Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

29 juillet 2011

Nicaragua. Les candidats doivent accorder un degré de priorité élevé aux droits humains dans le cadre de projets gouvernementaux

Vendredi 29 juillet, Amnesty International a demandé aux candidats à l'élection présidentielle nicaraguayenne de mettre en place une politique gouvernementale en relation avec la violence sexuelle contre les femmes, les jeunes filles et les fillettes, et de s'engager à élaborer, lors de leur première année au pouvoir et en collaboration avec la société civile, un plan national pour les droits humains.

Amnesty International a en outre engagé les candidats à faire en sorte que les droits humains relèvent d'une politique globale et à les placer au centre des préoccupations du nouveau gouvernement, mais aussi à adresser une invitation permanente aux experts des Nations unies et du système interaméricain chargés de veiller à ce que les droits humains sont respectés.

Cet appel a été rendu public alors qu'une délégation d'Amnesty International terminait sa mission dans le pays ; les délégués ont rencontré l'ensemble des candidats à la présidentielle à l'exception de Daniel Ortega, qui n'a pas reçu la délégation.

La violence contre les femmes et les filles

Dans un rapport publié en novembre 2010, Amnesty International a dénoncé le nombre alarmant de cas de violence sexuelle contre des femmes et des mineures enregistrés chaque année au Nicaragua.

Ce document soulignait l'absence de volonté politique démontrée par les autorités afin que les auteurs d'abus soient sanctionnés.

D'après des données émanant du Commissariat à la femme et à l'enfance, entre les mois de janvier et d'août 2010, 1 259 cas de viol ont été signalés. Dans deux tiers des cas, les victimes avaient moins de 17 ans.

D'après les chiffres officiels, en 2010, 3 778 délits sexuels ont été signalés et 39 femmes et filles ont été victimes de meurtre.

« Nous avons constaté que de nombreuses femmes et filles victimes de violences sexuelles au Nicaragua n'obtenaient pas justice, et nous sommes rendu compte que la réaction de l'État est limitée et dénote parfois une certaine résignation », a déclaré Guadalupe Marengo, directrice adjointe du programme Amériques d'Amnesty International.

Ce déni de justice est particulièrement préoccupant dans les cas comme celui de Fátima Hernández. Dans cette affaire, la Cour suprême a récemment rendu un jugement aberrant réduisant la peine de l'agresseur au motif que celui-ci avait consommé de l'alcool et n'avait donc « pas pu se contrôler »

« Les chiffres portés à notre connaissance sont encore plus alarmants si on prend en compte le fait que le viol et les abus sexuels sont des infractions rarement signalées, en particulier lorsque les victimes sont mineures et que leur agresseur est un membre de leur famille. »

Au cours de sa visite, Amnesty International a constaté l'augmentation du nombre de Commissariats à la femme, qui s'élève à 59 à travers le pays, ce qu'elle a considéré comme un pas dans la bonne direction.

« La réaction officielle du gouvernement et du pouvoir judiciaire dans les cas de violence contre les femmes et les filles laisse beaucoup à désirer, a poursuivi Guadalupe Marengo. Le fait que le viol n'est jamais de la faute de la victime est un message qui n'est toujours pas répandu. »

Afin de faire cesser ces abus, l'organisation de défense des droits humains a recommandé aux autorités de s'engager à ce que l'ensemble des instances gouvernementales bénéficient des ressources et de la formation requises afin de prévenir la violence à l'égard des femmes et des jeunes filles, d'y réagir et de garantir que les victimes reçoivent des réparations.

Cela suppose des ressources et des formations pour la police, le parquet et les responsables de l'administration de la justice, ainsi que des campagnes d'information et des programmes de sensibilisation à l'adresse des enseignants et du personnel de santé, et l'adoption à l'Assemblée nationale d'une loi d'ensemble contre la violence liée au genre.

