Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

28 mai 2012

Syrie. L'ONU doit agir sans délai après l'attaque menée contre Houla

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit aller au-delà de la simple condamnation de l'attaque de vendredi 26 mai, qui s'est soldée par des dizaines de décès parmi les civils dans la ville syrienne de Houla, et immédiatement confier le dossier à la Cour pénale internationale (CPI), a déclaré Amnesty International.

Les tirs d'obus, de mortier et de roquette, et descentes effectués par l'armée syrienne contre la zone résidentielle de Teldo vendredi 26 ont fait au moins 108 morts, dont 34 femmes et 50 enfants, d'après les sources auxquelles Amnesty International a parlé, parmi lesquelles une personne ayant été témoin des répercussions de l'attaque.

« Le nombre élevé de morts parmi les civils – dont des dizaines de femmes et d'enfants – à Houla doit inciter le Conseil de sécurité à agir à l'unisson et à saisir immédiatement la CPI de la situation en Syrie », a souligné Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

« Face à la multiplication des homicides, il convient d'augmenter l'effectif de la mission d'observation des Nations unies en Syrie et d'élargir son mandat, et le gouvernement syrien doit autoriser la Commission d'enquête indépendante internationale instituée par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies à entrer sur le territoire syrien afin d'enquêter sur les violations imputées aux deux camps. »

Amnesty International a répertorié les noms de plus de 1 300 personnes tuées en Syrie depuis le début de la mission d'observation des Nations unies le 14 avril.

Selon des militants locaux, les violences ont éclaté à Houla après que des soldats stationnés à hauteur d'un poste de contrôle militaire syrien eurent ouvert le feu sur des manifestants pacifiques vendredi 26 mai dans l'après-midi, poussant des membres de l'opposition armée à attaquer le poste de contrôle. Un nombre non confirmé de personnes ont perdu la vie lors de ces échanges de tirs.

On ne sait pas avec certitude où les membres de l'opposition armée se sont repliés après ces affrontements.

Un témoin a déclaré à Amnesty International qu'entre environ 20 heures et minuit vendredi soir, l'armée syrienne a tiré des obus d'artillerie et des roquettes vers plusieurs zones de Houla, à un rythme atteignant parfois un impact par minute.

Il a ajouté que des hommes en uniforme noir semblant appartenir aux services de renseignement syriens ont effectué des raids armés à Teldo, abattant des dizaines de civils. Lorsque les observateurs des Nations unies sont arrivés sur les lieux le lendemain matin, ils ont aidé les résidents à porter les corps jusqu'à une mosquée voisine.

Plusieurs corps n'ont pas pu être récupérés en raison de la présence constante des forces de sécurité syriennes.

Soixante-deux des personnes tuées appartenaient à la famille Abd al Razaq de Teldo. Toutes ont été tuées par balle, sauf quelques enfants ayant eu le crane fracassé, sans doute par des crosses de fusil.

De nombreux hommes auraient fui la zone en avance, à la suite de rumeurs selon lesquelles ils seraient pris pour cible lors d'une attaque imminente.

Certaines personnes manquent semble-t-il toujours à l'appel depuis l'attaque de vendredi contre Houla ; on ignore si elles ont fui ou ont été enlevées.

Ces derniers jours, les militants affirment que la présence de personnels de sécurité autour de la ville s'est intensifiée, quatre postes de contrôle militaires ayant été érigés le long de la route principale.

Dimanche 27 mai, SANA, l'agence de presse officielle, a diffusé une déclaration attribuant les morts à Houla à des « groupes terroristes liés à Al Qaïda ».

Ce même jour, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a affirmé qu'une « commission judiciaire militaire » avait été créée afin d'enquêter sur les événements.

« Les précédentes enquêtes internes que les autorités disent avoir menées ne font espérer aucun résultat significatif à l'issue de celle-ci », a poursuivi Philip Luther.

« Nous n'avons connaissance d'aucune traduction en justice d'auteurs présumés de violations appartenant aux forces du régime depuis le début de ces 14 mois de protestation et de troubles. »

Dimanche 27 mai, le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné les attaques ayant visé Houla, qui, a-t-il précisé « impliquaient une série de bombardements par les tanks et l'artillerie gouvernementale contre un quartier résidentiel ».

Mais il n'a pas toujours pas pris de mesures concrètes pour prévenir de nouvelles attaques.

« La Russie ne doit pas empêcher le Conseil de sécurité des Nations unies de prendre des mesures énergiques afin de mettre un terme aux souffrances en Syrie », a ajouté Philip Luther.

« Mais surtout, il faut qu'elle soutienne la saisine de la CPI concernant la situation en Syrie ».

Dès avril 2011, Amnesty International a dénoncé les crimes contre l'humanité commis dans le cadre de la répression gouvernementale visant les manifestants depuis mars 2011. L'organisation a demandé à de nombreuses reprises aux Nations unies de porter devant la CPI la situation de sécurité en pleine désintégration en Syrie et a clairement indiqué que les crimes perpétrés relevaient de la compétence universelle.

Amnesty International a recueilli les noms de quelque 9 750 personnes tuées depuis le début des troubles, parmi lesquelles figurent 700 mineurs.

Index AI : PRE01/266/2012
Région ou pays Moyen-Orient et Afrique du Nord
Pays Syrie
Pour plus d'informations, prenez contact avec le Bureau de presse international »

Bureau de presse international

Téléphone : +44 (0) 20 7413 5566
9h30 - 17h00 TU lundi - vendredi
Téléphone : +44 (0) 777 847 2126
24 h / 24
Fax : +44 (0) 20 7413 5835
Bureau de presse international
Peter Benenson House
1 Easton Street
London
WC1X 0DW
Royaume-Uni
Suivez le Bureau de presse international sur Twitter
@amnestypress