Document - ISRAËL ET TERRITOIRES OCCUPÉS / AUTORITÉ PALESTINIENNE : L’avenir assassiné : Les enfants en ligne de mire


Amnesty International

DOCUMENT PUBLIC


Israël, Territoires occupés
et Autorité palestinienne

L’avenir assassiné :
Les enfants en ligne de mire





I

De gauche à droite et de haut en bas : Sami Fathi Abu Jazzar © AP ; Danielle Shefi © AP ; maison à Khan Younès © AI ; Riham al Ward © DR

ndex AI : MDE 02/005/02

ÉFAI

AMNESTY INTERNATIONAL ÉFAI

Index AI : MDE 02/005/02


DOCUMENT PUBLIC

Londres, octobre 2002

Israël, Territoires occupés
et Autorité palestinienne

L’avenir assassiné :
Les enfants en ligne de mire

Résumé *

Plus de 250 enfants palestiniens et 72 enfants israéliens ont été tués depuis
le début de l’Intifada. Ils font partie des quelque 1 700 Palestiniens et des
plus de 580 Israéliens, pour la plupart des civils, qui ont été tués depuis
le 29 septembre 2000. Les enfants paient un tribut de plus en plus lourd
au conflit, tandis que les Forces de défense d’Israël (FDI) (Tsahal), et les groupes armés palestiniens font preuve d’une indifférence totale à l’égard
de leur vie et de celle des autres civils.

La plupart des enfants palestiniens tués ont été victimes soit d’un recours abusif
et disproportionné à la force meurtrière, de la part des FDI, contre des manifestants ou des lanceurs de pierres, soit de fusillades, de pilonnages et de bombardements aériens inconsidérés contre des zones d’habitation. Certains ont aussi été les victimes collatérales d’exécutions extrajudiciaires de militants palestiniens par les Israéliens, ou ont été tués dans la destruction de leur maison. D’autres sont morts parce que les FDI les ont empêchés de bénéficier de soins médicaux. Certains enfin ont été tués par des colons israéliens armés.

Les enfants israéliens ont trouvé la mort dans des attaques directes et aveugles, telles que des attentats-suicides et des fusillades, menées par des groupes armés ou des individus palestiniens en Israël, dans les implantations israéliennes
des Territoires occupés ou sur les routes menant à ces implantations.

Les homicides d’enfants, qui sont devenus une pratique si établie et si répandue au cours de ces deux dernières années, se sont développés sur le terreau de l’impunité dont ont bénéficié les auteurs de tels crimes pendant de nombreuses années avant l’actuelle Intifada. Ces deux dernières années, ce problème a pris une dimension sans précédent.

À notre connaissance, aucune enquête judiciaire n’a jamais été menée sur aucun des cas d’homicides d’enfants commis par des membres des FDI dans les Territoires occupés, même lorsque des représentants du gouvernement israélien avaient annoncé publiquement l’ouverture d’une enquête, et aucun membre des FDI responsable de tels crimes n’a été traduit en justice. Les affirmations des autorités israéliennes selon lesquelles les enquêtes sur les homicides de civils ne sont pas indispensables dans les situations de conflit armé sont en totale contradiction avec les obligations de l’État d’Israël aux termes des traités internationaux relatifs aux droits humains qu’il a ratifiés.

De son côté, l’Autorité palestinienne n’a pas pris les mesures nécessaires pour empêcher les attentats de groupes armés palestiniens contre des civils israéliens, ainsi que pour traduire en justice les responsables d’homicides d’enfants
et d’autres civils israéliens.

L’impunité dont ont bénéficié jusqu’à présent les responsables de la mort de tant d’enfants au cours de ces deux dernières années, qu’il s’agisse des membres des FDI ou des autres forces de sécurité israéliennes ou des membres des groupes armés palestiniens, ne peut qu’avoir contribué à encourager de telles pratiques.

Dans ce rapport, qui traite exclusivement des homicides d’enfants – violence la plus grave et la plus irréversible de toutes celles que les enfants palestiniens et israéliens ont subies ces deux dernières années – Amnesty International appelle les autorités israéliennes et palestiniennes à prendre de toute urgence des mesures concrètes et efficaces pour empêcher que des enfants ne soient tués, pour faire en sorte que des enquêtes approfondies, impartiales et publiques soient menées sur chaque cas d’homicide concernant des enfants, et pour veiller à ce que les responsables de ces actes soient traduits en justice. Par ailleurs, l’organisation réitère son appel aux groupes armés palestiniens pour qu’ils cessent immédiatement de prendre pour cible des enfants et d’autres civils. Elle demande aussi une nouvelle fois à la communauté internationale de prendre des mesures concrètes en vue d’envoyer des observateurs internationaux en Israël et dans les Territoires occupés, et de travailler résolument à convaincre le gouvernement israélien d’accepter la présence de tels observateurs. Amnesty International estime que si des observateurs avaient été envoyés dans la région quand elle et d’autres organisations l’avaient demandé pour la première fois, en octobre 2000, la présence de ces observateurs aurait pu sauver la vie de nombreux enfants
et autres civils israéliens et palestiniens.

AMNESTY INTERNATIONAL ÉFAI

Index AI : MDE 02/005/02


DOCUMENT PUBLIC

Londres, octobre 2002

Israël, Territoires occupés
et Autorité palestinienne

L’avenir assassiné :
Les enfants en ligne de mire

SOMMAIRE

Introduction 2

Les homicides d’enfants palestiniens 3

Les homicides d’enfants israéliens 13

Les principes interdisant de prendre 17
pour cible des enfants et d’autres civils

Les répercussions des autres formes 24
d’atteintes aux droits des enfants

Conclusion et recommandations 25

Introduction

Depuis le début de l’Intifada, soulèvement palestinien contre l’occupation israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza qui a éclaté en septembre 20001, les enfants palestiniens et israéliens ont été pris pour cible comme
jamais auparavant. Entre le 29 septembre 2000 et la fin août 2002,
quelque 1 700 Palestiniens, dont plus de 250 enfants, ont été tués, ainsi que plus de 580 Israéliens, pour la plupart des civils, parmi lesquels 72 enfants2.

La très grande majorité des enfants palestiniens tués ont trouvé la mort dans les Territoires occupés soit lorsque les membres des Forces de défense d’Israël (FDI) ont riposté à des manifestations et des jets de pierre par un usage abusif et disproportionné de la force, soit dans des fusillades, des pilonnages et des bombardement aériens inconsidérés contre des zones d’habitation. Certains ont aussi été les victimes collatérales d’exécutions extrajudiciaires de militants palestiniens par les Israéliens. D’autres ont été tués dans la destruction de leur maison. D’autres encore sont morts parce que les FDI les ont empêchés de bénéficier de soins médicaux. Enfin, au moins trois enfants palestiniens ont été tués par des colons israéliens armés dans les Territoires occupés.

Les enfants israéliens ont été victimes d’attaques directes et aveugles, telles que des attentats-suicides et des fusillades, menées par des groupes armés et des Palestiniens isolés ne semblant pas appartenir à des groupes armés3, tant en Israël que dans les implantations israéliennes des Territoires occupés ou sur les routes menant à ces implantations.

Les nombreux homicides décrits dans ce rapport montrent à quel point, à de multiples reprises, le droit à la vie des enfants palestiniens et israéliens a été bafoué. Cette situation est la conséquence du non-respect systématique, par les autorités israéliennes, les groupes armés palestiniens et les autorités palestiniennes, des obligations et des garanties définies dans le droit international relatif aux droits humains et dans le droit international humanitaire.

Le présent rapport traite des homicides d’enfants, qui sont les exactions les plus graves et les plus irréversibles de toutes celles subies par les enfants palestiniens et israéliens au cours de ces deux dernières années4. Au fil des ans, Amnesty International et d’autres organisations ont dénoncé différentes formes d’atteintes graves et systématiques à certains des droits humains les plus fondamentaux – dont le droit à la vie – en Israël et dans les Territoires occupés5.

Les homicides d’enfants palestiniens

La pratique alarmante des FDI qui consiste à prendre des enfants pour cible s’est instaurée dès le début de l’Intifada et se poursuit depuis. Dès le deuxième jour de l’Intifada, le 30 septembre 2000, quatre enfants sont tombés sous les balles de soldats de Tsahal6. Le lendemain, quatre autres enfants âgés de douze à dix-sept ans ont été tués par d’autres forces de sécurité. En un mois, une trentaine d’enfants palestiniens avaient été tués par les FDI et, à la fin de l’an 2000,
ils étaient plus de 80 à avoir ainsi trouvé la mort7.

La fréquence des homicides d’enfants a légèrement diminué en 2001, mais a augmenté de nouveau en 2002. Ainsi, rien qu’au cours des sept premiers mois
de 2002, plus d’une centaine d’enfants ont été tués par les FDI, et l’âge des victimes a sensiblement baissé : en 2002, quelque 48 p. cent des enfants tués étaient âgés de douze ans ou moins, contre environ 35 p. cent en 2001 et 13 p. cent en 2000.

Dans les premiers mois de l’Intifada, la majorité des enfants ont été victimes d’un usage illégal et abusif de la force meurtrière en riposte à des manifestations et à des jets de pierres, alors que la vie des soldats des FDI n’était pas menacée.
En 2002, la plupart des jeunes victimes ont trouvé la mort dans des fusillades, des pilonnages ou des bombardements menés sans discrimination contre des zones d’habitation dans des villes et des villages palestiniens. La majorité de ces enfants ont été tués alors qu’aucun coup de feu n’était échangé et que la vie des soldats n’était pas en danger.

Les enfants tués dans des manifestations
et par des tirs inconsidérés des FDI

Pendant les premiers mois de l’Intifada, les enfants ont principalement été tués au cours de manifestations accompagnées de jets de pierres, même s’il semble qu’ils n’en étaient souvent que spectateurs.

Sami Fathi Abu Jazzar

Le 10 octobre 2000, des délégués d’Amnesty International ont observé les suites d’une manifestation accompagnée de jets de pierres à Rafah, au sud de la bande de Gaza. Les soldats israéliens ont ouvert le feu sur une foule d’environ 400 personnes, de jeunes écoliers pour la plupart, qui lançaient des pierres sur un poste militaire israélien. Sami Fathi Abu Jazzar a reçu une balle en pleine tête.
La balle est entrée dans son front, au-dessus de son sourcil gauche, a traversé le cerveau en diagonale et est ressortie à l’arrière de la tête. Il est mort le lendemain, à la veille de son douzième anniversaire. Six autres enfants ont été blessés par des balles réelles lors de ces événements. Les délégués d’Amnesty International, parmi lesquels figurait un spécialiste du maintien de l’ordre dans les situations d’émeutes, sont parvenus à la conclusion que la vie des soldats israéliens,
qui occupaient une position fortifiée à quelque 200 mètres des lanceurs de pierres, derrière deux clôtures métalliques, n’était aucunement menacée et que rien ne justifiait le recours à la force meurtrière.

Muhammad Ibrahim Hajaj, Ahmed Suleiman Abu Tayah
et Ibrahim Reziq Omar

Tous trois âgés de quatorze ans, ces enfants ont été tués et plusieurs autres blessés le 1er novembre 2000 par des tirs des FDI dans la bande de Gaza, sur la route menant de l’embranchement de Netzarim au point de passage en Israël de Karni. C’est un endroit où, au cours de ces deux dernières années, les enfants se sont régulièrement rassemblés pour lancer des pierres sur les chars israéliens ou sur la tourelle des FDI. Muhammad Ibrahim Hajaj a reçu une balle dans la nuque. Ahmed Suleiman Abu Tayah et Ibrahim Resiq Omar ont été touchés à la tête et à la poitrine. Tous trois sont morts sur le coup. Plusieurs autres enfants ont été blessés, dont deux enfants de dix ans touchés à l’abdomen et à l’épaule droite. Selon des témoins et d’après les dossiers médicaux, les soldats ont tiré à balles réelles sur les enfants d’une distance d’environ 150 mètres.

