Document - Iran. Usage excessif de la force / Craintes pour la sécurité. Des personnes manifestant contre la réélection du président Ahmadinejad

ACTION URGENTE


DOCUMENT PUBLIC Index AI : MDE 13/061/2009 – ÉFAI

23 juin 2009


Action complémentaire sur l'AU 150/09 (MDE 13/056/2009, 15 juin 2009) – Usage excessif de la force / Craintes pour la sécurité


IRAN Des personnes manifestant contre l'annonce de la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad



Les manifestations se sont poursuivies en Iran à la suite de l'élection présidentielle du 12 juin. Selon les médias d'État iraniens, au moins 475 personnes ont été arrêtées le 20 juin au cours des heurts qui ont suivi l'élection, quelque 13 personnes sont mortes et beaucoup d'autres ont été blessées. Il est possible que ce nombre soit bien en deçà de la réalité. Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau contre les manifestants, qui ont également été frappés à coups de matraque. Amnesty International pense que les personnes arrêtées risquent d'être torturées ou de subir d'autres formes de mauvais traitements, et que d'autres manifestants risquent d'être victimes d'homicides illégaux ou d'exécutions extrajudiciaires.Les autorités restreignent illégalement la liberté d'expression, d'association et de réunion.


Le 20 juin, la mort d'une jeune femme de vingt-six ans, Neda Agha Soltan, a été filmée et largement diffusée sur Internet. Cette étudiante en philosophie se trouvait à bord d'une voiture avec d'autres personnes lorsque le véhicule a été bloqué dans la circulation en raison de manifestations sur l'avenue Kagar, à Téhéran. Selon certaines informations, elle est sortie de la voiture parce qu'il y faisait trop chaud et un inconnu, probablement membre des bassidji(miliciens volontaires), lui a tiré dans la poitrine. Sa famille l'a enterrée le lendemain mais la cérémonie du souvenir aurait été annulée après que des fonctionnaires l'ont interdite. Toutes les autres mosquées de la région de Téhéran ont été informées qu'elles ne devaient pas organiser de service en sa mémoire.


Le 22 juin, lespasdaran(gardiens de la révolution) ont publié la déclaration suivante sur leur site Internet :« Dans ce contexte sensible [...] les gardiens s'opposeront fermement et dans le respect des valeurs révolutionnaires aux émeutiers et à ceux qui violent la loi », après que le candidat à l'élection présidentielle Mir Hossein Moussavi a appelé ses sympathisants à organiser de nouvelles manifestations. Celui-ci les a également exhortés à s'abstenir de toute violence et à faire preuve de retenue. Plus tard sur Internet, des sympathisants de Mir Hossein Moussavi ont appelé la population à se munir de bougies noires ornées de rubans verts afin de montrer sa solidarité envers les victimes des troubles actuels. Ils ont également encouragé les automobilistes à allumer leurs phares à partir de 17 heures, et ce pendant deux heures, afin de « montrer leur solidarité envers les familles des personnes tuées au cours des récents événements ». Au moins un millier de manifestants se sont réunis à Téhéran, défiant l'interdiction prononcée par les autorités. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et procédé à des arrestations.


Dans une allocution télévisée à la nation à l'heure de la prière du vendredi 19 juin à Téhéran, le guide suprême, l'ayatollah Khamenei, a demandé qu'il soit mis fin aux manifestations de protestation contre les résultats du scrutin présidentiel.Au lieu d'inciter les membres des forces de sécurité, y compris les bassidji, à agir avec modération et dans le respect de la légalité, l'ayatollah a insisté sur le fait que les personnes qui persisteraient à manifester dans les rues seraient les seules responsables de la situation.


Le 22 juin, l'Agence de presse de la République islamique d'Iran (IRNA) – agence de presse officielle – a rapporté les propos d'Ebrahim Raisi, un haut responsable de l'appareil judiciaire, qui aurait déclaré le jour même à la télévision que plus de 450 personnes avaient été arrêtées au cours des affrontements avec la police qui ont eu lieu à Téhéran le 20 juin et ont fait au moins 10 morts. Il a ajouté que « les personnes arrêtées pendant les récents événements [seraient]traitées de manière à ce qu'elles retiennent la leçon »et qu'un tribunal d'exception examinait actuellement ces affaires. Amnesty International exhorte les autorités à ouvrir de toute urgence une enquête sur tous les homicides, qu'ils aient été confirmés ou simplement signalés.


La répression à l'égard des médias se poursuit et les médias étrangers ont l'interdiction de couvrir les manifestations.


