Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

22 avril 2009

Turquie. En quête d'asile

Des hommes et des femmes en quête d'asile qui arrivent aux frontières de la Turquie voient leur vie menacée chaque jour en raison du refus des autorités turques de leur octroyer une protection internationale, a déclaré Amnesty International dans un rapport publié ce mercredi 22 avril.

Intitulé Stranded: Refugees in Turkey denied protection, le document traite en particulier des obstacles auxquels se heurtent ces étrangers – pour la plupart des personnes fuyant la persécution dans leur pays – dès leur arrivée sur le territoire turc.

« Désespérés, les gens qui tentent de gagner la Turquie sont prêts à prendre tous les risques, a déclaré Andrew Gardner, spécialiste de la Turquie à Amnesty International. Mais l'État, qui n'applique pas les mêmes normes à tous, refuse de leur reconnaître la qualité de réfugié. »

La Turquie est le seul État signataire de la Convention relative au statut des réfugiés [ONU] à ne pas appliquer ce texte aux ressortissants des États non membres du Conseil de l'Europe. Un nombre croissant de personnes se voient ainsi refuser la protection internationale dont elles ont besoin.

C'est le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui est chargé en Turquie d'examiner les demandes de statut de réfugié. Le HCR s'occupe aussi de la réinstallation dans des pays tiers de certains réfugiés reconnus.

En 2008, selon les statistiques officielles, le HCR a enregistré 12 980 dossiers de ressortissants d'États non européens, contre 4 550 en 2006. Les nouveaux arrivants venaient pour la plupart d'Iran, d'Irak, d'Afghanistan et de Somalie. Des milliers d'autres – on ne dispose pas de chiffre fiable – se trouvent sans doute en situation irrégulière sur le territoire turc.

En violation des obligations de l'État au regard du droit international, les demandeurs d'asile sont soumis en Turquie à des restrictions qui limitent considérablement leur possibilité de bénéficier de soins de santé, de disposer d'un logement convenable et d'occuper un emploi.

Les autorités bafouent également le droit international en continuant à renvoyer de force des personnes vers des pays où elles risquent de subir de graves atteintes à leurs droits fondamentaux, comme le montrent plusieurs cas cités dans le rapport.

En avril 2008, Amnesty International a été informée du cas d'une famille irakienne arrêtée dans le sud de la Turquie après avoir fui Bagdad. La police a cependant nié que ces personnes étaient détenues et les a empêchées de déposer une demande d'asile, bien que le HCR soit intervenu en leur faveur. La famille a été expulsée vers l'Irak, malgré les craintes quant à sa sécurité.
 
« Les autorités turques violent régulièrement les droits des demandeurs d'asile, dès le moment où ils tentent de pénétrer sur le territoire, a déclaré Andrew Gardner. Les violations se poursuivent pendant la période d'examen de la demande d'asile et aussi après l'octroi du statut de réfugié. »

Il n'est pas rare que les demandeurs d'asile soient détenus durant une période prolongée dans des conditions déplorables, sans être nourris suffisamment et sans que leur privation de liberté soit clairement justifiée. Il arrive que ces personnes soient expulsées en l'absence de toute procédure légale et renvoyées vers un pays où leur vie peut être menacée.

Un Afghan a raconté à Amnesty International ce qu'il a subi alors qu'il était détenu par la police dans l'est de la Turquie : « Si on ne leur donnait pas d'argent, ils nous frappaient. Et avec notre argent, ils nous ont renvoyés en Afghanistan. »

En avril 2008, quatre hommes se sont noyés dans le Tigre. Ils faisaient partie d'un groupe de 18 personnes contraintes par les autorités turques à traverser à la nage le fleuve séparant la Turquie de l'Irak, après un refus de réadmission de la part des autorités irakiennes.

En septembre 2008, 24 réfugiés ouzbeks, dont 15 enfants, ont été conduits contre leur gré sur le territoire iranien par les forces de sécurité turques. Lors de cette expulsion, des membres du groupe auraient été frappés et certaines des femmes et des jeunes filles menacées de viol. Ces personnes ont ensuite été retenues en otages en Iran par un groupe inconnu qui a menacé de les tuer. Libérées contre le paiement d'une rançon de 5 000 dollars des États-Unis, elles sont revenues clandestinement en Turquie. Renvoyées de nouveau en Iran en octobre, elles vivaient, selon les informations recueillies auprès de militants des droits humains, dans les hautes montagnes proches de la frontière, après que les autorités iraniennes eurent refusé de les admettre sur leur territoire. Les enfants souffraient de la faim.
 
Amnesty International demande aux autorités turques d'adopter une loi établissant une procédure d'asile équitable, et de mettre en œuvre ces dispositions, afin que toutes les personnes qui en ont besoin se voient octroyer une protection internationale et que les droits des demandeurs d'asile et des réfugiés soient pleinement respectés.
Région ou pays Europe et Asie centrale
Pays Turquie
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