Muhammad Musbah Ismail Abu Ghali

Cet enfant, âgé de quinze ans, a été tué d’une balle dans la poitrine tirée depuis une Jeep des FDI au poste de contrôle de Toufah, à Khan Younès (bande de Gaza), dans l’après-midi du 8 novembre 2000. Deux membres du personnel des Nations unies, qui revenaient de la région de Mawasi, ont assisté à la scène.
L’un d’eux a raconté : « Il y avait un groupe d’enfants rassemblés autour des ruines des maisons démolies à proximité du poste de contrôle de Toufah, mais ils ne lançaient pas de pierres et ne manifestaient pas. Deux Jeeps des FDI sont arrivées et, après un instant, un soldat a tiré un seul coup de feu qui a touché Muhammad en pleine poitrine. Il est tombé. Je connaissais ce garçon et je me suis approché de lui. Il m’a dit : "La clé de mon vélo est dans ma poche." Je lui ai demandé si ça allait, mais il n’a pas répondu et il a sorti de sa poche la clé, trois photos et trois shekels, puis il est retombé en arrière. L’ambulance est arrivée pour l’emmener à l’hôpital, mais il est mort pendant le trajet. »

Khalil Ibrahim al Mughrabi

Le 7 juillet 2001, trois enfants ont été la cible de tirs isolés des FDI alors qu’ils faisaient voler des cerfs-volants et jouaient au football dans un terrain vague près de la clôture qui marque la frontière à Rafah. Khalil Ibrahim al Mughrabi, âgé de onze ans, a été tué d’une balle à grande vitesse en pleine tête. Ibrahim Kamel
Abu Sussain, dix ans, et Suleiman Turki Abu Rijal, treize ans, ont aussi été touchés et grièvement blessés respectivement à l’abdomen et aux testicules.
Les tirs provenaient d’un poste des FDI situé à environ 800 mètres, et les jeunes garçons se trouvaient dans un espace vaste et découvert. D’après les témoignages recueillis par Amnesty International auprès d’Ibrahim Kamel Abu Sussain et d’autres enfants présents au moment du drame, la zone n’était alors le théâtre d’aucun trouble ni affrontement. Les FDI ont prétendu que des émeutes se déroulaient à ce moment-là et que des personnes lançaient des grenades à fragmentation, mais des rapports confidentiels de Tsahal ont montré que c’était faux. Le 8 novembre 2001, les FDI ont informé l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem (Centre d’information israélien pour
les droits humains dans les Territoires occupés) qu’elles avaient décidé de ne
pas ouvrir d’enquête sur cette affaire car il n’existait aucune suspicion d’infraction pénale de la part des soldats. Toutefois, à la réponse des FDI était joint, semble-t-il par erreur, un dossier contenant les comptes rendus de mission internes des FDI, ainsi que l’avis du juge militaire des FDI pour la région militaire sud et celui du procureur général militaire. Ces documents, que B’Tselem a rendu publics, montrent que, en dépit des éléments de preuve, les FDI ont décidé de ne pas ordonner l’ouverture d’une enquête de la police militaire et de mettre hors de cause les soldats qui avaient tué Khalil al Mughrabi et blessé les deux autres enfants. Ces documents montrent également que, dans leur réponse à B’Tselem, les FDI ont délibérément présenté une version erronée des faits8.

Les enfants tués dans des attaques contre des zones d’habitation
ou victimes collatérales des assassinats d’État commis par Israël

Israël mène une politique consistant à exécuter de manière extrajudiciaire les Palestiniens qu’elle soupçonne d’être responsables d’attentats contre des Israéliens, plutôt que de les arrêter et de les traduire en justice. De telles pratiques constituent une violation des normes internationales. Plus de 20 enfants et une vingtaine d’autres passants ont ainsi été tués lors de ces assassinats d’État, commis dans le cadre d’une politique ordonnée et approuvée au plus haut niveau par le gouvernement israélien, notamment par le Premier ministre, le ministre de la Défense et le ministre des Affaires étrangères.

Ainsi, le 22 juillet 2002, juste avant minuit, les FDI ont largué une bombe d’une tonne depuis un avion F-16 sur un quartier densément peuplé de Gaza, faisant 17 morts, dont neuf enfants, et plus de 70 blessés, dont beaucoup grièvement. Voici la liste des enfants tués : Ayman Raed Matar (dix-huit mois), Muhammad Raed Matar (trois ans), Diana Raed Matar (cinq ans), Subhi Mahmud al Hweiti (quatre ans),Muhammad Mahmud al Hweiti (six ans), Dina Rami Matar (deux mois), Ala Muhammad Matar (dix ans), Iman Salah Shehada (quinze ans) et Maryam Matar (dix-sept ans ; grièvement blessée, elle est décédée le 15 août).

Cette attaque a entièrement détruit la maison d’un militant important du Hamas (Mouvement de la résistance islamique), Salah Shehada, qui figure au nombre des tués. Deux autres maisons ont été entièrement détruites et quatre autres rendues inhabitables. Les autorités israéliennes soupçonnaient cet homme d’avoir organisé plusieurs attentats-suicides. Étant donné l’emplacement de la cible, dans une zone civile densément peuplée, et la méthode choisie, les organisateurs de cette attaque devaient savoir que des civils, dont des enfants, seraient tués et blessés.

Ashraf Khader, six ans,et son frère Bilal, onze ans, ont été tués par des éclats d’obus le 31 juillet 2001 lorsque que les FDI ont attaqué à la roquette un immeuble situé dans un quartier d’habitation animé de Naplouse. L’attaque visait deux dirigeants du Hamas, Jamal Mansur et Jamal Salim, qui ont été tués, ainsi que quatre autres personnes. Quinze personnes ont aussi été blessées. Les enfants jouaient dehors en attendant leur mère qui s’était rendue à une consultation médicale dans le même immeuble.

Le 10 décembre 2001, Burhan Al Himuni, trois ans, et Shadi Ahmad Arafe, treize ans, ont été tués lors de l’échec d’une tentative d’assassinat organisée par les Israéliens contre un militant présumé du Djihad islamique. L’homme qui était visé par cette attaque a sauté de sa voiture quelques instants avant que deux missiles tirés à partir d’hélicoptères de combat des FDI ne s’écrasent sur un carrefour très fréquenté d’Hébron. Burhan al Himuni et son père Muhammad sont restés coincés dans la voiture ; l’enfant a été décapité. L’autre enfant, Shadi Arafe, se trouvait dans un taxi derrière la voiture visée. Le taxi et un troisième véhicule ont été détruits.

À la fin de l’année 2000, même si beaucoup d’enfants continuaient d’être tués lors de manifestations accompagnées de jets de pierres, un nombre croissant d’entre eux trouvaient la mort dans des fusillades et des pilonnages inconsidérés contre des zones d’habitation civiles. Dans certains cas, ces fusillades et ces pilonnages étaient à l’initiative des Israéliens ; dans d’autres, ils étaient déclenchés en riposte à des attaques palestiniennes au fusil, aux cocktails Molotov ou autres. Cependant, dans leurs ripostes aux attaques palestiniennes réelles ou supposées, les FDI ont fait usage de la force sans discrimination et de manière disproportionnée, faisant au moins 80 morts et plusieurs centaines de blessés graves parmi les enfants palestiniens.

Dans certaines zones de la bande de Gaza, les pilonnages et les bombardements fréquents de quartiers d’habitation densément peuplés semblent avoir eu pour objectif de créer des « zones d’accès interdit » entre le camp de réfugiés de Khan Younès et l’implantation israélienne de Gouch-Katif, et entre le camp de réfugiés de Rafah et la clôture des FDI qui marque la frontière avec l’Égypte, ainsi qu’aux alentours du bunker de l’armée israélienne. Les délégués d’Amnesty International, qui se sont rendus dans cette région à intervalles réguliers au cours de ces deux dernières années, ont constaté l’élargissement progressif de ces « zones d’accès interdit », et y ont été les témoins de tirs inconsidérés menés à l’initiative des FDI aussi bien contre de enfants que contre des adultes (y compris en direction des représentants d’Amnesty International).

Hani Yusuf al Sufi a été tué dans la matinée du 20 décembre 2000. Des coups de feu étaient tirés sur Rafah depuis les positions israéliennes et les habitants s’étaient réfugiés dans leurs maisons. Vers 9 h 45, Hani Yusuf al Sufi, quinze ans, se trouvait dans une allée étroite avec cinq de ses amis lorsqu’une grenade a explosé contre un mur au-dessus de leurs têtes. Son père a fait le récit suivant aux délégués d’Amnesty International :

« Je me dirigeais vers ma maison lorsque j’ai vu mes deux fils avec un groupe de personnes rassemblées dans cette allée étroite ; alors je leur ai dit de ne pas rester dehors et de rentrer chez eux parce que les Israéliens tiraient partout.
J’ai traversé la route et un obus est tombé. J’ai entendu une forte explosion et mon voisin m’a dit que mon fils était blessé. J’ai répondu que c’était impossible, car je lui avais dit de rentrer. J’ai couru vers la rue étroite. Ce que j’y ai vu était à peine croyable : six garçons entassés les uns sur les autres, tous blessés.
J’ai vu mon plus jeune fils Hani qui m’a semblé mort. J’ai voulu le soulever et j’ai constaté qu’il était vivant. Plusieurs hommes jeunes sont venus m’aider mais je leur ai demandé de transporter mon autre fils. Du fait de ses blessures à la tête, dans le dos et à la nuque, je n’ai pas pu continuer et je me suis effondré au bout de deux ou trois mètres. J’ai essayé de me relever mais ils m’ont rejoint et me l’ont pris des bras. C’est à ce moment-là qu’il est mort. »

Hamid al Sufi et un de ses cousins, Muhammad Saqer al Sufi, ont raconté aux délégués d’Amnesty International qu’ils avaient entendu une explosion très forte, puis qu’ils avaient senti un souffle les plaquer au sol. Après l’explosion, ils sont restés sourds pendant deux jours.

Les éclats d’obus ramassés sur les lieux par la famille et examinés sur place par le conseiller militaire d’Amnesty International, puis par des experts à Londres, ainsi que les récits des survivants, laissent à penser que l’obus qui a tué Hani provenait d’un lance-grenade de type M203. Les dégâts constatés sur des toits de maisons à Khan Younès indiquent que des lance-grenades similaires ont été utilisés contre des zones d’habitation9.

Un bébé de quatre mois, Iman Hijju, a été tué dans la matinée du 7 mai 2001 par des tirs d’obus intensifs des FDI sur Khan Younès. Treize autres civils, parmi lesquels sept enfants, ont été blessés, dont certains grièvement. Vers 11 heures, des obus et des balles de gros et de moyen calibre ont été tirés sur plusieurs quartiers du camp de réfugiés de Khan Younès, dans les districts de Hay al Amal et de Nimsawi, depuis des bases des FDI situées à l’intérieur de l’implantation de Gouch-Katif. Selon les témoignages rapportés à Amnesty International par des survivants, des habitants et des membres du personnel de l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA) qui se trouvaient dans la zone, les tirs des FDI ont été intenses et ont duré plus d’une demi-heure. Il n’y avait alors aucun tir palestinien à cet endroit, même si, d’après certains, des tirs avaient été entendus plus tôt dans la matinée, mais dans d’autres quartiers que ceux visés. Au moment du bombardement, Suzanne Hijju, âgée de vingt ans, rendait visite à sa mère et à d’autres membres de sa famille à Hay al Amal avec sa fillette de quatre mois, Iman. La maison était très proche d’une des bases des FDI et, craignant qu’elle ne soit bombardée, Suzanne Hijju et sa mère ont décidé d’emmener le bébé en sécurité ailleurs. Un obus a atterri et explosé sur le seuil de la maison juste quand elles en sortaient. Iman a été touchée par un gros éclat qui l’a éventrée, entrant dans son estomac et ressortant dans son dos. Suzanne Hijju et sa mère Samia, âgée de trente-huit ans, ont été grièvement blessées sur tout le corps par de gros éclats d’obus. Les enfants de Samia, Mahmoud, dix-huit mois, et Dunia, six ans, ont aussi été touchés. Mahmoud a été grièvement blessé à l’abdomen et Dunia souffrait de blessures à la main et à la jambe.

Riham al Ward, écolière âgée de dix ans, a été tuée le 18 octobre 2001 lorsque son établissement scolaire, l’école al Ibrahimiya de Jénine, a été la cible d’un pilonnage d’artillerie au cours d’une attaque et d’une incursion israéliennes dans la ville. Les chars ont commencé à tirer leurs obus juste à l’heure où les élèves arrivaient à l’école. Le directeur a rassemblé les enfants dans la cour et les a conduites dans une classe située au rez-de-chaussée. Une fillette a été blessée sur le pas de la porte et Riham, qui s’est retournée pour la secourir, a été touchée en plein cœur. Elle est morte avant d’arriver à l’hôpital. Dans un premier temps, les FDI auraient affirmé que des Palestiniens armés opéraient dans le quartier, mais elles auraient ensuite reconnu que le pilonnage de l’école était une erreur.

