Document - Philippines. Des tortionnaires échappent à la justice sous le mandat de Benigno Aquino

Philippines : Des tortionnaires échappent à la justice sous le mandat de Benigno Aquino

AMNESTY INTERNATIONAL DÉCLARATION PUBLIQUE AILRC-FR ASA 35/004/2012 26 juin 2012

Philippines. Des tortionnaires échappent à la justice sous le mandat de Benigno Aquino Le président Benigno « Noynoy » Aquino III n'a pas su veiller à ce que des policiers accusés de torture soient traduits en justice en application de la loi philippine contre la torture, a déclaré Amnesty International lors de la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture.

En août 2010, un programme télévisé national d'information a diffusé une vidéo, filmée à l'aide d'un téléphone mobile, montrant un policier en train de torturer un suspect, Darius Evangelista, sous les yeux d'autres agents d'un poste de police de Manille. Sur les images, on pouvait voir Darius Evangelista se tordre de douleur tandis que le policier, identifié comme étant Joselito Binayug, un haut gradé, tirait d'un coup sec sur un câble attaché au pénis du détenu et le fouettait avec une corde.

Après une campagne qui a duré 22 ans, le Parlement philippin a adopté, en 2009, une loi contre la torture (Loi de la République n° 9745) qui prévoit des sanctions pénales en cas d'actes de torture et autres mauvais traitements. En application du principe de responsabilité du commandement, ce texte établit également la responsabilité des supérieurs hiérarchiques qui n'empêchent pas ou ne sanctionnent pas les actes de torture commis par leurs subordonnés.

Dans le cadre des premières poursuites engagées aux termes de la loi contre la torture, Joselito Binayug et six autres policiers ont été inculpés et un mandat d'arrêt a été décerné contre eux en novembre 2011 par le tribunal régional de Manille. Depuis, deux des policiers qui auraient été présents lorsque Darius Evangelista a été torturé au poste de police d'Asuncion se sont livrés à la justice.

Cependant, la responsable de la Commission philippine des droits humains, Loretta Rosales, a annoncé en avril 2012 que le principal suspect de ces actes, Joselito Binayug, avait disparu. Sur les sept policiers inculpés dans cette affaire, cinq sont toujours en liberté. Le même mois, la ministre de la Justice, Leila de Lima, a déclaré aux médias qu'elle pensait que Joselito Binayug était détenu par la police mais le responsable de la police nationale philippine a confirmé la disparition du suspect.

Joselito Binayug a été renvoyé des forces de police en janvier 2011, après qu'une unité spéciale de la police créée pour enquêter sur les allégations de torture au poste de police d'Asuncion eut confirmé qu'il s'agissait bien du policier qui apparaissait sur la vidéo.

Amnesty International a appelé le président Benigno Aquino, en tant que commandant en chef de la police, à ordonner aux forces de l'ordre de coopérer avec le tribunal régional et le ministère de la Justice en procédant à l'arrestation de Joselito Binayug et des quatre autres hommes poursuivis pour les actes de torture subis par Darius Evangelista.

Il faut également que Benigno Aquino annonce clairement que tout policier qui ferait obstruction à l'arrestation de Joselito Binayug devrait rendre des comptes pour avoir « hébergé, dissimulé ou facilité la fuite du principal » suspect, selon les termes de la loi contre la torture.