Macédoine. Amnesty International demande qu'une enquête soit menée sur des homicides perpétrés par des policiers
11 septembre 2007
AI Index: PRE01/005/2007
Amnesty International demande instamment aux autorités macédoniennes et
à la communauté albanaise de Macédoine de veiller au respect des droits
humains après la mort de six hommes, tués par des policiers le 7
novembre dans le village de Brodec, dans la région de Shipkovica au
nord de la ville de Tetovo, près de la frontière avec le Kosovo.
«Compte tenu des tensions politiques au parlement entre Albanais de
Macédoine et Macédoniens et des divisions au sein de ces communautés et
de leurs partis tout au long de l'année dernière, notamment au sujet de
l'application de l'accord Ohrid, les évènements du 7 novembre risquent
de précipiter le pays dans une situation présentant des risques
d'atteintes aux droits humains», a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.
De sources gouvernementales, six hommes ont été tués, parmi lesquels
deux Albanais de souche qui s'étaient enfuis de la prison de Dubrava au
Kosovo en août, ainsi que des Albanais de Macédoine qui auraient été
membres d'un groupe armé d'opposition. Cinq personnes, dont un
policier, auraient été blessées.
L'opération Mountain Storm (Tempête en montagne) dont
l'objectif était, semble-t-il, d'appréhender les fugitifs, avait
commencé à l'aube du 7 novembre et s'est terminée aux alentours de
midi. Plusieurs unités de police, appuyées par des renforts au sol,
avaient été parachutées dans la région autour de Brodec. Les membres du
groupe armé auraient ouvert le feu depuis une maison où ils se
terraient.
Selon le ministère de l'Intérieur, les policiers ont fait tous les
efforts possibles pour protéger la population civile. De sources
albanaises en Macédoine, toutefois, on précise que plusieurs civils
auraient été tués ou blessés au cours de l'opération. L'Union démocratique pour l'intégration,
parti albanais de Macédoine dans la coalition au pouvoir dans le
précédent gouvernement, parle de recours disproportionné à la force.
«Les autorités avaient le devoir de rattraper les fugitifs, tout en
veillant à la sécurité de la population macédonienne. Cela aurait dû se
faire sans le recours à une force disproportionnée et sans mettre en
danger la vie de civils, a déclaré Nicola Duckworth.
«Les autorités de Macédoine doivent ouvrir une enquête sur ces
homicides, afin d'assurer à la population macédonienne que les forces
de l'ordre ont agi conformément aux normes internationales.»
Entre 13 et 15 Albanais de souche auraient été arrêtés, parmi lesquels
des habitants de Brodec soupçonnés d'avoir apporter leur soutien – en
fournissant des armes notamment – au groupe. D'autres Albanais de
Macédoine ont été arrêtés à Skopje le 9 novembre, lors de raids de la
police qui cherchait semble-t-il des armes à leur domicile.
Amnesty International demande instamment aux autorités de veiller à ce
que toutes les personnes arrêtées soient traitées conformément aux
normes internationales et ne soient soumises ni à des actes de torture
ni à de mauvais traitements ; l'organisation dispose en effet de
témoignages montrant que lors d'opérations similaires précédentes
visant la communauté albanaise de Macédoine, des dérapages se sont
produits.
«À un moment où les tensions dans le Kosovo voisin sont exacerbées
par la possibilité d'un échec sur un accord pour l'avenir du pays, il
est impératif que les autorités macédoniennes ne violent pas les droits
humains en tentant de désamorcer la crise et d'assurer la stabilité et
la sécurité du pays», a déclaré Nicola Duckworth.
Complément d'information
Sept hommes, tous inculpés d'infractions graves, se sont enfuis de la
prison de Dubrava au Kosovo en août. Selon certaines rumeurs, ils se
cachaient au nord de la ville de Tetovo depuis leur fuite. Deux avaient
été repris et un troisième, Zhavit Morina, avait été abattu par balles
le1er novembre ; un autre se serait suicidé en dégoupillant une grenade
au cours du raid. Les autres, parmi lesquels Ljirim Jakupi, Albanais de
Bujanovac, dans le sud de la Serbie, seraient toujours en cavale.
Le conflit, qui a duré six mois en Macédoine en 2001, opposait les
autorités macédoniennes à des groupes armés d'Albanais de souche. Il
s'est terminé par l'accord-cadre d'Ohrind, signé le 13 août 2001. Cet
accord entérinait l'adoption de lois accordant des droits accrus aux
populations minoritaires dans le pays, aux Albanais de Macédoine
notamment qui représentent un tiers de la population du pays ; il
prévoyait également l'adoption d'une nouvelle constitution
reconnaissant pour la première fois les Albanais, les Rom et d'autres
groupes ethniques dans son préambule. L'échec de la coalition au
pouvoir à faire appliquer les dispositions de l'accord d'Ohrid a
provoqué des tensions de plus en plus grandes au parlement.
Document public
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Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service
de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566
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