Document - Gambie. Deux journalistes gambiens ont reçu des menaces de mort

Gambie. Deux journalistes gambiens ont reçu des menaces de mort

AMNESTY INTERNATIONAL DÉCLARATION PUBLIQUE Index AI : AFR 27/012/2012 AILRC-FR 26 octobre 2012

Deux journalistes gambiens ont reçu des menaces de mort Jeudi 25 octobre, deux journalistes gambiens ont reçu des menaces de mort. Les menaces, reçues par courriel, visaient Baboucarr Ceesay, premier vice-président du Syndicat de la presse de Gambie et Abubacarr Saidykhan, journaliste indépendant. Selon ce courriel : « Vous pouvez vivre ou mourir. À vous de choisir [...] Vous êtes des connards têtus qui veulent détruire l'image du gouvernement de l'APRC et de notre bien-aimé président Yahya Jammeh. La police n'est pas la mieux placée pour se charger de mecs comme vous [...] Je viendrai avec mon équipe de patriotes qui tuent pour l'amour de leur pays et de leur président [...] Vos stupides collègues qui se prétendent journalistes m'ont donné vos adresses mail. Vous êtes une cible facile [...] Nous frapperons sans prévenir. Le courriel indiquait également l'adresse exact des domiciles de ces journalistes.

Ces menaces de mort ont été envoyées deux jours après que la police a abandonné les charges de sédition qui pesaient sur Baboucarr Ceesay et Abubacarr Saidykhan. Ces deux hommes avaient été accusés après avoir tenté d'organiser une manifestation pacifique. Le 26 octobre, les deux journalistes ont signalé ces menaces à l’inspecteur général de la police, qui a dit que la police ouvrirait une enquête.

Cette promesse d'enquête est bienvenue, mais Amnesty International reste très préoccupée par la sécurité de Baboucarr Ceesay et d'Abubacarr Saidykhan,

Les journalistes, les défenseurs des droits humains et les opposants politiques sont régulièrement victimes de violations de leurs droits fondamentaux en Gambie, notamment d’arrestations et de placements en détention, de torture, de procès iniques, de harcèlement, d’agressions et de menaces de mort, ce qui rend leur travail extrêmement difficile. Le gouvernement gambien a l’obligation de veiller à ce que les journalistes et les défenseurs des droits humains puissent mener leurs activités sans ingérences, sans contraintes, sans discrimination et sans crainte de représailles.

Les deux journalistes menacés avaient été arrêtés le 6 septembre après avoir demandé à organiser une manifestation pacifique contre l’exécution de neuf condamnés à mort au mois d'août. Ils ont été libérés sous caution, puis accusés ultérieurement de sédition. Toutefois, toutes les charges auraient finalement été abandonnées le 23 octobre, par ordre du président Yahya Jammeh.

Complément d’information : Le 23 août dans la soirée, huit hommes et une femme ont été extraits de leur cellule, et ont été passés par les armes le 24 août. Ces exécutions ont eu lieu en secret, sans information préalable des familles, des avocats ou des gouvernements respectifs des prisonniers. Les prisonniers eux-mêmes n’ont sans doute pas été informés de leur exécution prochaine avant de quitter leurs cellules. Cela faisait près de 30 ans qu'aucune exécution n'avait lieu dans le pays.

En décembre 2004, Deyda Hydara, rédacteur en chef du journal The Point et président du Syndicat de la presse de Gambie, a été tué par balle dans sa voiture alors qu’il rentrait du travail. Ce meurtre est survenu le jour anniversaire de la fondation de The Point, et trois jours après la promulgation d’une loi controversée sur les médias à laquelle Deyda Hydara s’était vivement opposé. Aucune enquête n’a été ouverte sur cette affaire et personne n’a été traduit en justice.

En juillet 2006, Ebrima Manneh a été arrêté dans des circonstances semblables et a été victime d’une disparition forcée. On ne sait toujours pas ce qu’il est advenu de lui. En 2008, le tribunal de la CEDEAO a ordonné au gouvernement gambien de le relâcher et de lui offrir une compensation, mais ce jugement n'a pas encore été appliqué.

Pour plus d'informations, voir le communiqué Gambie. Il faut abandonner les charges pesant contre deux journalistes qui souhaitaient manifester contre les exécutions