Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

11 février 2011

L'Algérie doit autoriser les manifestations pacifiques

L'Algérie doit autoriser les manifestations pacifiques

Amnesty International exhorte les autorités algériennes à ne pas exercer de répression contre les manifestations antigouvernementales prévues dans tout le pays samedi 12 février, alors qu'elles auraient interdit tout rassemblement dans la capitale Alger.

Les contestations appelant à un « changement démocratique », à la levée de l'état d'urgence instauré il y a 19 ans et à une plus grande liberté pour la société civile et les médias, sont organisées à l'initiative de la nouvelle Coordination nationale pour le changement démocratique (CNCD), regroupement de partis d'opposition, de syndicats et d'organisations de défense des droits humains.

« Les Algériens doivent pouvoir s'exprimer librement et manifester pacifiquement à Alger comme dans le reste du pays. Les autorités algériennes ne peuvent pas se retrancher derrière l'état d'urgence en vigueur depuis 19 ans pour bâillonner la dissidence, a déclaré Amnesty International.

« Nous exhortons les autorités à ne pas répondre à ces revendications en recourant à la force de manière excessive. »

Selon des responsables algériens, durant les émeutes de début janvier, trois personnes ont trouvé la mort, 800 ont été blessées et un millier arrêtées, lorsque les manifestations déclenchées par la hausse des prix, le chômage et les mauvaises conditions de logement ont sombré dans la violence. La police antiémeutes aurait utilisé des matraques, des gaz lacrymogènes et des balles réelles pour réprimer les émeutes dans tout le pays.

Le 8 janvier, un homme est mort d'une blessure par balle dans la ville d'Ain El Hadjel, dans la wilaya (préfecture) de M'sila, lors d'affrontements avec la police.

Le même jour, un jeune homme de 18 ans a été abattu par les forces de sécurité qui tentaient d'empêcher les manifestants de démolir un commissariat à Ain El Hadjel.

Un troisième homme a succombé à ses blessures le 7 janvier à Bou Ismaïl, dans la wilaya de Tipaza. Selon des sources médicales, il avait reçu au visage une grenade lacrymogène.

« Les manifestants tentent simplement d'exprimer de manière pacifique leurs doléances. Les Algériens veulent des réformes, pas des balles, a indiqué Amnesty International.

« Les autorités algériennes doivent immédiatement ouvrir une enquête approfondie et impartiale sur tous les cas de personnes tuées ou blessées. Elles ont la responsabilité de maintenir l'ordre public, mais cela ne saurait justifier le fait d'empêcher les citoyens d'exercer pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression et de réunion. »

La Coordination nationale pour le changement démocratique, fondée en janvier pour coordonner les prochaines manifestations, demande la levée de l'état d'urgence, en vigueur en Algérie depuis 1992, et la libération des prisonniers d'opinion et de toutes les personnes arrêtées lors des précédents rassemblements.

Les autorités ont affirmé qu'elles avaient remis en liberté des centaines de détenus, particulièrement des mineurs, au cours des dernières semaines.

« Tout en saluant ces libérations, nous engageons les autorités à enquêter sur les allégations selon lesquelles les personnes détenues ont été soumises à la torture et à d'autres mauvais traitements. »

Le 3 février, le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé que l'état d'urgence allait être levé « dans un très proche avenir » - mais il n'a pas fixé de date.

Les autorités algériennes ont instauré l'état d'urgence pour une période d'un an le 9 février 1992, au lendemain de l'annulation du second tour des premières élections multipartites en Algérie, que le Front Islamique du Salut (FIS) semblait devoir remporter. Un an plus tard, l'état d'urgence a été prorogé indéfiniment.

Pour en savoir plus :

Les exigences de changement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (page spéciale)

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