Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

6 septembre 2010

Bahreïn : des militants doivent être jugés équitablement

Bahreïn : des militants doivent être jugés équitablement

Amnesty International a exhorté les autorités de Bahreïn à veiller à l'équité du procès de 23 militants musulmans chiites accusés de terrorisme et de complot visant à renverser le gouvernement.

L'arrestation de 21 de ces personnes s'inscrit dans la politique de plus en plus répressive des autorités à l'égard des militants de l'opposition chiite et des défenseurs des droits humains à l'approche des élections parlementaires du mois prochain.

Ces hommes sont, pour la plupart, détenus au secret et auraient été torturés ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements.

La majorité d'entre eux appartiennent à des formations politiques d'opposition comme Al Haq et d'autres organisations chiites, mais quelques-uns sont des défenseurs des droits humains.

Hassain Meshaima – secrétaire général d'Al Haq – et Saeed Al Shehabi – secrétaire général du Front islamique de libération de Bahreïn (FILB) – vivent à Londres et ont été inculpés par contumace.

Selon la presse, les 21 personnes détenues ont été présentées au procureur à Manama, la capitale, entre le 27 et le 31 août et inculpées officiellement.

« Les autorités bahreïnites doivent veiller à ce que toutes les personnes inculpées soient jugées de manière équitable, conformément aux normes internationales, a indiqué Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Nous craignons fortement qu'elles ne risquent la peine de mort si elles sont déclarées coupables. »

Ces 23 hommes sont inculpés de « création d'une organisation illégale » visant à « renverser le gouvernement et dissoudre la Constitution », d'incitation de la population à « renverser et modifier le système politique du pays », de collecte de fonds et de planification d'actes terroristes, ainsi que d'autres infractions inscrites dans la loi antiterroriste bahreïnite de 2006.

Abdul Jalil al Singace, dirigeant d'Al Haq, a été arrêté le 13 août, alors qu'il rentrait à Bahreïn après un séjour au Royaume-Uni.

Outre les charges déjà citées, il est accusé de « diriger un réseau illégitime » et d'être « à la tête de cellules de sabotage […] entrant en contact avec des organisations étrangères et leur fournissant des informations fausses et trompeuses au sujet du royaume ».

Son arrestation a déclenché des protestations populaires, qui ont parfois dégénéré.

Sept autres personnalités de l'opposition arrêtées en août doivent répondre des mêmes accusations.

Treize autres militants, tous en détention, sont accusés d'avoir « adhéré au réseau […] qui vise à renverser le gouvernement et à modifier le régime politique et social de l'État […] par des moyens illégaux ».

Lors de leur interrogatoire, plusieurs détenus ont été questionnés au sujet de leurs liens éventuels avec le Centre bahreïnite des droits humains, organisation interdite depuis 2004.

Nabeel Rajab, éminent défenseur des droits humains et directeur du Centre, a été décrit par certains journaux du pays – qui ont publié sa photo – comme un partisan des hommes arrêtés. Amnesty International craint qu'il ne soit arrêté à son tour.

L'organisation a appelé les autorités de Bahreïn à diligenter immédiatement une enquête indépendante sur les allégations selon lesquelles plusieurs des personnes détenues auraient été victimes d'actes de torture ou d'autres mauvais traitements à la suite de leur arrestation.

Le 28 août, Mohammad Habib al Miqdad, un religieux chiite qui était incarcéré depuis le 15 août, a signalé au procureur qu'il avait été suspendu par les poignets pendant plusieurs heures et roué de coups de poing par des agents des forces de sécurité alors qu'il était détenu, semble-t-il, au quartier général du Département de la sûreté de l'État, à Manama.

Son avocat, qui a été autorisé à observer mais pas à intervenir directement lors de l'audition de Mohammad Habib al Miqdad par le procureur, a indiqué à Amnesty International que son client présentait des marques visibles qui semblaient être dues à des actes de torture.

D'autres détenus auraient également déclaré avoir été torturés, notamment Abdul Jalil al Singace, Abdul Ghani Ali Issa al Khanjar et Abdul Hadi al Mokhoder.

« Les autorités bahreïnites doivent aussi enquêter sur les allégations selon lesquelles ces personnes ont été torturées ou soumises à d'autres mauvais traitements pendant leur détention et, si ces allégations se confirment, traduire en justice les responsables présumés de ces agissements. »

La date du procès n'a pas été communiquée.

Pour en savoir plus :

Bahreïn. Les allégations de torture et de mauvais traitements doivent faire l'objet d'une enquête indépendante (déclaration publique, 3 septembre 2010)
La répression contre les militants et les religieux chiites s'intensifie à Bahreïn (nouvelle, 18 août 2010)

Thème

Militants 
Discrimination 
Liberté d'expression 
Torture et mauvais traitements 
Procès et systèmes juridiques 

Pays

Bahreïn 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

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