Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

19 avril 2012

Libye. Le CNT doit enquêter sur la mort d'un nouveau Tawargha des suites d'actes de torture

Le Conseil national de transition (CNT) libyen doit agir immédiatement afin d'enquêter sur les abus commis contre la communauté tawargha (Libyens noirs) et d'engager des poursuites contre les responsables présumés, a déclaré Amnesty International jeudi 19 avril, après qu'un nouveau Tawargha ait été torturé à mort dans un centre de détention de Misratah.

Le corps de Barnous Bousa, 44 ans, deux enfants, a été remis à sa famille lundi 16 avril. Il était couvert d'hématomes et de coupures, dont une plaie ouverte à l'arrière de la tête.

Ce civil avait fui de son domicile de Kararim (ouest de la Libye) lors du conflit armé. Il s'était alors installé à Syrte.

Après son arrestation par des miliciens de Misratah, en octobre 2011, tandis qu'il fuyait les combats ayant gagné Syrte, il aurait été incarcéré dans un centre de détention se trouvant sous le contrôle du Comité de sécurité de Misratah, créé sous l'égide du conseil municipal de Misratah.

« Ce décès brutal met en évidence le danger continuant à peser sur les détenus dans la Libye nouvelle », a indiqué Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. « Combien d'autres victimes doivent mourir sous la torture avant que les autorités prennent conscience de la gravité de la situation et honorent leurs promesses à propos des enquêtes et poursuites à ouvrir sur ces crimes afin d'y mettre un terme ? »

Amnesty International a recueilli des informations sur une douzaine de morts survenues en détention sous la responsabilité de milices armées depuis septembre 2011, sur fond de recours généralisé à la torture contre les partisans et soldats présumés de Mouammar Kadhafi. Une proportion élevée des victimes étaient des Tawarghas.

La population entière de la ville de Tawargha, soit environ 30 000 personnes, a été victime d'abus perpétrés par des miliciens armés en représailles contre la loyauté perçue de cette ville vis-à-vis de l'ancien gouvernement, et contre les crimes que des Tawarghas sont accusés d'avoir commis pendant le siège et le pilonnage de la ville voisine de Misratah par les forces du colonel.

En août 2011, pillant et incendiant de nombreux domiciles, des milices de Misratah ont forcé la population entière de Tawargha à quitter la ville. Depuis lors, les milices armées de Misratah traquent les Tawarghas à travers la Libye, allant les chercher partout - camps pour personnes déplacées, maisons, postes de contrôle et hôpitaux.

Ceux qui sont attrapés sont emmenés dans des centres de détention de Misratah, où ils sont systématiquement torturés, parfois à mort. Des centaines de Tawarghas seraient incarcérés à Misratah, et de nouvelles arrestations ont été signalées à Amnesty International cette semaine.

Au moins deux Tawarghas ont été appréhendés à Tripoli depuis jeudi 12 avril : l'un d'entre eux a été arrêté après avoir quitté un camp pour personnes déplacées et l'autre a été capturé près de son lieu de travail. Leurs familles n'ont pour l'instant pas pu déterminer exactement où ils se trouvent, mais ont entendu dire qu'ils avaient tous deux été transférés à Misratah. Une fois sur place, ils risquent fort de connaître la torture, voire d'être tués.

Un membre de la famille d'un de ces hommes a dit à Amnesty International : « Nous craignons vraiment pour la sécurité de tous les Tawarghas emmenés à Misratah. Nous n'en pouvons plus de toutes ces mauvaises nouvelles […] Nous ne sommes en sécurité nulle part, nous ne pouvons pas sortir de chez nous, nous sommes pris au piège. Sortir c'est risquer d'être arrêté. On ne peut même pas partir à la recherche de nos proches. »

Lundi 16 avril, les autorités de Misratah ont réfuté les nombreuses allégations selon lesquelles les milices de la ville se rendent coupables de torture et d'autres violations, indiquant que « la réconciliation entre les deux villes [Misratah et Tawargha] est probablement impossible à l'heure actuelle » et qu'il convient de trouver « une autre solution pour les Tawarghas ».

« Les autorités de Misratah feignent d'ignorer qu'il est de plus en plus manifeste que des violations sont perpétrées par les milices de Misratah, affirmant que seules des " fautes individuelles " sont commises », a ajouté Hassiba Hadj Sahraoui.

« Il est impératif que le CNT maîtrise ces milices, enquête sur toutes les violations et poursuive les responsables présumés – dans tous les camps – conformément au droit international. C'est seulement ainsi que la Libye pourra rompre avec des décennies de violations systématiques des droits humains. »

Index AI : PRE01/211/2012
Région ou pays Moyen-Orient et Afrique du Nord
Pays Libye
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