Le 17 mai 2002, un petit garçon de Naplouse, Amid Abu Sair, âgé de sept ans, a été tué à proximité de sa maison par des tirs provenant de chars des FDI. Amid se rendait à la mosquée avec son père pour la prière du vendredi. Ils ont reçu des balles alors qu’ils s’abritaient derrière une porte dans le passage menant à leur maison. Des témoins ont raconté à Amnesty International que deux chars des FDI avaient tiré en riposte à des jets de pierres provenant d’un groupe de jeunes garçons (âgés de huit à treize ans) dans la rue principale, la rue Askar. Aucun autre coup de feu n’a été signalé. Le père d’Amid, Muhammad Abd al Samad Abu Sair, a raconté à Amnesty International :

« C’était un vendredi, juste avant la prière. J’avais l’habitude d’emmener mon fils Amid avec moi à la mosquée de la rue Askar, la rue principale. Alors que je me trouvais encore à l’entrée de notre maison, qui donne sur la rue principale, j’ai entendu des chars arriver de l’est. Amid était juste à côté de moi. Il avait très peur et nous sommes rentrés dans la maison. Il m’a dit "Il y a des chiens
[en faisant référence aux chars], je ne les aime pas". Je lui ai répondu que nous allions attendre dans la maison et que nous essayerions d’aller à la mosquée plus tard. Quelques minutes après, les chars étaient de plus en plus nombreux. Je les entendais juste à côté de notre maison. Il n’y avait pas de tirs, juste le bruit des chars. La porte donnant sur la rue principale était fermée et je me trouvais environ à cinq mètres de celle-ci. Amid est venu vers moi et m’a dit que les
haut-parleurs nous avaient appelés à la prière et que nous allions être en retard. Juste à ce moment-là – il était environ 12 h 30 – des balles sont passées à travers la porte. Quand j’ai entendu les tirs, j’ai attrapé mon fils et j’ai tourné le dos à la porte. J’ai reçu des éclats de la porte de la taille jusqu’au bas de la jambe.

« J’avais commencé à me diriger vers les escaliers, quand j’ai regardé le visage de mon fils. Il avait du sang qui sortait de la bouche et j’ai aussi vu du sang sur son bras. Il m’a dit "Papa, je suis touché, papa, je suis touché". J’ai commencé à hurler "Amid, Amid"et ma femme est arrivée. Elle a appelé une ambulance et, alors qu’elle le tenait dans ses bras, il a perdu connaissance. Nous n’avons pas attendu l’ambulance, mon neveu est venu avec une voiture et nous avons emmené Amid à l’hôpital d’Ittihad, mais il n’a pas survécu. »

Ahmad Ghazawi, six ans,et son frère Jamil, douze ans, ont été tués près de leur maison à Jénine, le 21 juin 2002, par un obus tiré d’un char des FDI, qui a aussi blessé leur frère de onze ans, Tareq. Une partie de la scène a été filmée par un voisin. Le père des garçons, Yusuf Ghazawi, a raconté à Amnesty International qu’un de ses cousins, venu de la partie est de la ville, l’avait informé que le couvre-feu qui était en vigueur depuis le 18 juin avait été levé. Peu après, Ahmad a demandé à son père un shekel pour aller acheter quelque chose. Il était environ 11 h 30. Une dizaine de minutes plus tard, des voisins ont averti Yusuf que ses enfants étaient à l’hôpital. Rami Imad Khader, douze ans, qui se trouvait avec Jamil et ses frères au moment des faits, a raconté à Amnesty International ce qui s’était passé :

« Quand j’ai entendu que le couvre-feu avait été levé, je suis sorti rejoindre mes amis Jamil, Tareq, Ahmad, Muhammad, Wael et Wassam. Nous nous sommes tous dirigés vers la rue principale. Jamil, Tareq, Ahmad et Wael étaient à vélo, et moi et les autres à pied. Quand nous sommes arrivés au carrefour, nous avons vu des Jeeps des FDI à l’angle de la rue et nous avons eu peur. Nous sommes retournés vers nos maisons et, entendant un char passer, nous nous sommes arrêtés sur le côté d’un bâtiment de notre rue. Puis, nous avons vu un autre char à environ 300 mètres de nous, alors nous avons quitté le bâtiment et nous nous sommes dépêchés de rentrer chez nous. Jamil disait à Ahmad et Tareq de ne pas traîner parce qu’il y avait des chars. Le char se trouvait alors au bout de la rue, et j’ai vu la voiture du docteur Samer venir vers nous. Il klaxonnait pour nous avertir de nous écarter10. La seule chose dont je me souviens ensuite, c’est d’une lumière rouge et d’une explosion. Je pense que la bombe a touché le mur de la maison de notre voisin et a rebondi.

« Quand j’ai entendu la bombe, je me suis jeté sur le côté. Puis je suis revenu dans la rue et j’ai d’abord vu Ahmad. Il n’avait plus de jambe gauche et son estomac était sur la route. Puis j’ai vu Jamil, il était blessé dans le dos et agitait ses mains. Il a ouvert les yeux pendant une minute, puis il les a refermés. Tareq se trouvait près d’un poteau électrique, c’est lui que nous avons trouvé en dernier. Il avait un trou dans une jambe et des éclats de bombe dans l’estomac, l’oreille et le dos. »

Les enfants tués par des obus à fléchettes et des objets piégés

Plusieurs enfants ont été tués par des obus à fléchettes ou des engins explosifs utilisés par les FDI dans des zones densément peuplées. Les obus à fléchettes sont des obus de 120 millimètres contenant jusqu’à 5 000 petites flèches d’acier de cinq centimètres, ou fléchettes, susceptibles de causer la mort. Bien qu’elles ne soient pas interdites en tant que telles par le droit international, ces armes ne devraient jamais être utilisées dans des zones d’habitation. Lors d’une visite à Khan Younès en septembre 2001, les délégués d’Amnesty International ont vu des fléchettes incrustées dans le mur d’une maison où vivaient 14 personnes,
dont une majorité d’enfants.

Hikmat al Malalha, âgée de dix-sept ans, sa mère Nasra et sa cousine Salmiya ont été tuées le 9 juin 2001 par un obus à fléchettes qui a touché leur tente à Zeitoun, village bédouin situé juste au sud-ouest de Gaza, à environ 1,5 km de l’implantation israélienne de Netzarim. Trois autres membres de leur famille ont été blessés.
Le 11 juin, le Premier ministre Ariel Sharon a déclaré que ces trois homicides n’auraient jamais dû avoir lieu. Des responsables des FDI, qui avaient affirmé dans un premier temps avoir riposté à des tirs, ont reconnu le lendemain que ce tir était une erreur et qu’une enquête serait ouverte. Cependant, le 17 juillet 2001, le Centre palestinien de défense des droits humains, qui avait déposé une plainte, s’est entendu répondre qu’aucune plainte ne serait prise en considération car les homicides étaient intervenus en situation de guerre. Deux jours plus tard,
le 19 juillet, le quotidien israélien Haaretz a annoncé que le procureur général militaire allait nommer un enquêteur sur cette affaire. En janvier 2002,
le responsable du service juridique des FDI a déclaré à Amnesty International que l’affaire continuait d’être examinée. Toutefois, à ce jour, plus d’un an après les faits, aucune enquête judiciaire n’a manifestement été ouverte, et aucun des témoins ni des survivants de cette attaque n’a jamais été contacté par les autorités israéliennes pour témoigner.

Muhammad Ahmad Lubud (dix-sept ans), Muhammad Abd al Rahman al Madhun (quinze ans) et Ahmad Muhammad Banat (quinze ans) ont été tués le 30 décembre 2001 près de l’implantation d’Eli Sinai, dans le nord-est de la bande de Gaza. Dans un premier temps, les FDI ont affirmé que ces garçons étaient des « terroristes » qui avaient l’intention de déposer une bombe à proximité d’une implantation. Elles ont reconnu par la suite qu’ils n’avaient pas de bombe, mais un sac contenant deux couteaux. Ils ont été tués par un obus à fléchettes tiré depuis un char situé à environ 1 200 mètres. Les trois corps ont été emmenés en Israël pour autopsie et rendus aux familles seulement quatre jours plus tard. L’affaire a fait beaucoup de bruit car les Palestiniens ont accusé les Israéliens d’avoir emmené les garçons vivants. La commission de la Knesset chargée des affaires étrangères et de la sécurité a demandé à voir le film tourné sur place par les FDI et a invité quelques organisations de défense des droits humains à la projection. Le film montre que les jeunes s’éloignaient du char quand ils ont été tués par les fléchettes. L’un d’eux a ensuite été écrasé par un char, ce qui apparaît aussi dans le rapport d’autopsie et a été reconnu par le commandant militaire israélien pour la bande de Gaza. Le commandant militaire israélien de la brigade du nord de la bande de Gaza a admis devant la commission de la Knesset que les fléchettes s’étaient dispersées dans un rayon de 100 mètres autour des victimes.

Le 22 novembre 2001, cinq garçons de la famille Istal ont été tués par un objet piégé sur le chemin de l’école, à Khan Younès : Akram Abd al Karim al Istal,
six ans, Muhammad Naim Abd al Karim al Istal, quatorze ans, Umar Idris al Istal, treize ans, Anis Idris al Istal, onze ans,et Muhammad Salman al Istal, onze ans également. Des délégués d’Amnesty International se sont rendus sur place le 1er février 2002. Les FDI ont d’abord nié toute responsabilité dans cette explosion, mais ont ensuite reconnu avoir placé l’engin explosif à cet endroit dans l’espoir qu’il touche des Palestiniens armés qui tiraient parfois des coups de feu dans la nuit depuis cette zone. Un tel engin n’aurait jamais dû être placé dans un lieu public, ou aurait au moins dû être désamorcé avant l’aube, car il était situé sur un lieu de passage très fréquenté, notamment par des enfants se rendant à l’école.

Les enfants tués lors de démolitions de maisons

À Jénine, Naplouse et ailleurs, les FDI ont détruit au bulldozer un certain de nombre de maisons alors que leurs occupants, dont des enfants, se trouvaient encore à l’intérieur. Dans d’autres cas, elles ont détruit à l’explosif des habitations sans évacuer les maisons environnantes, qui ont aussi été détruites ou endommagées. Des civils, dont des enfants, ont ainsi parfois été tués ou enterrés vivants sous les décombres de maisons démolies. Dans les cas examinés par Amnesty International, il semble qu’aucun avertissement n’ait été donné aux civils pour qu’ils puissent évacuer les logements en toute sécurité avant leur démolition.

Trois enfants âgés de quatre, sept et neuf ans, Abdallah, Azam et Anas al Shubi, leur mère, qui était enceinte, et quatre autres membres de leur famille sont morts sous les décombres de leur maison, démolie par les FDI le 12 avril 2002 dans la casbah (vieille ville) de Naplouse, à une période où Tsahal imposait un couvre-feu très strict. Deux survivants ont finalement pu être sortis des décombres près d’une semaine après la démolition. Les voisins interrogés par Amnesty International ont affirmé que les FDI n’avaient donné aucun avertissement avant de s’attaquer à la maison au bulldozer, et que les soldats avaient tiré sur eux quand ils avaient bravé le couvre-feu pour tenter de rechercher des survivants dans les décombres de la maison.

Mahmoud Umar al Shubi, cousin des enfants tués, a raconté à Amnesty International que, dans l’après-midi du 12 avril, le couvre-feu avait été levé pendant deux heures et qu’il était allé cherché son père et sa sœur. En arrivant devant la maison familiale, il a découvert qu’elle avait été démolie. Avec l’aide de ses voisins, il a commencé à creuser, espérant trouver ses proches vivants sous les décombres. Il avait commencé à pleuvoir et la boue compliquait les opérations. Mahmoud a continué de creuser après le retour du couvre-feu et a essuyé des coups de feu à plusieurs reprises. Tard dans la nuit, les sauveteurs sont tombés sur une petite ouverture correspondant à ce qui avait été le rez-de-chaussée de la maison. Dans un petit espace resté libre, ils ont trouvé l’oncle de Mahmoud, Abdallah, soixante-huit ans, et sa femme Shamsa, soixante-sept ans, qui avaient survécu. Ils ont continué de creuser pendant une bonne partie de la nuit et, à 1 h 30, ils ont trouvé les corps des autres membres de la famille, blottis en cercle dans une petite pièce : le père de Mahmoud, Umar, sa sœur Fatima, ses cousins Samir et sa femme Nabila, enceinte de sept mois, ainsi que leurs trois enfants Abdallah, Azam et Anas, et un autre cousin, Abir. Par la suite, des voisins ont raconté à Mahmoud qu’ils avaient entendu les cris de la famille par-dessus le bruit du bulldozer mais qu’ils n’avaient rien pu faire pour les aider, et que le bulldozer s’était en fait écrasé sur le toit de la maison, qui était construite sur un terrain en pente.

