Document - Syrie. Vives craintes pour la santé d'un militant

Syrie. Vives craintes pour la santé d'un militant

AU 6/12, MDE 24/002/2012 – Syrie 6 janvier 2012

ACTION URGENTE

VIVES CRAINTES POUR LA SANTÉ D'UN MILITANT SYRIEN

Mohamed Anwar Dabbas, éminent militant syrien prônant des réformes, a été emmené par les forces de sécurité alors qu ' il avait été hospitalisé après avoir été grièvement blessé pendant une manifestation, le 1 er  janvier 2012. On est sans nouvelles de lui depuis lors. Amnesty International est très inquiète pour son bien-être car elle ignore s ' il bénéficie de soins médicaux adaptés.

Mohamed Anwar Dabbas participait à une manifestation pacifique en faveur de réformes à Daraya, sa ville de résidence située près de Damas. Selon un témoin oculaire, les manifestants étaient rassemblés dans le centre-ville lorsque des tirs nourris ont débuté. Ces coups de feu étaient, semble-t-il, le fait d'au moins trois tireurs embusqués, qui ont blessé plus de 20 personnes. D'après le même témoin, Mohamed Anwar Dabbas – qui a été touché dans la partie haute du corps, non loin du cœur – a été le seul blessé grave.

Mohamed Anwar Dabbas a été d'abord emmené dans un petit hôpital privé de Daraya, où les médecins ont expliqué à sa famille que les blessures étaient trop graves pour qu'ils puissent les traiter et que cet homme devait être opéré immédiatement par un spécialiste. Il a ensuite été transféré à l'hôpital national de Daraya, où les médecins ont commencé à le préparer pour l'opération, tout en envisageant de le transférer dans un hôpital plus important, à Damas, plutôt que d'attendre l'arrivée d'un spécialiste. Un membre de la famille de Mohamed Anwar Dabbas, présent à l'hôpital, a déclaré que des agents en civil du service de enseignement de l'armée de l'air étaient alors arrivés et avaient ordonné à l'équipe médicale de préparer Mohamed Anwar Dabbas pour son transfert. Ils ont affirmé que leur intention était de l'emmener à l'hôpital, à Damas. Les proches de Mohamed Anwar Dabbas n'ont pas été autorisés à l'accompagner et celui-ci a été transporté alors qu'il était inconscient. Le conducteur de l'ambulance a ensuite révélé à la famille qu'il avait en fait reçu l'ordre de se rendre à l'hôpital militaire d'Al Mezzeh, dans la banlieue de Damas.

On est sans nouvelles de Mohamed Anwar Dabbas depuis lors. Lorsque des membres de sa famille ont demandé des renseignements à l'hôpital militaire, on leur a répondu qu'aucune information sur les patients ne pouvait être fournie et on leur a demandé de partir. Étant donné la gravité des blessures de Mohamed Anwar Dabbas, son état de santé suscite de vives inquiétudes car on ignore si les soins médicaux spécialisés dont il a besoin lui sont prodigués à l'hôpital militaire. Bien qu'on ne sache pas pourquoi Mohamed Anwar Dabbas a été emmené et qu'on ne connaisse pas sa situation juridique actuelle, Amnesty International pense qu'il s'agit peut-être d'un prisonnier d'opinion, détenu uniquement pour avoir prôné pacifiquement des réformes.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en arabe, en anglais ou dans votre propre langue) :

exhortez les autorités syriennes à veiller à ce que Mohamed Anwar Dabbas bénéficie des soins médicaux spécialisés dont il a besoin et à ce qu'il soit protégé de la torture et des autres formes de mauvais traitements et puisse entrer en contact avec sa famille ;

demandez où se trouve actuellement cet homme et quelle est sa situation juridique en faisant remarquer que, s'il était détenu uniquement pour avoir prôné des réformes, Amnesty International le considèrerait comme un prisonnier d'opinion et demanderait sa libération immédiate et inconditionnelle.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 17 FÉVRIER 2012 À :

Président de la Syrie

Bashar al-Assad

Presidential Palace

al-Rashid Street

Damascus, Syrie

Fax : +963 11 332 3410

Formule d ' appel : Your Excellency, / Monsieur le Président,

Ministère de l'Intérieur

His Excellency Major General Mohamad Ibrahim al-Shaar

Minister of Interior

‘Abd al-Rahman Shahbandar Street

Damascus, Syrie

Fax : +963 11 311 0554

Formule d ' appel : Your Excellency, / Monsieur le Ministre,

Copies à :

Ministre des Affaires étrangères

Walid al-Mu'allim

Ministry of Foreign Affairs

al-Rashid Street

Damascus, Syrie

Fax : +963 11 214 6251/6252/6253

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de la Syrie dans votre pays (adresse(s) à compléter) :

Nom(s), adresse(s), numéro de fax, courriel, formule d'appel.

