Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

16 novembre 2010

Nouvelles allégations de torture formulées par des militants à Bahreïn

Nouvelles allégations de torture formulées par des militants à Bahreïn

Amnesty International a appelé les autorités bahreïnites à enquêter sur de nouvelles allégations de torture formulées par certains des 23 militants de l'opposition détenus qui sont accusés de terrorisme et de complot visant à renverser le gouvernement.

Selon leurs avocats, ces militants ont affirmé avoir été battus en prison, privés de sommeil et forcés à rester debout pendant de longues périodes après la première audience de leur procès, le 28 octobre.

Ces mauvais traitements leur auraient été infligés pour les punir d'avoir déclaré au tribunal lors de la première audience qu'ils avaient été torturés pendant leur détention provisoire à la suite de leurs arrestations en août et septembre.

« Les autorités bahreïnites doivent mener sans délai une enquête indépendante sur toutes ces allégations de torture, a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Elles doivent en outre prendre immédiatement des mesures pour protéger les 23 accusés d'éventuelles représailles supplémentaires à la suite de leurs nouvelles allégations. »

Ces 23 hommes ont été inculpés de « création d'une organisation illégale » visant à « renverser le gouvernement et dissoudre la Constitution », d'incitation de la population à « renverser et modifier le régime politique du pays », de collecte de fonds et de planification d'actes terroristes, ainsi que d'autres infractions aux termes de la loi antiterroriste bahreïnite de 2006. Ils nient tous ces accusations.

Parmi ces militants figurent Abdel Jalil al Singace, chef de file de l'organisation politique d'opposition al Haq (qui est interdite), et d'autres personnes associées à cette organisation, notamment des dignitaires religieux et des fonctionnaires.

Deux autres militants de l'opposition – Hassain Meshaima, secrétaire général d'al Haq, et Saeed al Shehabi, secrétaire général du Front islamique de libération de Bahreïn, qui vivent à Londres – ont été inculpés conjointement avec les 23 hommes détenus et sont actuellement jugés par contumace.

Ce procès a débuté devant la Haute Cour criminelle dans la capitale de Bahreïn, Manama, le 28 octobre. Lors de la première audience, tous les accusés ont plaidé non coupable et la plupart ont déclaré au juge qu'ils avaient été victimes d'actes de torture ou d'autres mauvais traitements au cours de leur détention provisoire au secret.

Certains ont ajouté que des agents des forces de sécurité les avaient menacés la veille, en les prévenant qu'ils pourraient s'exposer à de nouveaux actes de torture ou autres mauvais traitements s'ils se plaignaient au tribunal de ceux subis après leur arrestation.

Le juge chargé de l'affaire a refusé de libérer les accusés sous caution, mais il a accepté de les transférer tous dans une autre prison que celle de Dry Dock, à Manama, afin de les protéger contre d'éventuelles violences aux mains de membres des forces de sécurité.

Cependant, pour l'instant, ils continuent d'être détenus à la prison de Dry Dock, même s'ils ont été placés dans un autre quartier et ne sont plus à l'isolement.

Ces 23 hommes n'ont guère eu l'occasion de consulter leurs avocats. Ils n'ont pu les voir que lorsqu'ils ont été déférés au parquet environ deux semaines après leur arrestation, puis de nouveau lors de la première audience de leur procès.

Durant la deuxième audience, qui a eu lieu le 11 novembre, les avocats de la défense ont fait savoir que certains des accusés affirmaient avoir été soumis à de nouveaux actes de torture ou autres mauvais traitements après la première audience.

Ils ont demandé que les accusés soient de nouveau interrogés et que certains d'entre eux bénéficient d'un examen médical indépendant. Ces deux requêtes ont été rejetées.

Seuls deux des 23 militants ont pu consulter des médecins à l'extérieur de la prison afin de passer un examen médical indépendant à la suite de leurs allégations de torture.

Deux autres ont été auscultés par les médecins légistes employés par le ministère public qui avaient examiné certains des détenus avant le procès.

Selon les avocats, les rapports médicaux n'étaient pas concluants.

Une délégation d'Amnesty International était présente à la première audience du procès. Des représentants diplomatiques des ambassades du Royaume-Uni, des États-Unis et de la France ont également assisté à cette audience, de même que des journalistes et des proches des accusés.

Des observateurs d'Amnesty International ont eu l'occasion de s'entretenir avec les avocats et les familles des détenus quelques jours auparavant.

La troisième audience aura lieu le 25 novembre.

« Les autorités doivent permettre à ces 23 détenus de bénéficier d'un examen médical indépendant. Elles doivent également les autoriser à entrer régulièrement en contact avec leurs avocats et leurs proches », a ajouté Malcolm Smart.

Pour en savoir plus :

Bahreïn. Au cours de leur procès des militants politiques affirment avoir été torturés (action urgente, 15 novembre 2010)
Bahrain: Fair trial and freedom of expression must be guaranteed
(déclaration publique, 9 novembre 2010)
Bahreïn : des militants doivent être jugés équitablement (nouvelle, 5 septembre 2010)
Bahreïn. Les allégations de torture et de mauvais traitements doivent faire l'objet d'une enquête indépendante (déclaration publique, 2 septembre 2010)
La répression contre les militants et les religieux chiites s'intensifie à Bahreïn (nouvelle, 17 août 2010)

Thème

Militants 
Détention 
Torture et mauvais traitements 

Pays

Bahreïn 

Région ou pays

Moyen-Orient et Afrique du Nord 

@amnestyonline sur Twitter

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