Fares al Saadi, douze ans, a été tué dans la soirée du 21 juin 2002 lorsque les FDI ont fait exploser une maison inhabitée contiguë à la sienne, dans la vieille ville de Jénine. L’explosion a aussi détruit la maison de la famille al Saadi, dont huit membres sont restés coincés sous les décombres. Fares est mort et deux autres membres de sa famille ont été grièvement blessés. Aucun avertissement n’avait été donné à la famille avant l’explosion malgré les protestations d’un voisin qui avait été contraint par les FDI de contrôler la maison visée11. Amnesty International a interrogé des voisins et des membres de la famille. Tous les témoignages confirment l’absence d’avertissement. Les FDI ont affirmé que la propriété visée était utilisée pour stocker des munitions. Que cette affirmation soit fondée ou non, les FDI ont gravement manqué à leur devoir de protéger la population civile dans les environs immédiats de la maison.

Un voisin de la famille al Saadi a fait à Amnesty International le récit suivant :

«…les soldats m’ont dit qu’ils allaient détruire la maison. J’ai vu la bombe.
Je leur ai expliqué qu’il y avait en fait deux maisons, et non une seule, séparées seulement par un mur mitoyen. Je leur ai dit que s’ils faisaient exploser cette maison, l’autre s’écroulerait aussi. J’ai dit qu’il y avait des enfants à côté. Je leur ai demandé l’autorisation d’aller frapper à la porte pour les avertir, mais ils ont refusé. Ils m’ont dit qu’ils connaissaient leur travail et qu’ils allaient seulement faire exploser la maison visée.
[…] Juste après, j’ai entendu une explosion. »

Le père de Fares, Hassan Fares al Saadi, se trouvait avec sa famille au moment
de l’explosion :

« Soudain, il y a eu une explosion et le toit s’est effondré. J’étais sous les décombres. Quand je suis sorti, j’ai appelé mes enfants. J’ai d’abord entendu Mahmud (onze ans), qui était blessé à la cheville gauche. Puis j’ai entendu ma fille Asil (huit ans), qui avait la jambe cassée et une blessure à la tête. Ma femme était blessée sur tout le côté gauche du corps, elle était coupée et saignait. À ce jour, elle entend toujours mal de l’oreille gauche. J’ai ensuite trouvé ma fille Hadil, qui était inconsciente, puis ma nièce Muna, blessée dans le dos et à la jambe. C’est alors que nous avons trouvé Fares. À ce moment-là, je ne savais pas s’il était mort ou vivant. »

Les enfants morts faute d’avoir été autorisés
à bénéficier de soins médicaux

Des femmes palestiniennes en train d’accoucher ont été retenues à des postes de contrôle par les soldats, qui ont retardé, voire empêché, leur arrivée à l’hôpital. Dans plusieurs cas, ces retards ont entraîné la mort de l’enfant et de la mère.

Rana al Jayusi, dix-sept ans, originaire de Kur (village situé entre Tulkarem et Qalqilya) a ressenti les premières douleurs de l’accouchement dans la matinée du 9 mars 2002. Elle n’a pas pu aller à l’hôpital parce que les routes étaient barrées. Elle a accouché dans la maison d’une sage-femme, mais l’enfant est mort à la naissance. L’état de santé de la jeune mère se détériorant, son mari a essayé de l’emmener à l’hôpital de Qalqilya. Au point de contrôle, les soldats les ont retenus pendant une trentaine de minutes avant de se décider à appeler une ambulance. Quand l’ambulance est arrivée, Rana était déjà morte.

Tahani Assad Ali, pharmacienne de trente-cinq ans, a commencé à ressentir des contractions le 12 avril 2002, à la fin de son huitième mois de grossesse. Elle était chez elle avec son mari, Ali al Shaar, médecin travaillant pour Save the Children à Jérusalem. Naplouse était sous couvre-feu et quand Ali a appelé le Croissant-Rouge pour avoir une ambulance, son correspondant lui a répondu que l’armée israélienne les empêchait de se déplacer, mais qu’ils allaient quand même essayer. Environ un quart d’heure plus tard, il a rappelé et on lui a répondu qu’une ambulance avait essayé de venir, mais que les FDI l’avaient contrainte à rebrousser chemin. Ali a demandé à son correspondant d’essayer de s’arranger avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Quelques minutes plus tard, un membre du Croissant-Rouge a rappelé pour l’informer qu’ils avaient fait une nouvelle tentative, mais que les FDI leur avaient tiré dessus pour les obliger à faire demi-tour. La troisième fois qu’Ali a appelé, l’ambulancier lui a dit qu’il allait prendre le risque d’essayer de passer sans la coordination de la
Croix-Rouge. Ali lui a demandé de ne pas risquer sa vie et a essayé de trouver de l’aide en appelant le directeur de Save the Children à Jérusalem, qui lui a promis d’appeler des organisations susceptibles de l’aider.

Vers 18 h 00, les douleurs se sont intensifiées et Ali a appelé le docteur Salem Tabila, obstétricien, qui vivait à proximité. Lui et Ali ont mis l’enfant au monde et, peu après 18 h 00, Tahani a donné naissance à un garçon. Son état de santé était normal, mais après environ un quart d’heure, l’enfant a commencé à aller mal. Il a bleui et a cessé de pleurer. Ali lui a prodigué des soins d’urgence mais son état s’est empiré et il est mort12.

Amnesty International a aussi eu connaissance de cas d’enfants qui sont morts parce qu’ils n’ont pas été autorisés à bénéficier de soins médicaux, ou parce qu’ils ont été retardés sur le trajet de l’hôpital.

Les enfants tués par des colons israéliens

Les attaques de colons israéliens contre des Palestiniens des Territoires occupés se sont poursuivies pendant l’Intifada. Dans la plupart des cas, les FDI ne sont pas intervenues assez rapidement ni assez fermement – voire ne sont pas intervenues du tout – pour protéger les Palestiniens de ce type de violences.

Le 19 juillet 2001, Diya Marwan Tmeizi, bébé de trois mois originaire du village d’Idna (près d’Hébron), a été tué lorsque la voiture dans laquelle il se trouvait avec sa famille, de retour du mariage d’un parent, a été prise pour cible par des colons israéliens. Deux autres membres de la famille ont aussi été tués, et cinq autres blessés, dont une enfant de deux ans, Amira. L’attaque a eu lieu non loin du barrage routier de Tarqumya, mais les soldats qui gardaient ce barrage n’ont pas arrêté la voiture des assassins quand elle a pris la fuite. Cette attaque a été revendiquée par un groupe se désignant sous le nom de Comité pour la sécurité des routes, qui serait lié à un groupe juif interdit, le groupe d’extrême-droite Kach (Ainsi).

Nivin Jamjoum, quatorze ans, a été tuée le 28 juillet 2002 dans une attaque menée par des colons israéliens contre des maisons palestiniennes à Hébron.
Elle se trouvait sur le balcon de sa maison, dans le quartier al Shaludi (dans la vieille ville d’Hébron) quand elle a été touchée en plein tête par une balle tirée par des colons israéliens armés de fusils M16. Son frère Marwan, vingt ans, a été blessé à la jambe droite. Au total, 11 Palestiniens ont été blessés. À notre connaissance, aucun des responsables de cette attaque n’a été traduit en justice.

Les homicides d’enfants israéliens

Depuis le début de l’Intifada, 72 enfants israéliens ont été tués dans des
attaques menées par des Palestiniens armés. La grande majorité des victimes (environ 70 p. cent) ont trouvé la mort dans des attentats-suicides ; les autres ont été tuées dans des fusillades ou d’autres attaques.

Au cours de ces dix-huit derniers mois, on a constaté une augmentation importante du nombre d’attentats contre des civils israéliens, tant en Israël que dans les implantations des Territoires occupés ou sur les routes menant à ces implantations. Par ailleurs, ces attentats ont touché de plus en plus d’enfants.

Rien qu’au cours des sept premiers mois de 2002, 36 enfants israéliens ont été tués (17 dans les Territoires occupés et 19 en Israël), c’est-à-dire autant que pendant toute l’année précédente13. Amnesty International a appelé à plusieurs reprises les groupes armés palestiniens à cesser immédiatement et sans condition les attaques contre les civils, que rien ne saurait jamais justifier14.

Les enfants victimes d’attentats-suicides

Le 1er juin 2001, un homme a fait exploser la bombe qu’il portait sur lui au milieu d’un groupe de jeunes qui faisaient la queue à l’entrée de la discothèque
le Dolphinarium, à Tel-Aviv, faisant 21 morts, dont 20 civils, parmi lesquels douze jeunes âgés de moins de dix-huit ans. Environ 120 autres personnes ont été blessées. Cet attentat était le plus sanglant de tous ceux menés par des groupes armés palestiniens contre des civils depuis plusieurs années. Les brigades Ezzedine el Qassam, branche armée du groupe islamiste palestinien Hamas, ont revendiqué cet attentat deux jours plus tard dans une déclaration envoyée à des médias étrangers par télécopie. Le message précisait que l’auteur de l’attentat était un jeune homme de vingt ans, Said Hutari, originaire de Qalqilya et résidant en Jordanie. Les auteurs du message disaient leur fierté d’être responsables d’un tel attentat et en promettaient de nouveaux. En choisissant une telle cible, c’est-à-dire l’entrée d’une discothèque un vendredi soir, le kamikaze voulait tuer et blesser un maximum de civils et devait savoir que beaucoup d’enfants figureraient au nombre des victimes.

La plupart des jeunes tués ce jour-là étaient des immigrés originaires de
l’ex-Union soviétique arrivés en Israël ces dernières années. Parmi eux figuraient Raisa Namirovsky (quinze ans), de Nétanya, et son amie et voisine Maria Tagilchev (quatorze ans), devant l’école desquelles une voiture piégée avait explosé deux jours avant ; Yevgenia (Jenia) Keren Dorfman (quinze ans), qui a subi de graves lésions au cerveau et est morte dix-huit jours plus tard ; Katherine Kastanada Talker (quinze ans), lycéenne de Ramat Gan ; Yulia Nelimov, seize ans, dont la sœur Yelena, dix-huit ans, a aussi été tuée ; Irina Nepomneschi, seize ans, étudiante en gestion des entreprises, originaire de Bat Yam ; Anya Kazachkov et son amie Mariana Medvedenko, toutes deux âgées de seize ans ; Marina Berkovski, de Tel-Aviv, qui venait à la discothèque fêter son
dix-septième anniversaire ; et Aleksei Lupalu, qui était arrivé d’Ukraine seulement six mois auparavant.

« Je les regardais, ils riaient tous. », a raconté le propriétaire d’un kiosque situé à 15 mètres de la discothèque. « Les garçons flirtaient avec les filles. Ils étaient tous de bonne humeur, ils ressemblaient à des anges, si bien habillés15. »

Un peu plus de deux mois après l’attentat du Dolphinarium, le 9 août, un autre grave attentat-suicide a frappé la pizzeria Sbarro, située dans un carrefour animé au cœur de Jérusalem-Ouest. Un homme est entré dans la pizzeria à l’heure de pointe du déjeuner et a déclenché une bombe puissante bourrée de clous, tuant 14 civils, dont sept enfants, et blessant plus d’une centaine de personnes.
Le Djihad islamique et le Hamas ont tous deux revendiqué cet attentat. Parmi les victimes figuraient, entre autres, Michal Raziel, seize ans, et son amie de longue date Malka Roth, quinze ans ; les deux jeunes filles s’étaient arrêtées pour déjeuner à la pizzeria avant de se rendre à Talpiot participer aux activités du mouvement de jeunes dont elles faisaient partie. Cinq membres de la famille Schijveschuurder, demeurant à Neria, ont aussi été tués dans cet attentat, et deux autres blessés : Tzira et Mordechai Schijveschuurder sont morts, ainsi que leurs filles Raaya et Hemda (quatorze et deux ans) et leur fils Avraham Yitzhak, quatre ans. Leurs deux autres filles ont été blessées. La famille était venue passer la journée à Jérusalem pour se détendre du stress causé par les fusillades fréquentes autour de leur maison, située dans l’implantation de Neria, en Cisjordanie.