Tous les efforts possibles doivent être faits afin de contribuer à l'éradication de la violence liée au genre au Nicaragua, notamment en acceptant les recommandations de l'ensemble du système international et interaméricain de défense des droits humains et en supprimant les articles du Code pénal interdisant l'avortement en cas de viol ou quand la vie de la mère est en danger.

Suivi international et défenseurs des droits humains

Amnesty International a également demandé aux candidats à l'élection présidentielle d'adresser, lorsqu'ils seront au pouvoir, une invitation permanente aux mécanismes internationaux de défense des droits humains des Nations unies et du système interaméricain à se rendre dans le pays lorsqu'ils le souhaitent, comme l'ont fait d'autres gouvernements de la région.

Jusqu'à présent, les autorités n'ont pas répondu à une requête formulée par la Commission interaméricaine des droits humains en mars dernier afin de pouvoir se rendre dans le pays pour analyser la problématique de la violence contre les femmes et les filles.

Amnesty International a également demandé aux autorités de reconnaître la légitimité de l'action de ceux qui défendent les droits humains, et d'appuyer et d'encourager ce travail, conformément aux déclarations des Nations unies et du système interaméricain.

« Il n'y a rien à craindre d'un suivi, ni de d'une collaboration au niveau international et national pour la défense et la promotion des droits humains. Ceux qui défendent ces droits jouent un rôle crucial dans la société, parce qu'ils contribuent à ce que les autorités rendent véritablement des comptes », a ajouté Guadalupe Marengo.

Amnesty International a soumis aux autorités quelques cas dans lesquels des défenseur-e-s des droits humains ont été la cible de menaces et d'actes d'intimidation, et a sollicité des informations officielles sur ces affaires.

La police nationale a affirmé à Amnesty International qu'elle garantit et garantira le droit de manifester pacifiquement au Nicaragua.

« Le Nicaragua a ratifié d'importants traités internationaux en matière de droits humains et a donc le devoir et la responsabilité de les respecter », a conclu Guadalupe Marengo.

Un plan national pour les droits humains au Nicaragua

Amnesty International a demandé aux candidats de s'engager à concevoir, au cours de leur première année au pouvoir, un plan d'action national en faveur des droits humains.

Ce plan national doit faire participer chaque instance du gouvernement et doit commencer par un diagnostic sur la situation des droits humains – violations et respect – dans le pays. Il doit être approuvé par le biais d'une loi afin de garantir un débat éclairé, et doit par ailleurs rassembler des indicateurs concrets d'évaluation tant sur le plan des droits civils et politiques, que sur celui des droits économiques, sociaux et culturels.

Note aux rédacteurs

Les délégués d'Amnesty International se trouvaient au Nicaragua du 24 au 29 juillet.

Ils ont pris part à des réunions avec des représentants de la société civile, des militants en faveur des droits humains, des femmes et des filles ayant connu la violence sexuelle à Managua et à León, des candidats aux élections présidentielle et législatives, des membres de la Cour suprême, la directrice nationale de la police et des représentants du ministère de la Santé.

Parmi les candidats à la présidentielle, ils ont rencontré :
Enrique Quiñonez Tuckler et Diana Urbina (Partido Alianza Liberal).
Fabeo Gadea et Edmundo Jarquin (Unidad Nicaragüense por la Esperanza).
Arnoldo Aleman et Francisco Aguirre (Partido Liberal Constitucionalista).
Roger Guevara et Elizabeth Rojas (Alianza por la República).

Ils ont par ailleurs échangé avec les députés Jose Pallais et María Dolores Alemán.

La délégation était composée de : Guadalupe Marengo, directrice adjointe du programme Amériques ; Esteban Beltrán, directeur de d'Amnesty International Espagne ; Patricia Kaatee, responsable de la ligne directrice à Amnesty International Norvège ; Marcos Gómez, directeur d'Amnesty International Venezuela ; Esther Major, spécialiste de l'Amérique centrale ; Jeremy Bloom, chargé d'action pour l'Amérique centrale, et Vittorio Infante, auxiliaire d'action pour l'Amérique centrale.

Index AI : PRE01/374/2011
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