Document - RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO. Un viol impuni. Bitondo Nyumba



RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO


Un viol impuni


Bitondo Nyumba




HALTE À LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES



AMNESTY INTERNATIONAL

Document public

Index AI : AFR 62/004/2007

ÉFAI

8 mars 2007




La mort de Bitondo Nyumba est restée impunie. Cette femme de cinquante-six ans a succombé après avoir été blessée par des soldats de l'armée régulière qui l'ont agressée et violée en mai 2005. La récente entrée en fonction du nouveau gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) est l'occasion de renouveler les appels en faveur de la justice.


Bitondo Nyumba a été frappée et violée chez elle le 11 mai 2005 par des soldats de l'armée gouvernementale. Cette mère de quatre enfants, qui a perdu son mari, vivait dans le village de Katungulu, dans la province du Sud-Kivu.


Grièvement blessée lors de l'agression, elle a été opérée à l'hôpital public de Nundu. Selon certaines informations, toutefois, les médecins auraient interrompu le traitement qui lui était administré car sa famille n'avait pas les moyens de payer les soins. Des défenseurs des droits humains de la région ont fait en sorte qu'elle soit transférée à l'hôpital général d'Uvira et fourni les fonds nécessaires à une deuxième opération.


Une fois son état stabilisé, Bitondo Nyumba a été transférée à l'hôpital de Panzi, à Bukavu (Sud-Kivu), une structure financée par l'aide humanitaire internationale qui dispense des soins gratuits et possède un service de chirurgie reconstructrice. Malheureusement, Bitondo Nyumba est morte le 21 juin 2005 des suites d'une infection provoquée semble-t-il par l'absence de soins appropriés dans les jours qui ont suivi l'agression.


Deux soldats arrêtés en août 2005 pour leur implication présumée dans le viol ont été remis en liberté après quelques semaines, sans explication. Les proches de Bitondo Nyumba ont déposé une plainte officielle et ont reçu par la suite des menaces émanant de militaires appartenant à la même brigade que les auteurs présumés du viol. Sommés de se taire, ils ont dû déménager dans un autre village.



Monsieur le Président de la République,


Je m'adresse à vous pour vous demander, ainsi qu'à votre gouvernement, de mettre un terme à l'impunité des viols perpétrés par les membres de l'armée et de la police de la RDC. Je me permets de vous faire part en particulier de mes préoccupations concernant le cas de Bitondo Nyumba, qui a été violée le 11 mai 2005 par des soldats de l'armée régulière. Personne n'a à ce jour été traduit en justice dans le cadre de cette affaire. Les proches de cette femme ont été la cible de tentatives d'intimidation et de menaces.


Je vous demande instamment de témoigner de votre détermination à faire respecter les droits humains et de :


  1. faire mener sans tarder une enquête judiciaire indépendante et exhaustive sur le viol de Bitondo Nyumba, qui est morte des suites de ses blessures, et de veiller à ce que les auteurs présumés de cet acte soient traduits en justice ;


  1. protéger la famille de Bitondo Nyumba et les témoins, afin qu'ils ne soient pas la cible de menaces ou de représailles ;


  1. veiller à ce que les femmes, les jeunes filles et les fillettes qui ont été violées aient accès immédiatement aux services de santé dont elles ont besoin.


Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma haute considération.



Nom


Pays




République démocratique du Congo : la guerre contre les femmes


Des dizaines de milliers de femmes, de jeunes filles et de fillettes ont été violées par les combattants depuis le début du conflit en RDC, en 1998. On estime à quatre millions le nombre de personnes qui sont mortes en raison des combats ou des conséquences de la guerre, telles que la misère, la maladie ou la malnutrition. Le processus de paix lancé est bien affirmé, mais l'insécurité reste grande dans l'est du pays, où de nombreuses violations des droits humains continuent d'être perpétrées. De toute évidence, certains groupes armés voient dans la poursuite de la violence un moyen d'atteindre leurs objectifs politiques et économiques.


Le viol a été utilisé délibérément et de manière stratégique pour porter atteinte aux valeurs fondamentales de la population, pour terroriser et humilier les personnes soupçonnées de soutenir un mouvement ennemi et pour imposer la suprématie d'un groupe sur l'autre. La plupart des victimes ne bénéficient pas des soins médicaux dont elles ont besoin. Les services de santé de la RDC sont cruellement à court de financement et sont bien souvent dans l'impossibilité de dispenser les soins les plus élémentaires.


Le pays manque de médecins formés, notamment de gynécologues et d'obstétriciens. Nombreuses sont les victimes de viol qui souhaitent entamer une action en justice contre ceux qui s'en sont pris à elles, mais les défaillances du système judiciaire ne permettent pas d'envisager d'obtenir justice et réparation ; par ailleurs, l'insécurité persistante place celles qui portent plainte en danger de subir des représailles. Rares sont les auteurs présumés de viol qui ont été déférés devant les tribunaux et aucun officier supérieur n'a été poursuivi en justice ou frappé de sanctions disciplinaires pour viol, que celui-ci ait été commis par lui-même ou par un soldat placé sous son commandement.






[AFFRANCHIR AU TARIF EN VIGUEUR]


S. E. Joseph Kabila

Président de la République

Présidence de la République

Kinshasa-Ngaliema

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Page 2 of 2