« La dernière fois que j’ai vu mon frère Avraham Yitzhak, a raconté Haya Schijveschuurder depuis son lit d’hôpital, il était allongé sur un brancard dans une ambulance. Il avait un bandage sur le visage. Il avait quatre ans […]
Nous avions faim, alors maman a dit que nous pourrions aller manger au restaurant. Dans ce restaurant, on paie avant d’aller s’asseoir manger. Alors que nous étions à la caisse, nous avons soudain entendu une explosion. J’ai couru aussi vite que j’ai pu. Je n’ai rien regardé, je suis juste sortie en courant.
Un secouriste, je ne sais pas son nom, m’a emmenée vers une ambulance et c’est là que j’ai vu Avraham Yitzhak pour la dernière fois
16. »

Tamara Shimashvili, huit ans, qui vivait à Jérusalem, a également été tuée, ainsi que sa mère Lily. Son père se trouvait à Moscou au moment de l’attentat. Lily et Tamara étaient arrivées de Moscou pour rejoindre le reste de leur famille en Israël seulement huit mois auparavant. Yocheved Shoshan, âgée de dix ans, était venue déjeuner à la pizzeria avec sa mère et ses sœurs, Rachel et Michal. Elles s’étaient installées au deuxième étage, mais Yocheved et Michal étaient redescendues au rez-de-chaussée, où l’explosion s’est produite, pour commander une autre part de pizza. Yocheved a été tuée sur le coup et Michal grièvement blessée.

Le 16 février 2002, un homme qui avait caché sur lui des bombes à clous les a fait sauter au prix de sa vie, dans une pizzeria du centre commercial de Karnei Shomron, implantation israélienne de Cisjordanie, tuant trois adolescents : Keren Shatzki, quatorze ans, qui s’était rendue au centre commercial Yuvalim pour manger une pizza avec des amis ; Nehemia Amar, quinze ans, venu à la pizzeria avec son frère aîné Moshe, qui l’avait quitté une minute avant l’explosion ; et Rachel Thaler, seize ans, qui ne s’est pas remise de ses graves blessures à la tête et est restée dans le coma jusqu’à sa mort le 27 février, douze jours après l’attentat. Le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP)
a revendiqué cet attentat.

Dans la soirée du 2 mars 2002, 12 personnes ont été tuées et plus
de 50 blessées dans un attentat-suicide près d’une synagogue du quartier orthodoxe de Beit Yisrael, à Jérusalem. Le terroriste a fait exploser sa bombe près d’un groupe de femmes attendant, avec leurs poussettes, que leurs maris sortent de la synagogue voisine après les prières du coucher du soleil marquant la fin du shabbat. Parmi les victimes figuraient sept enfants. Shiraz Nehmad, six ans, et sa sœur Liran, deux ans, ont été tués dans l’attentat, ainsi que leurs parents et leurs cousins Lidor et Oriah Ilan, âgés de douze ans et de dix-huit mois, et Shaul et Avraham Eliahu Nehmad, respectivement quinze et dix-sept ans. Avraham Eliahu a perdu un bras et subi de graves lésions internes ; il n’a jamais repris connaissance et est mort des suites de ses blessures le 20 juin.
Un bébé de sept mois, Yaakov Avraham, a aussi été tué, ainsi que sa mère, Tzofia Eliahu, vingt-trois ans. La famille de ce bébé habitait dans le quartier de Beit Yisrael et, ce samedi-là, Tzofia était allé rendre visite à sa sœur, qui habitait tout près, avec ses deux enfants Shira, deux ans, et Yaakov. Tous les quatre étaient sortis faire une promenade.

« Sur le chemin du retour, Yaakov a commencé à pleurer et Tzofia l’a sorti de la poussette », a raconté sa sœur Livnat. Celle-ci a continué de marcher avec Shira et la poussette, quand elle a entendu l’explosion. « Je me suis retournée et je n’ai pas vu Tzofia ni Yaakov. Je n’ai vu que des flammes17. »

Cet attentat a été revendiqué par les Brigades des martyrs d’Al Aqsa.

Les enfants tués lors d’autres attaques

Des enfants israéliens ont aussi été tués lors de fusillades ciblées ou d’autres attaques contre des cibles civiles telles que des maisons d’habitation,
des voitures ou des bus.

Shalhevet Pass avait dix mois quand elle a été tuée par balle par un tireur isolé palestinien depuis une colline située en face de l’entrée de l’implantation Avraham Avinu Israeli, à Hébron, le 26 mars 2001. Elle a reçu une balle en pleine tête alors que ses parents essayaient de la protéger. Selon les autorités israéliennes, une des balles tirées par le Palestinien est entrée dans la tête du bébé, traversant son crâne et blessant son père à la jambe. Le 16 août 2002, les FDI
ont annoncé aux médias qu’elles avaient arrêté l’auteur de cet homicide.

Yehuda Shoham, cinq mois, qui vivait dans l’implantation de Shilo, en Cisjordanie, a été grièvement blessé à la tête par une pierre lancée par des Palestiniens. La pierre a traversé le pare-brise de la voiture de ses parents alors qu’ils se trouvaient à proximité de leur domicile, le 5 juin 2001. Le bébé souffrait de graves lésions au cerveau et est resté dans le coma et sous respiration artificielle à l’hôpital jusqu’à sa mort, le 11 juin.

Deux adolescents, Shoshana Ben-Yishai, seize ans, et Menashe Regev, quatorze ans, ont été tués le 4 novembre 2001 au carrefour de French Hill, au nord de Jérusalem, lors de l’attaque d’un bus de banlieue par un homme armé appartenant au Djihad islamique. Quarante-cinq personnes ont été blessées dans cette attaque.

Un bébé de neuf mois, Avia Malka, a été tué par deux Palestiniens qui ont tiré des coups de feu et lancé des grenades sur des voitures et des piétons à Nétanya le 9 mars 2002. Une autre personne a été tuée et une cinquantaine d’autres blessées, dont plusieurs grièvement. Cette attaque a été revendiquée par les Brigades des martyrs d’Al Aqsa.

Le 27 avril 2002, trois hommes armés ont attaqué des habitants d’Adura, implantation israélienne de Cisjordanie. Dans la chambre d’une des maisons, un homme armé a tué une fillette de cinq ans, Danielle Shefi, qui se cachait sous un lit. Il a aussi blessé sa mère Shiri et ses frères Uriel, quatre ans, et Eliad, deux ans. Trois adultes ont également été tués dans d’autres parties de l’implantation.
Les brigades Ezzedine el Qassam (branche militaire du Hamas) ont revendiqué cette attaque qu’elles ont qualifié d’« opération héroïque et audacieuse18 ».

Les principes interdisant de prendre
pour cible des enfants et d’autres civils

L’un des principes fondamentaux du droit international humanitaire est que les parties impliquées dans un conflit doivent à tout moment faire la distinction entre les civils (et donc les enfants) et les combattants, ainsi qu’entre les biens civils et les objectifs militaires. Il est interdit de prendre pour cible des civils, c’est-à-dire des personnes qui n’appartiennent pas aux forces armées de l’un ou l’autre camp. Ce principe, appelé principe de distinction, est une règle fondamentale du droit international humanitaire coutumier qui lie toutes les parties à un conflit, que celui-ci soit international ou non19.

Amnesty International condamne sans réserves toutes les attaques contre des enfants et d’autres civils, quelle que soit la cause pour laquelle leurs auteurs se battent, et quelles que soient les raisons qu’ils avancent pour justifier leurs actes. Le fait de prendre pour cible des civils, peu importe leur âge, et de ne tenir aucun compte de leur sort est contraire aux principes fondamentaux d’humanité qui devraient s’appliquer dans toutes les circonstances et à tout moment.

Les obligations d’Israël en tant que puissance occupante

Les obligations de la puissance occupante sont définies dans la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (Quatrième Convention de Genève), adoptée par les Nations unies en 1949, dont Israël est une Haute Partie contractante. Les enfants palestiniens, comme tous les résidents des Territoires occupés, bénéficient de la protection de cette Convention, aux termes de laquelle ils ont le statut de « personnes protégées20 ».

Bien qu’Israël ait décrété par le passé que la Quatrième Convention de Genève ne s’appliquait pas aux Territoires occupés (la Cisjordanie, dont Jérusalem-Est,
et la bande de Gaza), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les Nations unies et la communauté internationale en général considèrent au contraire
qu’elle s’y applique pleinement et que, conformément à cette Convention,
les Palestiniens sont une population protégée.

Par ailleurs, aux termes d’importants traités des Nations unies relatifs aux droits humains qu’il a ratifiés et qu’il est obligé de respecter, l’État d’Israël a également l’obligation de protéger les droits humains, dont le droit à la vie. Parmi ces traités figurent notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et la Convention relative aux droits de l’enfant.

En ce qui concerne la manière dont les enfants palestiniens sont traités par le gouvernement israélien dans ce contexte, d’autres normes relatives aux droits humains, contraignantes pour tous les membres des Nations unies, sont particulièrement pertinentes. Il s’agit du Code de conduite des Nations unies pour les responsables de l’application des lois et des Principes de base des Nations unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois.

En effet, beaucoup d’enfants palestiniens ont été tués à la suite d’un recours abusif et totalement disproportionné à la force de la part des FDI. Or, les articles 2 et 3 du Code de conduite pour les responsables de l’application des lois stipulent : « Dans l’accomplissement de leur devoir, les responsables de l’application des lois doivent respecter et protéger la dignité humaine et défendre et protéger les droits fondamentaux de toute personne. […] Les responsables de l’application des lois peuvent recourir à la force seulement lorsque cela est strictement nécessaire et dans la mesure exigée par l’accomplissement de leurs fonctions. »

L’article 3 précise que l’emploi d’armes à feu est considéré comme un moyen extrême et dispose spécifiquement que « tout devrait être entrepris pour exclure l’emploi d’armes à feu, spécialement contre des enfants ».

Avant le début de l’actuelle Intifada en 2000, la réglementation israélienne relative à l’usage des armes à feu autorisait l’utilisation d’armes à feu non meurtrières
pour disperser des manifestants ou arrêter des suspects. À l’époque, les soldats ripostaient souvent aux manifestations d’enfants palestiniens, généralement accompagnées de jets de pierres, en tirant des balles métalliques recouvertes de caoutchouc. Ces balles peuvent tuer, en particulier quand elles sont tirées de près. Elles sont constituées d’un lourd noyau métallique recouvert d’une fine couche de caoutchouc dur ou de plastique, et elles ont un pouvoir de pénétration considérable.

Selon les propres règlements des FDI, ces balles ne sont pas destinées à être utilisées à faible distance et ne doivent être tirées que vers les membres inférieurs. En outre, il est explicitement interdit de les utiliser contre des enfants. Pourtant, les FDI ont régulièrement utilisé ces balles contre des manifestants mineurs à des distances beaucoup plus faibles que la distance minimale autorisée, qui est de 40 mètres. En outre, le type des blessures constatées indique que les soldats ne visaient pas les jambes des manifestants, puisque la plupart des enfants blessés par des balles caoutchoutées ont été touchés sur le haut du corps et à la tête.

Il est difficile de savoir quelle est, à l’heure actuelle, la réglementation israélienne relative à l’usage des armes à feu. En effet, peu de temps après le début de l’Intifada21, les autorités israéliennes ont cessé de fournir des informations à ce sujet. Néanmoins, les blessures relevées sur des enfants et d’autres civils palestiniens montrent que, dès les premiers jours de l’Intifada, les FDI ont utilisé des balles réelles en plus des balles caoutchoutées, et que très vite les balles réelles ont remplacé les balles caoutchoutées. Ainsi, l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA) a constaté une augmentation régulière du nombre de blessures par balles réelles à partir du 1er octobre 2000, soit trois jours après le début du soulèvement palestinien, accompagnée d’une diminution proportionnelle de l’usage des balles caoutchoutées.

On ne sait pas quelles instructions ont reçues les soldats des FDI au sujet des attaques contre des enfants, pour peu qu’ils en aient reçues. Néanmoins,
le nombre d’enfants tués ou blessés par les FDI dans les Territoires occupés au cours de ces deux dernières années, ainsi que le fait que ces enfants aient généralement été touchés à la tête ou sur la partie supérieure du corps, montrent que les soldats des FDI ont utilisé leurs armes à feu contre des enfants palestiniens en violation constante des normes internationales réglementant l’usage de la force et des armes à feu22.

