Document - Syrie. Un militant syrien et son frère placés en détention

Syrie. Un militant syrien et son frère placés en détention

AU 149/11, MDE 24/020/2011 - Syrie 23 mai 2011 23 mai 2011

ACTION URGENTE

UN MILITANT SYRIEN ET SON FRÈRE PLACÉS EN DÉTENTION

Deux frères syriens, Abd al Rahman Hammada et Wael Hammada, ont été placés en détention au secret dans un lieu inconnu, respectivement le 30 avril et le 12 mai. Ils risquent fortement d ' être victimes de torture et d ' autres mauvais traitements.

Wael Hammada, 35 ans, militant politique, et sa femme, Razan Zaitouneh, éminente défenseure des droits humains, sont entrés dans la clandestinité en avril. Ils craignaient d'être arrêtés à cause de leurs activités pacifiques liées aux actuels mouvements de protestation populaires visant à obtenir des réformes politiques.

Le 20 avril, Abd al Rahman Hammada, étudiant en comptabilité âgé de 20 ans, s'est rendu à l'appartement de Wael Hammada et de Razan Zaitouneh pour leur prendre quelques vêtements. Des agents armés d'un des services syriens de sécurité et de renseignements sont arrivés quelques minutes plus tard et l'ont obligé à appeler son frère pour lui demander de venir. Wael Hammada n'est cependant pas retourné chez lui, devinant à raison qu'il s'agissait d'un piège. Les agents armés ont alors arrêté Abd al Rahman Hammada, bien que, selon sa famille, il n'ait pas participé aux manifestations. Douze jours plus tard, Wael Hammada a été interpellé sur son lieu de travail.

Les deux hommes sont maintenus en détention au secret et on ignore où ils se trouvent, les autorités syriennes n'ayant rien dit à ce sujet. Ils risquent fortement d'être victimes de torture, chose habituelle, systématique et impunie en Syrie. Razan Zaitouneh a déclaré à Amnesty International : « Nous sommes constamment affligés de ne recevoir aucune nouvelle de mon mari ou de son frère depuis leur arrestation. »

Amnesty International pense que Wael Hammada et Abd al Rahman Hammada sont des prisonniers d'opinion : le premier serait détenu uniquement pour avoir exercé de façon légitime son droit à la liberté d'expression et d'association, tandis que le second semble avoir été arrêté seulement car il est le frère de Wael Hammada.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en arabe, en anglais, en français ou dans votre propre langue :

réclamez la libération immédiate et sans condition de Wael Hammada et d'Abd al Rahman Hammada, qu'Amnesty International considère comme des prisonniers d'opinion ;

faites part de votre inquiétude quant au fait qu'ils soient maintenus en détention au secret dans un lieu inconnu, respectivement depuis le 12 mai et le 30 avril, et demandez qu'ils soient protégés de tout acte de torture ou autre mauvais traitement ;

exhortez les autorités syriennes à prendre des mesures immédiates pour révéler le nom et le lieu de détention de tous les prisonniers politiques, permettre à ces derniers de contacter leurs familles et les avocats de leurs choix, et de bénéficier de tous les soins médicaux dont ils pourraient avoir besoin, ainsi que les protéger de la torture ou d'autres mauvais traitements.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 4 JUILLET 2011 À :

Président de la Syrie

Bashar al-Assad

Presidential Palace

al-Rashid Street

Damascus, Syrie

Fax : +963 11 332 3410

Formule d ' appel : Your Excellency , / Monsieur le Président,

Ministre de l'Intérieur

Major General Mohamed Ibrahim al-Sha'aar

Ministry of Interior

‘Abd al-Rahman Shahbandar Street

Damascus, Syrie

Fax : +963 11 222 3428

Formule d ' appel : Your Excellency, / Monsieur le Ministre,

Copies à :

Ministre des Affaires étrangères

Walid al-Mu'allim

Ministry of Foreign Affairs

al-Rashid Street

Damascus, Syrie

Fax : +963 11 214 6251

Formule d ' appel : Your Excellency , / Monsieur le Ministre,

Veuillez également envoyer des copies aux représentants diplomatiques de la Syrie dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

ACTION URGENTE

UN MILITANT SYRIEN ET SON FRÈRE PLACÉS EN DÉTENTION

INFORMATIONS GÉNÉRALES

L'armée et les forces de sécurité syriennes procèdent à un grand nombre d'arrestations depuis la mi-mars, période où les manifestants participant aux mouvements de protestation populaires demandaient des réformes politiques et réclamaient de plus en plus la démission du président syrien, Bachar el Assad. Les interpellations ont principalement eu lieu dans les villes où les manifestations ont atteint leur paroxysme. Par exemple, dans la ville côtière de Banias, tous les hommes de plus de 15 ans ont été arrêtés. Les interpellations concernent également des personnes considérées comme ayant organisé ou publiquement soutenu ces mouvements, que ce soit dans un discours lors de rassemblements publics, dans les médias, sur Internet ou ailleurs. Parmi elles figurent des militants politiques, des défenseurs des droits humains, des imams et des journalistes. Ces arrestations en masse ont forcé plusieurs militants politiques et défenseurs des droits humains à entrer dans la clandestinité.

Amnesty International pense que bon nombre de ces détenus sont sans doute des prisonniers d'opinion, incarcérés uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression et d'association, en apportant leur soutien ou en participant pacifiquement aux mouvements de protestation. Pour plus d'informations sur ces arrestations en masse : http://www.amnesty.org/fr/library/info/MDE24/019/2011/fr.

Malgré la peur d'être arrêtée, Razan Zaitouneh a décrit à Amnesty International l'arrestation de son beau-frère comme suit :

« Abd al Rahman Hammada s'est rendu à notre appartement le 30 avril pour aller nous chercher quelques vêtements car nous nous cachions déjà. Quelques minutes plus tard, des hommes armés sont arrivés. Abd al Rahman a tout de suite appelé mon mari, Wael, et lui a dit que des hommes armés encerclaient l'immeuble et grimpaient sur le toit. Il a dit qu'ils étaient en train de cogner à la porte et qu'ils menaçaient de la casser s'il ne les laissait pas entrer. Abd al Rahman est resté coincé là pendant toute une heure et, selon des témoins, il n'a ouvert la porte que lorsque les hommes armés lui ont apparemment affirmé qu'ils ne lui feraient aucun mal. Nous avons plus tard appris que dès qu'il a ouvert, les hommes armés ont fait irruption et mis l'appartement sens dessus dessous !

Abd al Rahman a ensuite rappelé Wael et lui a demandé de venir à l'appartement parce qu'il avait besoin d'argent. Wael a répondu qu'il y avait des sous dans le tiroir. Abd al Rahman a dit que ça ne suffisait pas. Nous avons alors compris qu'il s'agissait d'un piège car nous avions laissé beaucoup d'argent chez nous. Alors Wael a tout de suite demandé à son frère : Tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il se passe ? À ce moment-là, la communication a été interrompue et nous n'avons plus eu de nouvelles d'Abd al Rahman depuis.

Depuis le début des troubles, nous vivons constamment dans la peur d'être arrêtés et nous craignons terriblement pour la sécurité de ceux qui ont été interpellés. Jusqu'à maintenant, des milliers de personnes ont été placées en détention. »

AU 149/11, MDE 24/020/2011, 23 mai 2011