Document - Oman: Protesters and writers detained in Oman

Oman. Des manifestants et des écrivains détenus

AU 174/12, MDE 20/001/2012 – Oman 19 juin 2012

ACTION URGENTE

OMAN. DES MANIFESTANTS ET DES ÉCRIVAINS DÉTENUS

Plus de 21 personnes sont maintenues en détention à la suite d'une série d'arrestations de militants, d'écrivains, d'avocats et de blogueurs, qui a débuté le 31 mai. Il pourrait s'agir de prisonniers d'opinion.

Les arrestations ont commencé le 31 mai, lorsque la division spéciale de la police d'Oman a interpellé trois militants qui étaient en route pour le champ pétrolifère de Fohoud, à environ 250 kilomètres au sud-ouest de Mascate, pour suivre la grève que des travailleurs du site avaient lancée la semaine précédente. Ces trois personnes – l'avocat Yaqoub al Kharousi, ainsi que Habeeba al Hinai et Ismail al Muqbali, membres du Groupe omanais pour les droits humains, récemment créé – ont été, semble-t-il, inculpées d'incitation à manifester. Elles ont été détenues au secret pendant cinq jours avant d'être autorisées à entrer en contact avec leurs familles. Habeeba al Hinai et Yaqoub al Kharousi ont été libérés sous caution le 4 juin, mais Ismail al Muqbali est toujours en détention.

D'autres militants et des écrivains ont été arrêtés les 2, 7 et 8 juin. Le 11 juin, les autorités ont interpellé au moins 22 personnes – parmi lesquelles l'éminente avocate Basma al Kiyumi – qui manifestaient devant le quartier général de la police, à Mascate, pour réclamer la libération de leurs concitoyens arrêtés depuis le 31 mai. Deux ont été relâchées peu après.

Le 16 juin, 10 autres ont été libérées sans inculpation après avoir déclaré par écrit qu'elles avaient enfreint des lois et qu'elles ne réitèreraient pas ces actes. Amnesty International dispose des noms de 21 personnes toujours détenues, mais ce chiffre est peut-être en deçà de la réalité. L'organisation pense que leur maintien en détention est motivé par leur refus de signer des déclarations comme l'ont fait les autres.

Plusieurs d'entre elles ont entamé une grève de la faim pour protester contre leur détention prolongée, et l'état de santé de certaines s'est détérioré. Saeed al Hashimi a été admis à l'hôpital de Sumail le 14 juin après avoir, semble-t-il, perdu connaissance. Renvoyé en prison, il a été de nouveau hospitalisé ces derniers jours. Il poursuivrait sa grève de la faim et sa famille ne serait toujours pas autorisée à le voir. Basimah al Rajihi aurait récemment vomi du sang.

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en arabe, en anglais ou dans votre propre langue) :

demandez instamment la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression et de réunion ;

appelez les autorités à préciser la nature des charges éventuellement retenues contre elles et engagez-les à veiller à ce que toute procédure judiciaire engagée à leur encontre soit conforme aux normes internationales d'équité des procès ;

exhortez-les à veiller à ce qu'elles soient protégées contre la torture et toute autre forme de mauvais traitements, et à ce qu'elles puissent sans délai entrer en contact avec leurs proches, consulter leurs avocats et bénéficier de tous les soins médicaux dont elles pourraient avoir besoin.

ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 31 JUILLET 2012 À :

Sultan d'Oman�His Majesty Sultan Qaboos bin Said

Head of State, Prime Minister, Foreign Affairs, Defence and Finance Minister

Diwan of the Royal Court

The Palace

Muscat 113

Sultanat d'Oman

Fax : +968 24 735 375

Formule d'appel : Your Majesty, / Sire, (Votre Majesté, dans le corps du texte)

Ministre de l'Intérieur�His Excellency Sayyid Hamoud bin Faisal bin Said Al Busaidi

Minister of the Interior

Ministry of Interior

PO Box 127

Ruwi 112

Muscat

Sultanat d'Oman

Formule d'appel : Your Excellency, / Monsieur le Ministre,

Copies à :

Président de la Commission nationale des droits humains�Mr Mohammed bin Abdullah Al Riyami

Chairman

National Human Rights Commission

P.O. Box 29, Postal Code: 103

Bareq A' Shati

Muscat, Sultanat d'Oman

Fax : +968 24648801

Courriel : enquiry@nhrc.om.