« Les responsables de l’application des lois ne doivent pas faire usage d’armes à feu contre des personnes, sauf en cas de légitime défense ou pour défendre des tiers contre une menace imminente de mort ou de blessure grave, ou pour prévenir une infraction particulièrement grave mettant sérieusement en danger des vies humaines, ou pour procéder à l’arrestation d’une personne présentant un tel risque et résistant à leur autorité, ou l’empêcher de s’échapper, et seulement lorsque des mesures moins extrêmes sont insuffisantes pour atteindre ces objectifs. Quoiqu’il en soit, ils ne recourront intentionnellement à l’usage meurtrier d’armes à feu que si cela est absolument inévitable pour protéger des vies humaines. »

Les obligations des groupes armés palestiniens
et de l’Autorité palestinienne

L’Assemblée générale des Nations unies a reconnu la légitimité de la lutte des peuples contre les dominations coloniales et étrangères ou les occupations étrangères, au nom de leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance23. Cependant, comme mentionné ci-dessus, le droit international humanitaire énonce des normes de comportement humain qui s’appliquent tant aux forces gouvernementales qu’aux groupes armés, et exigent que la force ne soit utilisée que conformément à un certain nombre de principes fondamentaux valables en toutes circonstances. Selon le CICR, autorité suprême pour l’interprétation du droit international humanitaire, «... lorsque la force armée est employée, le choix des moyens et des méthodes de guerre n’est pas illimité ».

Par conséquent, l’affirmation des groupes armés palestiniens selon laquelle le droit international n’impose aucune restriction aux moyens utilisés pour combattre une puissance occupante est contraire à l’une des règles les plus fondamentales du droit international humanitaire24.

Dans leurs attaques, les groupes armés palestiniens ne font aucune distinction entre les objectifs militaires et les civils, parmi lesquels des enfants.
Voici quelques-unes des raisons qu’ils avancent pour justifier leurs attaques contre des civils israéliens : ils n’ont pas d’autres moyens pour combattre une puissance occupante qui dispose d’une des armées les plus modernes et les plus puissantes du monde25 ; la religion et le droit international autorisent les parties en lutte contre une puissance occupante à utiliser tous les moyens de résistance possibles ; ils agissent en riposte aux homicides commis par Israël contre des membres des groupes armés et des Palestiniens en général ; les attaques aveugles et les attaques contre des civils sont les seuls moyens dont ils disposent pour avoir un impact sur un adversaire beaucoup plus puissant ; les Israéliens en général ou les colons en particulier ne sont pas des civils.

Quoi qu’il en soit, aucune des violations commises par l’armée israélienne, quelles qu’en soient l’échelle ou la gravité, ne saurait justifier les attaques et les homicides d’enfants israéliens ou de tout autre civil par des groupes palestiniens. L’interdiction de prendre pour cible des civils est absolue, et l’obligation de respecter ce principe ne peut être ignorée au motif qu’Israël ne respecte pas
ses propres obligations.

Par ailleurs, même s’il n’existe pas d’État palestinien, l’Autorité palestinienne a aussi l’obligation de respecter les principes relatifs à la protection des civils mentionnés ci-dessus. Sa capacité à contrôler les groupes armés a été entravée par une destruction systématique, par les FDI, de ses installations liées à la sécurité, ainsi que par les restrictions sur les déplacements et les activités imposées par Israël. Néanmoins, cette situation ne restreint en aucune manière son obligation de faire tout son possible et de prendre des mesures concrètes pour empêcher les groupes armés palestiniens et les membres de ses forces de sécurité de mener des attaques contre des civils israéliens dans les Territoires occupés et en Israël.

L’obligation de protéger les droits de tous les enfants

La notion de droits spécifiques à l’enfance découle de la reconnaissance universelle du fait que les enfants, en raison de leur immaturité physique et psychologique, ont besoin de leur famille et de leur entourage et, plus largement, des structures politiques et économiques établies par les adultes, pour assurer leur bien-être.

Les normes internationales protègent les enfants contre toutes les formes de violence, quels qu’en soient le motif et l’auteur. La Convention relative aux droits de l’enfant constitue un instrument de référence en matière de droits des enfants dans un large éventail de situations26.

L’État d’Israël a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant en 1991.
Par cette ratification, il s’est engagé à respecter les droits énoncés dans cette Convention et à les garantir à tout enfant relevant de sa juridiction, sans discrimination d’aucune sorte27. Par conséquent, il doit accorder les mêmes
droits et la même protection aux enfants palestiniens qu’aux enfants israéliens. Or, dans les faits, les autorités israéliennes ne respectent pas cette obligation.
Non seulement les enfants palestiniens des Territoires occupés ne bénéficient pas du même degré de protection que les enfants israéliens, mais en plus ils subissent de graves violations de la part des FDI ou d’autres forces de sécurité israéliennes. Dans son rapport au Comité des droits de l’enfant28, le gouvernement israélien n’a fourni aucune information sur la situation des enfants palestiniens dans
les Territoires occupés29.

Étant donné qu’il n’existe pas d’État palestinien, l’Autorité palestinienne n’a pas ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant mais elle s’est, à plusieurs reprises, engagée à en respecter les dispositions30. Quoi qu’il en soit, indépendamment de cet engagement, l’Autorité palestinienne a l’obligation de respecter les dispositions du droit international évoquées ci-dessus et de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer le respect et la protection des enfants et des autres civils.

L’impunité, facteur favorable à la poursuite des homicides d’enfants

Les homicides d’enfants, qui sont devenus une pratique si établie et si répandue au cours de ces deux dernières années, se sont développés sur le terreau de l’impunité dont ont bénéficié les auteurs de tels crimes pendant de nombreuses années avant l’actuelle Intifada. Ainsi, entre 1987 et 2000, c’est-à-dire pendant les treize années qui ont précédé l’Intifada, quelque 280 enfants palestiniens ont été tués dans les Territoires occupés, la plupart par les FDI et quelques-uns par des colons israéliens. Dans la même période, 18 enfants israéliens étaient tués par des Palestiniens,
la plupart en Israël et les autres dans les Territoires occupés. Or, les responsables de ces crimes s’en sont invariablement sortis sans être aucunement inquiétés.

Dans la très grande majorité des cas, les autorités israéliennes n’ont mené aucune enquête appropriée et les soldats et colons israéliens responsables d’homicides d’enfants palestiniens n’ont pas été traduits en justice. Même dans les rares cas où des Israéliens ont été jugés pour avoir tués des enfants palestiniens, les peines qu’ils ont reçues étaient sans commune mesure avec la gravité du crime qu’ils avaient commis. Par exemple, en janvier 2001, le tribunal de district de Jérusalem a condamné un homme israélien de trente-sept ans à six mois de travaux d’intérêt général pour le meurtre d’un enfant palestinien de onze ans. Au même moment, une jeune femme palestinienne de dix-huit ans était condamnée à six ans et demi d’emprisonnement pour avoir frappé d’un coup de couteau et insulté un colon israélien quand elle avait quinze ans31.

De même, les Palestiniens responsables d’homicides d’enfants israéliens après la création de l’Autorité palestinienne, en 1993, n’ont pas non plus été inquiétés.
Au milieu et à la fin des années 90, l’Autorité palestinienne a arrêté des centaines de personnes, parmi lesquelles des membres et sympathisants de groupes armés tels que le Hamas et le Djihad islamique, dont les branches armées avaient commis des homicides contre des enfants israéliens. Cependant, ces arrestations étaient souvent motivées par des considérations politiques. Elles étaient menées dans l’objectif de museler toute opposition à l’Autorité palestinienne et à sa politique, ou en réponse aux pressions israéliennes et internationales qui réclamaient des actions contre les groupes armés, plutôt que dans un souci réel de traduire en justice les auteurs de crimes graves32. Les personnes arrêtées étaient souvent détenues sans inculpation ou jugées par la Cour de sûreté de l’État, dans le cadre de procédures violant les normes internationales relatives à l’équité des procès, mais n’étaient nullement poursuivies pour des homicides d’enfants ou d’autres civils israéliens.

Depuis le début de l’actuelle Intifada et tout au long de ces deux dernières années, le problème de l’impunité a pris une dimension sans précédent. Les organisations de défense des droits humains israéliennes, palestiniennes et internationales qui ont mené des recherches et recueilli des témoignages sur les homicides de civils en général et d’enfants en particulier ont toutes conclu que l’impunité était un phénomène très répandu et bien établi, qui contribuait à encourager les auteurs de tels actes à continuer. Cette conclusion a été confirmée par les experts de l’armée et de la police qui ont participé aux enquêtes d’Amnesty International.

L’impunité dans le contexte de l’actuelle Intifada

Des hauts responsables du gouvernement israélien et des FDI ont déclaré à Amnesty International que les soldats n’utilisaient la force meurtrière que pour riposter à des attaquants palestiniens qui menaçaient leur vie, et seulement quand ils pouvaient identifier avec précision l’origine des coups de feu. Ils ont souligné qu’ils faisaient tout leur possible, par le choix des moyens et des méthodes, pour limiter le nombre de victimes civiles. Or, ces affirmations ne correspondent pas à la réalité des homicides d’enfants relatés dans ce document et dans d’autres rapports d’Amnesty International et d’autres organisations. Elles sont aussi en contradiction avec les cas fréquents et incessants de tirs inconsidérés des FDI contre des enfants et d’autres civils, dont des représentants d’Amnesty International et d’autres organisations ont été les témoins.

Le nombre important d’enfants tués ou blessés, ainsi que les circonstances dans lesquelles ils ont été attaqués (telles que décrites dans la première partie de ce rapport), montrent que, trop souvent, les FDI ont pris peu ou pas du tout de précautions pour éviter de toucher des enfants. En outre, étant donné la qualité des renseignements dont disposent les FDI à propos des Territoires occupés, comme elles l’affirment elles-mêmes et comme le montre la précision de certaines de leurs opérations, il est difficile de croire que ceux qui ont ordonné, planifié et approuvé certaines attaques de l’armée israélienne contre des zones d’habitation densément peuplées ne pouvaient pas prévoir que des enfants risquaient d’être tués ou blessés dans ces opérations. Le recours à des obus tirés par des chars, à des bombardements aériens ou à des objets piégés dans des zones d’habitation surpeuplées de la bande de Gaza – qui est une des régions les plus densément peuplées du monde, et dont la population est constituée d’une majorité d’enfants – entraîne inévitablement un risque très élevé de toucher des civils, dont des enfants. Dans de telles circonstances, les déclarations des responsables israéliens affirmant que tout avait été fait pour ne pas toucher des enfants et que les homicides de civils étaient des erreurs semblent donc assez hypocrites – d’autant plus quand de telles « erreurs » se reproduisent et quand les homicides d’enfants ne font jamais l’objet d’aucune enquête.

En effet, à notre connaissance, aucune enquête judiciaire n’a jamais été menée sur les cas d’enfants tués par les FDI dans les Territoires occupés. Il est parfois arrivé que des hauts responsables du gouvernement israélien déclarent publiquement qu’une enquête serait ouverte. Ce fut notamment le cas dans des affaires très médiatisées sur le plan international, comme celles d’Iman Hijju, d’Hikmat al Malalha, des frères Istal ou du bombardement de Gaza (décrites dans la première partie de ce document). Cependant, même lorsque de tels engagements ont été pris, les témoins ou les personnes blessées en même temps que les victimes, qui auraient pu fournir des informations précieuses pour l’enquête, n’avaient toujours pas été interrogés ni même contactés par les autorités israéliennes plusieurs mois après les faits. Manifestement, aucune enquête judiciaire n’a jamais été ouverte sur ces affaires.

À plusieurs reprises, Amnesty International a interpellé des hauts responsables du gouvernement israélien et des FDI au sujet de ses préoccupations concernant l’absence d’enquêtes sur les homicides d’enfants et d’autres civils, ainsi que l’impunité dont jouissent les auteurs de tels crimes. Les responsables israéliens ont systématiquement répondu qu’aucune enquête n’était nécessaire dans les circonstances actuelles, qui sont celles d’un conflit armé. Le 16 janvier 2001,
lors d’une rencontre avec des délégués d’Amnesty International, le responsable du service juridique des FDI a affirmé : « Aucune armée ne mène d’enquêtes en temps de guerre. » Le 14 mai 2002, lors d’une autre rencontre avec des représentants des FDI, les délégués d’Amnesty International se sont entendus répondre : « Je n’ai pas d’enquête à mener. Nous avons fait des erreurs qui ont fait des victimes des deux côtés, mais aucun Palestinien n’a été tué délibérément. » Le 5 août 2002, le directeur adjoint du service des droits humains au sein du ministère des Affaires étrangères israélien a déclaré aux délégués d’Amnesty International : « Dans une lutte armée, des enquêtes ne sont ouvertes que si l’on soupçonne que quelque chose ne va pas […] généralement, on n’ouvre une enquête que si l’on sait que l’acte était délibéré. »

La position des autorités israéliennes selon laquelle les enquêtes sur les homicides de civils ne sont pas indispensables dans les situations de conflit armé est en totale contradiction avec les obligations de l’État d’Israël aux termes des traités internationaux relatifs aux droits humains qu’il a ratifiés – qui contiennent des articles auxquels nul ne peut déroger, même « dans le cas où un danger public exceptionnel menace l’existence de la nation33 ».

