Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

7 avril 2011

Côte d'Ivoire : des millions de personnes vivent dans la peur, pris entre deux feux

Côte d'Ivoire : des millions de personnes vivent dans la peur, pris entre deux feux



Par Gaëtan Mootoo et Stéphan Oberreit, délégués d'Amnesty International en Côte d'Ivoire

Nous sommes deux délégués d'Amnesty International et nous sommes ici pour enquêter sur les graves violations des droits humains à Abidjan et dans l'ouest du pays où des hommes, des femmes et des enfants meurent pour rien.

Cependant, nous ne pouvons pas quitter Abidjan qui était peuplée de 5 millions d'habitants il y a encore quelques semaines. Beaucoup ont fui depuis lors.

Il y a une quinzaine de jours, les gares routières étaient bondées, les gens essayaient de quitter la ville, les voitures étaient pleines de sacs en plastique, et de valises attachées sur les toits.

Les gens paraissaient désespérément tristes. Des parents stressés grondaient les plus jeunes, agacés par les cris et l'agitation de leurs enfants.

 Des groupes armés parcourent les rues d'Abidjan. © Amnesty International
Des groupes armés parcourent les rues d'Abidjan.
© Amnesty International

La ville a passé une semaine très longue semaine dans l'angoisse, secouée par les tirs à l'arme lourde échangés entre les partisans du président sortant Laurent Gbagbo et les forces armées loyales à Alassane Ouattara, le président internationalement reconnu.

Circuler à Abidjan reste très difficile à cause de la situation sécuritaire. Il y a une semaine, le gouvernement d'Alassane Ouattara a instauré un couvre feu s'étendant de midi à 6 heures du matin. Les populations sont donc contraintes de rester chez elles et beaucoup manquent de nourriture et d'eau. La situation varie considérablement d'un quartier à l'autre. Certains ont encore de l'eau, d'autres non et certains sont plus en sécurité que d'autres.

En regardant par les fenêtres de notre hôtel, nous avons remarqué que certains avaient osé sortir. Avant-hier, nous avons vu des hommes armés en uniformes pointant leurs armes sur des civils. Quelques minutes plus tard, les hommes armés sont retournés à leur poste et les civils se sont partis en courant, nous n'avons pas entendu de coups de feu.

Personne ne sait qui sont ces hommes armés, et dans ce chaos, des bruits de pillage et d'exécutions arbitraires résonnent dans la ville.
La situation dans les hôpitaux est dramatique, le personnel médical manque de médicaments et de matériel pour soigner leurs patients, et même de nourriture pour alimenter les malades.

La situation est dramatique les femmes enceintes et les nouveau-nés et les ONG humanitaires présentes à Abidjan, ne peuvent pas aller régulièrement dans les hôpitaux et dans les autres centres de santé à cause de la situation sécuritaire. 

Pour des raisons de sécurité, nous ne sommes pas autorisés à ouvrir notre fenêtre ou à tirer les rideaux. Cependant, durant de brefs moments, nous avons pu regarder au dehors et les rues sont dans un état désolation.

À l'hôtel, l'eau a été limitée car personne ne sait combien de temps cette crise va durer. Personne ici n'a été blessé mais le stress et l'inquiétude sont palpables.

Tous les jours, nous entendons des tirs sporadiques et des bombardements et nous devons nous réfugier dans les couloirs pour éviter les balles perdues. Pendant le week-end, une balle a pénétré dans notre chambre d'hôtel.

Tous les jours, nous entendons et voyons les hélicoptères des Nations unies et de la Force française Licorne survoler la ville. Durant une courte sortie de l'hôtel, afin de mener notre travail de recherche, nous avons pu voir les signes d'affrontements des jours précédents, des impacts de balles partout et quelques voitures détruites. Les routes étaient totalement désertes, mis à part quelques soldats.

Nous avons vu un groupe de civils marchant les mains en l'air, à la recherche d'eau et de nourriture, et de lieux plus sûrs où trouver refuge. Nous avons rencontré par hasard trois femmes se cachant dans un fossé qui nous ont dit qu'il y avait des snipers qui se tenaient un peu plus haut sur la route.

Nous sommes retournés rapidement dans notre hôtel,  notre seul lieu sûr pour le moment.

Cependant, beaucoup en Côte d'Ivoire ne bénéficient d'un tel abri et nous appelons toutes les parties au conflit à prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que d'autres hommes, femmes et enfants soient tués.

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