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques d'Oman dans votre pays (adresse(s) à compléter) :

Nom(s), adresse(s), n° de fax ; courriel ; formule d'appel.

Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.

ACTION URGENTE

OMAN. DES MANIFESTANTS ET DES ÉCRIVAINS DÉTENUS

COMPLÉMENT D'INFORMATION

Les manifestations qui ont eu lieu à Oman en janvier et février 2011, dans le sillage des soulèvements populaires qui ont secoué l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, ont abouti à plusieurs réformes. Le 27 février 2011, le chef de l'État, le sultan Qabous bin Saïd, a ordonné la création de 50 000 emplois et d'une allocation de 150 rials omanais (environ 282 euros) par mois pour les chômeurs, en réponse aux demandes des manifestants. Le 7 mars, il a remanié et restructuré son cabinet en profondeur, en renvoyant plusieurs de ses ministres.

Cependant, les autorités omanaises ont maintenu les restrictions sévères touchant la liberté d'expression et de réunion, et les protestations contre le régime se poursuivent par intermittence depuis mars 2011. Les manifestants réclament une plus grande liberté de la presse et demandent que certains ministres, anciens ou actuels, soient amenés à répondre d'infractions qu'ils auraient commises alors qu'ils étaient en fonction. De très nombreuses personnes ont été arrêtées, dont beaucoup ont été jugées en 2011. Un homme au moins serait mort lorsque la police a dispersé par la force des manifestants dans la ville de Sohar.

Plusieurs manifestants interpellés récemment avaient déjà été arrêtés en 2011. C'est notamment le cas de Basma al Kiyumi, placée en détention le 11 juin 2012, qui avait été arrêtée le 14 mai 2011 lors d'une manifestation pacifique devant le Conseil consultatif, à Mascate, aux côtés de 14 autres personnes. Libérée sous caution deux jours plus tard, elle a été inculpée de participation à un rassemblement illégal (voir l'AU 142/11, Des manifestants détenus risquent la torture à Oman, http://www.amnesty.org/fr/library/info/mde20/003/2011 et sa mise à jour, Des manifestants libérés, d'autres toujours détenus, http://www.amnesty.org/fr/library/info/mde20/004/2011). Ces dernières années, plusieurs blogueurs et journalistes ont également été pris pour cible après avoir critiqué le gouvernement.

À la suite de l'arrestation de trois militants, le 31 mai, le ministère public a publié plusieurs déclarations, indiquant notamment que des poursuites seraient engagées à l'encontre de quiconque publierait, dans les médias ou sur Internet, des « écrits insultants » qui seraient considérés comme une « incitation » à agir « sous prétexte de liberté d'expression ». Le 10 juin, un procureur a confirmé les arrestations dans le journal Times of Oman, déclarant : « Nous gardons un œil sur les blogueurs qui utilisent ces plateformes. »

Le 13 juin, le parquet a publié, en anglais, une autre déclaration sur le site Internet de l'agence de presse d'Oman : « Nous avons constaté une participation croissante et des écrits négatifs de plus en plus nombreux sur les forums de discussion, les sites de réseaux sociaux et les applications mobiles. Il s'agit notamment de diffamation, de rumeurs, et d'incitations au sit-in et à la grève. Ces écrits vont à l'encontre des valeurs et de la morale de la société omanaise, des principes de la liberté d'expression, ainsi que des objectifs de la critique constructive. De telles pratiques nuisent à la sécurité nationale et aux intérêts publics. En outre, elles constituent une violation des lois en vigueur […]. Plusieurs contrevenants, arrêtés récemment, seront interrogés et déférés à la justice conformément aux procédures juridiques en place. »

Noms : Yaqoub al Kharousi (homme), Habeeba al Hinai (femme), Ismail al Muqbali (homme), Saeed al Hashimi (homme), Basma al Kiyumi (femme), Basimah al Rajihi (femme)

Genre : voir ci-dessus

AU 174/12, MDE 20/001/2012, 19 juin 2012

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