'humanité. La place de mon mari n'est pas en prison. Sa place est hors de prison, aux côtés de ceux qui défendent les droits des gens marginalisés.

Pour en savoir plus :

Agissez en faveur de Musaad Abu Fagr
« Mon quotidien dans un camp de travail chinois »
(article de Bu Dongwei)
« Mon gendre, le prisonnier d'opinion » (article de Talib Yakoubov)
Participez à la campagne d'Amnesty International Écrire pour les droits

Thème

Militants 
Enfants 
Détention 
Liberté d'expression 
Prisonniers d'opinion 

Pays

Égypte 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

@amnestyonline sur Twitter

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