L’insistance avec laquelle les autorités israéliennes soutiennent qu’aucune enquête n’est requise – alors que plus de 250 enfants et des centaines d’autres civils ont été tués par les FDI en moins de deux ans – et le fait que les auteurs d’homicides d’enfants (que ce soit lors de manifestations ou d’épisodes de jets de pierre, dans des fusillades inconsidérées ou dans des pilonnages ou bombardements de zones d’habitation) n’aient pas été traduits en justice ont incontestablement encouragé les soldats israéliens à recourir à la force meurtrière de manière illégale et abusive.

De leur côté, les groupes armés palestiniens ne cherchent pas à cacher le fait qu’ils visent des civils, dont des enfants, et revendiquent généralement leurs attentats. Souvent, notamment dans la plupart des cas où de nombreux enfants ont été tués, les auteurs de l’attentat se sont tués eux-mêmes (lors d’attentats-suicides) ou ont été tués par les FDI pendant ou juste après l’attaque. Quelques-uns ont réussi à s’échapper. Certains auraient par la suite été tués ou arrêtés par les forces de sécurité israéliennes, d’autres seraient encore en fuite.

L’Autorité palestinienne n’a jamais pris les mesures nécessaires pour arrêter les responsables d’homicides d’enfants et d’autres civils israéliens. Elle a affirmé à plusieurs reprises que la capacité opérationnelle de ses forces de sécurité avait été fortement entamée par le fait que les FDI avaient systématiquement bombardé et détruit leur quartier général et leurs installations, pris pour cible les membres des services de sécurité et restreint leurs déplacements34. Elle a aussi déclaré que si les forces de sécurité israéliennes, qui disposent de plus de moyens en termes de renseignements et d’équipements et qui sont totalement libres de leurs mouvements, n’arrivaient pas à localiser ni à arrêter les Palestiniens recherchés, il n’était pas raisonnable d’attendre des forces palestiniennes qu’elles y parviennent35.

En réponse aux pressions croissantes des Israéliens et de la communauté internationale, l’Autorité palestinienne a affirmé qu’elle avait « fait tout son possible pour empêcher les opérations terroristes » et a rappelé qu’elle avait « arrêté des centaines de personnes soupçonnées d’avoir violé le couvre-feu », interdit les organisations paramilitaires et prohibé tout transfert financier vers ces organisations.

Il est difficile de déterminer avec certitude dans quelle mesure la persistance et l’intensification des attentats commis contre des civils par des groupes armés basés dans les zones sous contrôle palestinien sont dues à l’affaiblissement des structures de sécurité de l’Autorité palestinienne par les attaques des FDI contre des installations et des centres de détention palestiniens, à la complicité ou à l’inaction des responsables de l’Autorité palestinienne et des membres des forces de sécurité palestiniennes, qui font preuve d’une certaine bienveillance à l’égard des groupes armés, ou au soutien important dont bénéficient ces groupes armés au sein de la population. Les éléments disponibles tendent à montrer que chacun de ces facteurs contribue à l’escalade de la situation dans les zones sous contrôle palestinien, ainsi qu’au climat d’impunité généralisée.

Néanmoins, quelle que soit l’influence de ces facteurs sur la capacité de l’Autorité palestinienne à faire respecter l’État de droit dans les zones relevant de sa juridiction, celle-ci n’en reste pas moins obligée de prendre des mesures concrètes pour empêcher les attentats de groupes palestiniens contre des enfants et d’autres civils israéliens, de mener des enquêtes exhaustives et impartiales sur ces attentats, et d’en traduire les responsables en justice conformément aux normes internationales d’équité.

Les répercussions des autres formes
d’atteintes aux droits des enfants

Ce rapport met l’accent sur les homicides d’enfants, qui sont la forme la plus extrême et la plus irréversible de violence. Néanmoins, il est important de signaler que la situation qui s’est instaurée au cours de ces deux dernières années en Israël et dans les Territoires occupés a eu des répercussions négatives considérables sur la vie des enfants palestiniens et israéliens.

Pour chaque enfant tué, beaucoup d’autres ont été blessés, estropiés ou mutilés. Ainsi, entre le début de l’Intifada et la fin d’août 2002, quelque 7 000 enfants palestiniens ont été blessés dans des attaques des FDI et de colons israéliens, et des centaines d’enfants israéliens ont été blessés par des Palestiniens armés. Les enfants palestiniens et israéliens qui ont survécu ou assisté à des explosions ou à d’autres attaques, dans lesquelles certains de leurs proches ou amis ont parfois été tués ou blessés, ont été tellement traumatisés qu’ils pourraient ne jamais s’en remettre. Dans les Territoires occupés, les enfants palestiniens ont souvent été exposés à des situations dans lesquelles leur vie était menacée. En effet, les FDI utilisent couramment des avions de combat F16, des hélicoptères Apache, des chars et des véhicules blindés de transport de troupes pour bombarder et pilonner des camps de réfugiés ou d’autres zones d’habitation densément peuplés. De leur côté, les enfants israéliens qui vivent dans les implantations des Territoires occupés ont été exposés aux attaques de mortier et aux fusillades des groupes armés palestiniens contre des implantations juives et sur les routes menant à ces implantations.

Par ailleurs, des dizaines d’enfants palestiniens ont aussi été arrêtés par les FDI, détenus au secret sans pouvoir communiquer avec leur famille et soumis à la torture et à des mauvais traitements ; des milliers d’autres ont vu leur maison détruite par les FDI. En outre, les bouclages, couvre-feux et autres restrictions des déplacements de biens et de personnes imposés par les FDI dans les villes et les villages palestiniens des Territoires occupés ont aussi eu de graves conséquences sur la vie quotidienne de centaines de milliers d’enfants palestiniens, limitant leur accès à l’éducation et aux soins médicaux36. Ces mesures se sont également traduites par une forte diminution du revenu de la quasi-totalité des foyers palestiniens et par des pénuries alimentaires qui ont entraîné une augmentation des cas de malnutrition, d’anémie et d’autres maladies37.

Conclusion et recommandations

Les exemples présentés dans ce rapport ne représentent qu’une petite partie des centaines de cas d’homicides d’enfants palestiniens tués par les FDI et d’enfants israéliens tués par des groupes armés palestiniens qui ont été recensés.
Ils illustrent une attitude de mépris croissant de toutes les parties au conflit à l’égard du droit à la vie des membres les plus vulnérables des populations civiles israélienne et palestinienne.

Le respect du droit à la vie doit être rétabli. Seul un changement de mentalité des Israéliens et des Palestiniens pourra empêcher que d’autres enfants ne soient tués. En vertu de cette nouvelle mentalité, toutes les parties au conflit devraient reconnaître l’importance de chaque vie d’enfant et agir conformément aux principes fondamentaux d’humanité énoncés dans le droit international.

Recommandations au gouvernement israélien

Amnesty International appelle le gouvernement israélien à :

• respecter son engagement, en tant qu’État partie à de grands traités internationaux relatifs aux droits humains tels que la Convention relative aux droits de l’enfant et le PIDCP, à respecter le droit à la vie de tous les enfants et à agir dans leur intérêt supérieur ;

• ordonner à ses forces armées de respecter les normes internationales relatives aux droits humains qui réglementent l’utilisation de la force et des armes à feu, de n’utiliser la force meurtrière des armes à feu que lorsque que c’est indispensable pour sauver des vies et lorsque les moyens moins extrêmes ne suffisent pas, et de faire tout leur possible pour éviter de recourir aux armes à feu, en particulier contre des enfants, conformément aux normes internationales ;

• prendre dans les plus brefs délais des mesures concrètes pour mettre fin aux tirs aveugles, inconsidérés et disproportionnés des FDI dans des zones d’habitation et pour s’assurer que les opérations des FDI ne risquent pas de blesser ou de tuer des enfants et d’autres civils de manière inconsidérée ;

• faire en sorte qu’une enquête exhaustive et impartiale soit rapidement menée sur chaque cas d’enfant tué par les FDI ou par des colons israéliens, que les conclusions de cette enquête soient rendues publiques et que les responsables de ces attaques illégales soient jugés dans le cadre de procès équitables ;

• autoriser le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires à se rendre en Israël et dans les Territoires occupés ;

• veiller à ce que ses forces de sécurité interviennent rapidement et avec efficacité chaque fois que des Palestiniens sont attaqués par des colons israéliens dans les Territoires occupés ;

• s’assurer que les enfants des Territoires occupés puissent bénéficier rapidement et sans encombre des soins médicaux nécessaires.

Recommandations à l’Autorité palestinienne

Amnesty International appelle l’Autorité palestinienne à :

• honorer l’engagement qu’elle a pris de respecter les traités internationaux relatifs aux droits humains, notamment la Convention relative aux droits
de l’enfant et le PIDCP ;

• prendre toutes les mesures possibles pour empêcher efficacement toutes les personnes relevant de sa juridiction de commettre des attentats ou d’autres actes menaçant la sécurité des enfants ou de tout autre civil ;

• faire en sorte qu’une enquête exhaustive et impartiale soit rapidement menée sur chaque cas d’enfant tué par des Palestiniens, que les conclusions de cette enquête soient rendues publiques et que ceux qui ont commis, ordonné ou facilité ces attaques illégales soient jugés dans le cadre de procès équitables ;

• profiter de toutes les occasions qui se présentent à elle de s’adresser à l’opinion publique palestinienne, notamment par le biais des médias palestiniens et arabes (audiovisuels ou autres), pour condamner sans équivoque les homicides d’enfants ou d’autres civils israéliens commis par des Palestiniens en Israël et dans les Territoires occupés, et pour répéter son engagement à appliquer les dispositions du droit international concernant l’interdiction absolue d’attaquer des civils, et en particulier des enfants.

Recommandations aux groupes armés palestiniens

Amnesty International appelle les groupes armés palestiniens à :

• cesser immédiatement de prendre pour cible des enfants ou d’autres civils
en Israël et dans les Territoires occupés.

Recommandations aux dirigeants des groupes armés palestiniens

Amnesty International appelle les dirigeants des groupes armés palestiniens à :

• condamner publiquement et sans équivoque toutes les attaques contre
des enfants ou d’autres civils ;

• donner pour instruction à ceux placés sous leurs ordres ou sous leur influence de n’attaquer en aucun cas des enfants ou d’autres civils, et faire savoir clairement que de telles attaques ne seront pas tolérées.

Autres recommandations d’Amnesty International

• La communauté internationale devrait saisir toutes les occasions d’exhorter le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne à agir dans l’intérêt supérieur de tous les enfants, et en particulier à respecter leur droit à la vie.

• Les États qui fournissent des équipements militaires à Israël, y compris des pièces détachées pour le matériel militaire, devraient exiger des garanties réelles et applicables certifiant que ces équipements ne seront pas utilisés par les FDI dans des opérations susceptibles de causer la mort d’enfants ou d’autres civils.

• Les États qui fournissent des équipements militaires à l’Autorité palestinienne, y compris des pièces détachées pour le matériel militaire, devraient exiger que celle-ci donne des ordres clairs et exerce un contrôle efficace pour s’assurer que ces armes ne seront pas utilisées dans des homicides illégaux d’enfants et d’autres civils.

• Tous les États devraient empêcher qu’une quelconque aide militaire soit fournie aux groupes armés palestiniens qui participent à des attentats contre des enfants et d’autres civils.

Par ailleurs, Amnesty International renouvelle aussi son appel à la communauté internationale pour qu’elle prenne des mesures concrètes en vue d’envoyer des observateurs internationaux en Israël et dans les Territoires occupés, et pour qu’elle travaille résolument à convaincre le gouvernement israélien d’accepter la présence de tels observateurs. L’organisation pense que si des observateurs avaient été envoyés dans la région quand elle et d’autres organisations l’ont demandé pour la première fois, en octobre 2000, la présence de ces observateurs aurait pu sauver la vie de nombreux enfants et autres civils israéliens et palestiniens.














































La version originale en langue anglaise de ce document a été publiée par Amnesty International, Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni, sous le titre ISRAEL AND THE OCCUPIED TERRITORIES AND THE PALESTINIAN AUTHORITY. Killing the future: Children in the line of fire.