INFORMATIONS GÉNÉRALES

Dans les jours qui ont suivi l'élection présidentielle iranienne du 12 juin, des centaines de milliers d'Iraniens ont participé à des défilés et des manifestations dans tout le pays afin de condamner à la fois le déroulement et l'issue du scrutin. Après le discours prononcé par le guide suprême vendredi 19 juin, les heurts opposant les manifestants aux forces de sécurité se sont significativement multipliés. La police et les forces de sécurité, y compris les bassidji, ont fait un usage excessif de la force, notamment en frappant des manifestants à coups de matraque afin de mettre fin aux rassemblements. Ils ont même tiré à balles réelles sur certains manifestants. Le nombre de morts ne cesse d'augmenter. Depuis l'élection présidentielle, quelques 21 homicides ont été confirmés par les médias d'État et des dizaines de politiciens, journalistes, universitaires, étudiants et défenseurs des droits humains ont été détenus à travers tout l'Iran, pour certains brièvement.


Les bassidjisont un groupe paramilitaire composé de femmes et d'hommes volontaires, placés sous le contrôle du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC). Leurs membres sont recrutés dans les écoles, les universités, les institutions publiques et privées, les usines et même au sein des tribus.Les bassidjisont essentiellement chargés de faire respecter la loi et de maintenir l'ordre, ainsi que de contrôler la dissidence. Ils ont souvent été accusés de faire preuve d'une extrême brutalité.

ACTION RECOMMANDÉE :dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après (en arabe, en persan, en français, en anglais ou dans votre propre langue) :

- appelez les autorités à veiller à ce que les forces de sécurité fassent preuve de modération dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre qui auront lieu lors des prochaines manifestations liées aux résultats de l'élection et que les armes à feu ne soient utilisées qu'en dernier recours, lorsque cela est absolument indispensable pour protéger des vies ;

- demandez aux autorités iraniennes de cesser immédiatement de faire appel aux bassidjipour maintenir l'ordre lors des manifestations ;

- soulignez le fait que toutes les personnes détenues, y compris les 475 personnes arrêtées le 20 juin, doivent être protégées contre la torture et les autres formes de mauvais traitements, autorisées à entrer en contact avec leurs proches, leurs avocats et à bénéficier de tous les soins médicaux nécessaires, et déférées sans délai à la justice afin qu'elles puissent contester le motif de leur détention ;

- exhortez les autorités à ordonner l'ouverture d'une enquête indépendante et impartiale sur les opérations de maintien de l'ordre lors des manifestations, en particulier sur les décès et les blessures signalés ;

- demandez-leur que toute personne détenue uniquement pour avoir exprimé pacifiquement son opinion au sujet de l'issue du scrutin soit libérée immédiatement et sans condition ;

- priez instamment les autorités de mettre un terme aux restrictions illégales des libertés d'association, de réunion et d'expression, y compris de la liberté de chercher, recevoir et transmettre des informations et des idées.


APPELS À :

Ministre de l'Intérieur :

Sadegh Mahsouli

Ministry of the Interior

Dr Fatemi Avenue

Tehran, République islamique d'Iran

Fax :+98 21 8 896 203/ +98 21 8 899 547/ +98 21 6 650 203

Formule d'appel : Your Excellency,/ Monsieur le Ministre,


Responsable du pouvoir judiciaire :

Ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi

Howzeh Riyasat-e Qoveh Qazaiyeh (Office of the Head of the Judiciary)

Pasteur St., Vali Asr Ave., south of Serah-e Jomhouri, Tehran 1316814737, République islamique d'Iran

Courriers électroniques :shahroudi@dadgostary-tehran.ir(dans le champ réservé à l'objet, veuillez écrire : « FAO Ayatollah Shahroudi »)

Formule d'appel :Your Excellency,/ Monsieur le Ministre,

COPIES À :

Guide spirituel de la République islamique d'Iran :

Ayatollah Sayed ‘Ali Khamenei

The Office of the Supreme Leader

Islamic Republic Street – End of Shahid Keshvar Doust Street, Tehran, République islamique d'Iran

Courriers électroniques :info_leader@leader.ir

par l'intermédiaire de son site Internet : http://www.leader.ir/langs/en/index.php?p=letter(en anglais)

http://www.leader.ir/langs/fa/index.php?p=letter(en persan)

Formule d'appel : Your Excellency,/ Excellence,


ainsi qu'aux représentants diplomatiques de l'Iran dans votre pays.


PRIÈRE D'INTERVENIR IMMÉDIATEMENT.APRÈS LE 4 AOÛT 2009, VÉRIFIEZ AUPRÈS DE VOTRE SECTION S'IL FAUT ENCORE INTERVENIR. MERCI.