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

ACTION URGENTE

VIVES CRAINTES POUR LA SANTÉ D'UN MILITANT SYRIEN

INFORMATIONS GÉNÉRALES

En Syrie, des manifestations en faveur de réformes ont débuté en février 2011 et se sont transformées en mouvements de protestation de grande ampleur à la mi-mars. Les autorités syriennes répondent de la manière la plus brutale qui soit pour tenter d'y mettre un terme. Amnesty International a obtenu les noms de plus de 4 400 personnes qui auraient été tuées pendant les manifestations ou qui seraient mortes dans des circonstances liées à ces manifestations depuis la mi-mars 2011. Dans de nombreux cas, les forces de sécurité auraient tiré sur elles à balles réelles alors qu'elles participaient à des manifestations pacifiques ou assistaient aux funérailles de personnes tuées lors de mouvements de protestation. Des membres des forces de sécurité ont aussi été tués, parfois par des soldats ayant déserté et d'autres personnes ayant pris les armes contre le gouvernement.

Amnesty International a recueilli des informations sur des violations des droits humains commises dans au moins quatre hôpitaux d'État syriens (pour en savoir plus, veuillez consulter le document intitulé La santé attaquée. Le gouvernement syrien s ' en prend aux blessés et au personnel soignant, MDE 24/059/2011, octobre 2011, http://amnesty.org/fr/library/info/MDE24/059/2011/fr). L'organisation a découvert que des patients avaient été soumis à des actes de torture et d'autres mauvais traitements, notamment par le personnel médical. Les agents hospitaliers soupçonnés de soigner les manifestants et autres personnes blessées dans le cadre des troubles ont eux-mêmes été confrontés aux arrestations et à la torture.

D'après les informations recueillies par Amnesty International, des patients ont été agressés par des médecins, des professionnels de la santé et des agents de sécurité dans les hôpitaux nationaux de Banias, Homs et Tell Kalakh, et dans l'hôpital militaire de Homs. Un médecin de l'hôpital militaire de Homs a raconté à Amnesty International qu'il avait vu quatre médecins et plus de 20 infirmiers infliger des violences à des patients.

En outre, certains patients ont été arrêtés dans des hôpitaux. Le 7 septembre 2011, par exemple, des membres des forces de sécurité qui recherchaient un commandant d'opérations opposé au gouvernement et prétendument armé ont fait une descente à l'hôpital Al Birr wa al Khadamat, à Homs. Ne le trouvant pas, ils ont emmené 18 blessés. Un professionnel de la santé présent au moment du raid a raconté à Amnesty International qu'il avait vu au moins un patient inconscient se faire enlever son respirateur artificiel avant d'être emmené.

Mohamed Anwar Dabbas est agent immobilier et étudie le droit en parallèle. C'est un militant pacifique de premier plan depuis le début des troubles. Lors des manifestations, il a régulièrement incité la foule à scander des slogans. Il avait déjà été arrêté à la mi-août 2011 pour avoir prôné des réformes mais il avait été libéré peu après. Son épouse est la sœur de Ghayath Mattar, un autre militant qui a été arrêté le 6 septembre 2011 par les forces de sécurité syriennes et dont le corps a été restitué à sa famille quatre jours plus tard (pour en savoir plus, veuillez consulter l'Action urgente intitulée Un militant syrien meurt en détention, http://amnesty.org/fr/library/info/MDE24/052/2011/fr).

La manifestation du 1er janvier 2012 a été organisée alors que des observateurs de la Ligue arabe se trouvent actuellement en Syrie. Selon les rumeurs, ceux-ci étaient présents à Daraya ce jour-là. Malgré cela, il semble que les autorités syriennes continuent à se livrer à une répression féroce des manifestations pacifiques. Des témoins ont indiqué à Amnesty International qu'au moins 17 personnes avaient été arrêtées à Daraya le 1er janvier, à la suite de descentes effectuées par les forces de sécurité dans les quartiers.

Nom : Mohamed Anwar Dabbas

Genre : homme

AU 6/12, MDE 24/002/2012, 6 janvier 2012