Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde
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Communiqués de presse

3 décembre 2009

Honduras. Il n'est pas possible de continuer en faisant « comme si rien ne s'était passé »

(Tegucigalpa) À l'issue d'une visite de dix jours au Honduras au moment de l'élection présidentielle, Amnesty International a demandé jeudi 3 décembre qu'une enquête indépendante soit menée afin que toutes les personnes soupçonnées d'atteintes aux droits humains soient déférées à la justice et que les victimes bénéficient de réparations.

« Les résultats électoraux ne mettent pas fin à la crise au Honduras, et les autorités ne peuvent pas reprendre leurs affaires courantes sans mettre en œuvre des garanties en matière de respect des droits fondamentaux, a déclaré Javier Zuñiga, qui dirigeait la délégation d'Amnesty International dans le pays.

« Des dizaines de personnes au Honduras souffrent encore des effets des violences commises au cours des cinq derniers mois. Ne pas sanctionner les responsables de ces agissements ni remédier aux défaillances du système, ouvrirait la voie à de nouvelles violences à l'avenir. »

Lors de sa visite au Honduras, la délégation d'Amnesty International a rassemblé des informations sur de nombreux cas d'atteintes aux droits humains perpétrées depuis juin dernier, date à laquelle le président Manuel Zelaya a été contraint à l'exil.

Il s'agit d'homicides dus à un recours excessif à la force ; d'arrestations arbitraires de manifestants par la police et l'armée ; d'utilisation aveugle et gratuite de gaz lacrymogène ; de mauvais traitements infligés à des personnes en garde à vue ; de violences à l'égard de femmes, et de manœuvres de harcèlement à l'encontre de militants, de journalistes, d'avocats et de juges.

L'organisation a découvert que des membres de l'armée chargés d'opérations de maintien de l'ordre étaient impliqués dans de graves violations des droits humains liées à un recours excessif à la force, des arrestations arbitraires et des raids illégaux.

Amnesty International a également constaté que les autorités civiles de facto n'avaient rien fait pour empêcher l'utilisation aveugle de gaz lacrymogène contre les manifestants. Dans certains cas, des bombes lacrymogènes ont été jetées à l'intérieur de bureaux.

La plupart des personnes interrogées par les délégués d'Amnesty International leur ont dit qu'après avoir été blessées ou rendues malades par du gaz lacrymogène elles n'avaient pas cherché à se faire soigner par peur que des policiers et des militaires se rendent à hôpital pour les intimider.

Le 23 septembre, Marta (son nom a été modifié) a été agressée par des policiers alors qu'elle participait à une manifestation. Elle a été touchée par une grenade lacrymogène qui lui a brûlé la jambe et occasionné des troubles respiratoires. Alors qu'elle s'était réfugiée dans une église pour échapper aux jets de gaz, un policier l'a saisie et frappée si fort qu'il lui a cassé le bras. Elle n'est pas allée à l'hôpital avant plusieurs jours par peur de s'y faire harcelée par des policiers. Sa blessure au bras n'est toujours pas guérie et la brûlure sur sa jambe se voit encore.

« Nous avons vu des personnes ayant encore des irritations aux yeux et des brûlures à la peau plusieurs semaines après avoir été la cible de jets de gaz lacrymogène, a déclaré Javier Zuñiga. Non seulement la police a utilisé du gaz contre des manifestants pacifiques et à l'intérieur de bâtiments mais, aussi, les médecins n'ont pas été informés des substances chimiques utilisées, ce qui leur aurait permis de mieux soigner les victimes. »

« L'utilisation du gaz lacrymogène par les forces de sécurité soulève la question de la formation qu'aurait dû recevoir les forces de l'ordre afin de réduire au minimum le risque que des personnes soient tuées ou grièvement blessées »
, a déclaré Javier Zuñiga.

Des représentants d'organisations de défense des droits humains, des journalistes, des avocats et des juges ont décrit à Amnesty International les menaces et les manœuvres de harcèlement dont ils avaient fait l'objet en raison de leur opposition présumée aux autorités de facto.

Des membres d'une association nationale de juges ont été convoqués à une audience où ils devaient donner des explications sur leur participation à des manifestations pacifiques.

« Pendant la crise, les institutions du Honduras n'ont de toute évidence pas protégé les droits humains les plus élémentaires, a indiqué Javier Zuñiga. Il est particulièrement préoccupant de constater qu'existent au Honduras des conditions permettant à ceux qui ne respectent pas les droits fondamentaux de s'en sortir à bon compte. »

Amnesty International exhorte le futur gouvernement du Honduras à :
  • abroger tous les textes de lois, décrets et règlements émis par les autorités de facto ;
  • veiller à ce que les militaires retournent dans leurs casernes et soient déchargés de leur fonction de maintien de l'ordre ;
  • faire en sorte que tous les membres des forces de sécurité soient tenus de rendre des comptes pour les violations des droits humains commises entre le 28 juin et la fin du mois de novembre 2009 ;
  • élaborer un plan national pour la protection des droits humains.
« La communauté internationale ne doit pas oublier la population du Honduras en donnant un chèque en blanc au nouveau gouvernement sans lui demander de faire toute la lumière sur les violences des cinq derniers mois », a conclu Javier Zuñiga.
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