La version française a été traduite et diffusée aux sections francophones et au Secrétariat international par LES ÉDITIONS FRANCOPHONES D'AMNESTY INTERNATIONAL - ÉFAI - septembre 2002.

Vous trouverez les documents en français sur LotusNotes, rubrique ÉFAI – IS documents.

Vous pouvez également consulter le site Internet des ÉFAI :www.efai.org

Pour toute information complémentaire, veuillez vous adresser à :















*La version originale en langue anglaise du document résumé ici a été publiée par Amnesty International, Secrétariat international, 1 Easton Street, Londres WC1X 0DW, Royaume-Uni, sous le titre ISRAEL AND THE OCCUPIED TERRITORIES AND THE PALESTINIAN AUTHORITY. Killing the future: Children in the line of fire. La version française a été traduite et diffusée aux sections francophones et au Secrétariat international par LES ÉDITIONS FRANCOPHONES D'AMNESTY INTERNATIONAL - ÉFAI - septembre 2002.

Vous trouverez les documents en français sur LotusNotes, rubrique ÉFAI – IS documents.

Vous pouvez également consulter le site Internet des ÉFAI : www.efai.org

1. Le 29 septembre 2000, les services de sécurité israéliens ont recouru de manière abusive et illégale
à la force meurtrière, tuant cinq personnes, à la suite de la visite très controversée de l’actuel Premier ministre Ariel Sharon – qui était à l’époque député du Likoud à la Knesset (Parlement israélien) – au mont du Temple / al Haram al Charif, l’un des sites les plus importants tant pour les musulmans que pour les juifs. Le mouvement de protestation s’est rapidement étendu à Israël, à toutes les parties de la Cisjordanie et à Gaza, et s’est transformé en un soulèvement contre l’occupation israélienne en Cisjordanie. Ce soulèvement, qui se poursuit à ce jour, est connu sous le nom d’Intifada al Aqsa (du nom de la mosquée située sur le mont du Temple).

2. Selon la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant et la plupart des autres normes internationales, on entend par enfant toute personne âgée de moins de dix-huit ans. C’est aussi cette
définition qu’utilise Amnesty International.

3. Les groupes armés palestiniens ayant revendiqué des attentats dans lesquels des enfants ont été tués sont, entre autres, le Hamas (Mouvement de la résistance islamique), le Djihad islamique, les Brigades
des martyrs d’Al Aqsa et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).

4. Ce rapport porte sur les exactions commises depuis le début de l’Intifada al Aqsa, fin septembre 2000, jusqu’à la fin août 2002.

5. Voir les précédents rapports d’Amnesty International, notamment Israël, Territoires occupés, Autorité palestinienne. Une année d’Intifada, 2001 (index AI : MDE 15/083/01) ; Israël et Territoires occupés. Le lourd tribut des incursions israéliennes, avril 2002 (index AI : MDE 15/042/02) ; Israël, Territoires occupés et Autorité palestinienne. Atteintes au principe de distinction : les attaques contre des civils perpétrées par des groupes armés palestiniens, juillet 2002 (index AI : MDE 02/003/02).

6. Parmi les enfants tués le 30 septembre 2000 figurait un enfant de douze ans, Muhammad al Dura,
dont l’homicide a été filmé par un cameraman de la chaîne de télévision France 2 et diffusé sur les télévisions du monde entier, provoquant une vague de colère et alimentant de nouvelles manifestations et de nouveaux affrontements. Voir le document intitulé Israël, Territoires occupés, Autorité palestinienne.
Une année d’Intifada
(index AI : MDE 15/083/01), décembre 2001, page 16.

7. Pendant les dix premiers jours de l’Intifada, un enfant palestinien de nationalité israélienne a aussi été tué en Israël par les forces de sécurité israéliennes qui ont utilisé la force meurtrière de manière abusive contre
des manifestants. Voir le document intitulé Israël, Territoires occupés, Autorité palestinienne.
Une année d’Intifada,
décembre 2001 (index AI : MDE 15/083/01).

8. Voir le rapport de B’Tselem intitulé Whitewash, The Office of the Judge Advocate General’s Examination of the Death of Khalil al-Mughrabi, 11, on 7 July 2001 [Imposture. Conclusions générales du Bureau du juge militaire sur la mort de Khalil al Mughrabi, âgé de onze ans, le 7 juillet 2001], étude de cas n° 13,
publiée en novembre 2001.

9. Selon des spécialistes militaires, une grenade lancée sur un adversaire au moyen d’un M203 à travers
une fenêtre tuerait ou blesserait non seulement la personne visée, mais aussi toute autre personne présente dans la pièce. Les grenades sont destinées à causer des dommages ciblés, mais quand elles sont utilisées
à plus grande distance dans des zones densément peuplées, elles mettent en danger la vie de la population civile de façon inconsidérée.

10. Le docteur Samer, vétérinaire travaillant pour les Comités de secours agricole palestiniens, revenait en voiture du marché de Jénine et se dirigeait vers sa maison, située à proximité de celle des frères Ghazawi. Il a été touché par le premier obus tiré par le char des FDI, et blessé de quatre balles dans le bas du dos.

11. Dans le cadre de leurs opérations, les FDI ont souvent forcé des Palestiniens à servir de « boucliers humains », en les faisant s’approcher de maisons où risquaient de se trouver des Palestiniens armés o
u des explosifs, ou pénétrer dans ces maisons.

12. Témoignage de Tahani Assad Ali sur le site web de B’Tselem : http://www.btselem.org/

13. Au total, 36 enfants israéliens ont été tués en 2001 (neuf dans les Territoires occupés et 27 en Israël) ; aucun n’a été tué entre le 19 septembre et le 31 décembre 2000.

14. Voir le document d'Amnesty International intitulé Israël, Territoires occupés et Autorité palestinienne. Atteintes au principe de distinction : les attaques contre des civils perpétrées par des groupes armés palestiniens, juillet 2002 (index AI : MDE 02/003/02).

15. Target: Israeli children [Cible : les enfants israéliens], ministère de l’Éducation, État d’Israël, avril 2002.

16. Target: Israeli children [Cible : les enfants israéliens], ministère de l’Éducation, État d’Israël, avril 2002.

18. Site web du Centre palestinien d’information sur les droits humains ; « Hamas military wing claims responsability for West Bank settlement attack » [La branche militaire du Hamas revendique l’attaque contre une implantation de Cisjordanie], BBC, 28 avril 2002. Le Front populaire de libération de la Palestine aurait aussi revendiqué cette attaque : « Adura attack kills four, wounds seven » [Quatre morts et sept blessés dans une attaque à Adura], Haaretz, 28 avril 2002.

19. Le principe de distinction est énoncé dans les quatre Conventions de Genève de 1949
et dans leurs deux Protocoles additionnels de 1977

20. En vertu de la Quatrième Convention de Genève, les Palestiniens ne peuvent pas être tués, torturés, maltraités ni soumis à des traitements humiliants et dégradants. Ils ne peuvent pas non plus être expulsés. Leurs biens ne peuvent pas être détruits, « sauf dans les cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires ». Par ailleurs, les sanctions collectives et les représailles sont interdites.

21. Voir le document intitulé Israël et Territoires occupés. Assassinats commis sur ordre de l’État
et autres homicides illégaux,
février 2001 (index AI : MDE 15/005/02), pp. 23-27.

22. Le principe 9 des Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu
par les responsables de l’application des lois précise :

23. Voir, par exemple, la résolution 44/29 de l’Assemblée générale des Nations unies, en date du 4 décembre 1989.

24. Pour une analyse plus complète, voir le document intitulé Israël, Territoires occupés et Autorité palestinienne. Atteintes au principe de distinction : les attaques contre des civils perpétrées par des
groupes armés palestiniens,
juillet 2002 (index AI : MDE 02/003/02).

25. Des dirigeants importants de groupes politiques palestiniens dont les branches armées mènent
des attaques contre des civils israéliens ont affirmé, notamment au cours d’entretiens avec des délégués d’Amnesty International, que les Palestiniens, s’ils avaient les avions de combat F16, les chars et autres équipements utilisés contre eux par les FDI, mèneraient une « guerre propre » et n’auraient pas besoin
de recourir aux méthodes qu’ils utilisent actuellement.

26. L’un des principes directeurs de la Convention relative aux droits de l’enfant est que « l’intérêt supérieur
de l’enfant »
doit être une considération primordiale dans toutes les décisions et procédures concernant les enfants (article 3). Par ailleurs, les États parties à cette Convention reconnaissent que tout enfant a un droit inhérent à la vie et sont obligés d’assurer, dans toute la mesure possible, la survie et le développement
de l’enfant (article 6).

27. En vertu de l’article 2-1 de la Convention relative aux droits de l’enfant, les États parties doivent
« respecter les droits qui sont énoncés dans la présente convention et […] les garantir à tout enfant
relevant de leur juridiction, sans distinction aucune, indépendamment de toute considération de race,
de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents
ou représentants légaux, de leur origine nationale, ethnique ou sociale, de leur situation de fortune,
de leur incapacité, de leur naissance ou de toute autre situation. »

28. Voir le rapport périodique soumis par Israël au Comité des droits de l’enfant des Nations unies
le 20 février 2001, CRC/C/8/Add.44, 27 février 2002.

29. Le gouvernement israélien refuse systématiquement de reconnaître qu’aucun des traités internationaux relatifs aux droits humains qu’il a signés puisse s’appliquer aux Territoires occupés.

30. Le 5 avril 1995, le président Yasser Arafat a déclaré que, quand elle aurait obtenu le statut d’État,

l’Autorité palestinienne ratifierait la Convention relative aux droits de l’enfant. Par ailleurs, le 9 mai 2002,
lors de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies sur les enfants, Émile Jarjoui, chef de la délégation d’observateurs palestiniens, a déclaré que l’Autorité palestinienne souscrivait à la Convention relative aux droits de l’enfant et considérait la mise en œuvre de ses dispositions comme hautement prioritaire. Il a aussi évoqué un projet de Charte palestinienne des droits de l’enfant, qui reprend les principes énoncés dans la Convention.

31. Voir le communiqué de presse d’Amnesty International intitulé Israël et Territoires occupés. L’homicide d’un Palestinien demeure impuni, en date du 24 janvier 2001 (index AI : MDE 15/003/02, NWS 014/01).

32. Voir les rapports d’Amnesty International intitulés : Israël et Territoires occupés (y compris les territoires relevant de l’Autorité palestinienne). Gaza. Des procès secrets, sommaires et iniques se déroulent au milieu
de la nuit
, juin 1995 (index AI : MDE 15/15/95) ; Autorité palestinienne. Au mépris de la loi : incarcération
de détenus politiques sans inculpation ni procès
, 21 avril 1999 (index AI : MDE 21/03/99).

33. Article 4-1 du PIDCP. Parmi les droits qui ne souffrent aucune dérogation figure le droit à la vie.

34. Depuis le début de l’Intifada, les FDI ont régulièrement bombardé, pilonné ou attaqué par d’autres méthodes les installations des forces de sécurité palestiniennes, ainsi que d’autres bâtiments de l’Autorité palestinienne, tels que les bureaux du président Yasser Arafat, différents ministères, l’aéroport et d’autres structures. En janvier 2002, l’Union européenne a annoncé qu’Israël avait détruit pour 18 millions de dollars (18,3 millions d’euros) de projets financés par l’Union européenne dans les Territoires occupés.

35. Depuis l’automne 2001, les FDI ont mené des incursions régulières dans des zones contrôlées par l’Autorité palestinienne ; elles ont réoccupé beaucoup de ces zones et arrêté des milliers de personnes.

36. Par exemple, pendant les incursions des FDI dans des zones d’habitation palestiniennes en mars et en avril 2002, beaucoup d’écoles de l’UNRWA, ainsi que d’autres établissements scolaires, ont été la cible de coups de feu et ont été occupés, saccagés ou utilisés comme centres de détention. En avril 2002, à Ramallah, pendant l’occupation du ministère de l’Éducation par les FDI, les soldats israéliens ont systématiquement détruit les ordinateurs et les fichiers contenant les dossiers des enseignants et des élèves.

37. Le 15 novembre 2001, le responsable du bureau du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) pour la Cisjordanie et la bande de Gaza a exprimé sa préoccupation quant aux conséquences du conflit prolongé entre les Palestiniens et les Israéliens. Voir le site web de l’UNICEF : http://www.unicef.org/