Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

8 août 2013

Éthiopie. Les autorités doivent cesser de réprimer les manifestations organisées par les musulmans

Le gouvernement éthiopien doit cesser de recourir à des méthodes répressives, alors que des informations font état d’arrestations massives de manifestants musulmans lors de la fête de l’Aïd el Fitr dans la matinée du 8 août, a déclaré Amnesty International.

 « Nous sommes vivement préoccupés par les informations en provenance d’Éthiopie faisant état de nouvelles arrestations massives de manifestants musulmans. La répression qu’orchestre le gouvernement éthiopien contre la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement doit prendre fin sans délai », a indiqué Claire Beston, chercheuse sur l’Éthiopie au sein d’Amnesty International.

La semaine dernière, plusieurs personnes, dont le nombre n’a pas été confirmé, auraient trouvé la mort dans la ville de Kofele, dans la région d’Oromia.

Dans le cadre du mouvement qui proteste depuis 18 mois contre l’ingérence présumée du gouvernement dans les affaires islamiques, les manifestations se sont majoritairement déroulées sans violence. Cependant, à quatre reprises au moins, les forces de sécurité auraient recouru à une force excessive contre les manifestants. Si quelques faits isolés de violence impliquant des manifestants sont avérés, ils semblent s’inscrire dans le cadre d’un recours excessif à la force par la police.

« Ces informations faisant état de nouvelles victimes dans le cadre du mouvement de contestation mené par les musulmans sont très préoccupantes. Il importe que soit menée sans délai une enquête indépendante et impartiale sur les évènements de Kofele, et sur les quatre incidents qui se sont traduits, en 2012, par des morts et des blessés, a estimé Claire Beston.

« D’autres manifestations étant prévues, il faut examiner minutieusement le comportement des forces de sécurité et, si suffisamment d’éléments recevables démontrent que des infractions ont été commises, poursuivre leurs auteurs présumés dans le cadre de procès respectant les normes internationales. »

Concernant les événements de Kofele, les manifestants et le gouvernement livrent des versions des faits très divergentes.

Selon les manifestants, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des personnes non armées qui protestaient contre l’arrestation de membres de la communauté musulmane locale. Un habitant de Kofele a raconté à Amnesty International que 14 personnes ont été abattues par l’armée, dont au moins trois enfants. Selon un autre habitant, 11 personnes ont été tuées.

Selon les médias, les autorités ont quant à elles affirmé que les manifestants étaient armés, ce qui a déclenché une flambée de violence qui s’est traduite par la mort de trois manifestants et plusieurs blessés parmi les policiers. Les représentants du gouvernement ont refusé de répondre aux demandes d’Amnesty International à ce sujet.

Selon d’autres informations, un grand nombre d’arrestations ont eu lieu à Kofele et aux alentours, dans la région d’Oromia, ainsi qu’à Addis-Abeba au cours de la semaine dernière.

Deux journalistes, Darsema Sori et Khalid Mohamed, ont notamment été interpellés en début de semaine à Addis-Abeba. Les deux hommes travaillaient pour Radio Bilal, qui rend régulièrement compte du mouvement de protestation. Darsema Sori travaillait auparavant pour le magazine Ye’Muslimoch Guday (Affaires islamiques), dont deux des employés ont déjà été arrêtés dans le cadre du mouvement de protestation. Ils sont actuellement poursuivis au titre de la Loi relative à la lutte contre le terrorisme. Selon les informations reçues par Amnesty International, Darema Sori et Khalid Mohamed sont détenus au troisième poste de police de Sostegna, à Addis-Abeba, et n’ont le droit de recevoir aucune visite. Ils auraient comparu devant le tribunal et auraient été placés en détention provisoire, alors que la police poursuit son enquête.

Depuis le début des manifestations il y a 18 mois, des manifestants pacifiques et des personnes soupçonnées d’organiser les rassemblements auraient été arrêtés et placés en détention.

Malgré plusieurs mois de manifestations pacifiques de grande ampleur, le gouvernement a dépeint à plusieurs reprises le mouvement comme violent et proche des milieux terroristes dans des déclarations faites aux médias et au Parlement. Selon des informations parvenues à Amnesty International, des messages diffusés la semaine dernière via les médias officiels ont averti que les autorités feraient preuve d’une grande fermeté face à quiconque tenterait de participer à de nouvelles manifestations.

« Il s’agit d’une violation du droit de manifester pacifiquement, que protège la Constitution éthiopienne, a déploré Claire Beston. Le gouvernement continue de réagir aux revendications de la communauté musulmane en recourant à la violence, aux arrestations arbitraires et à la Loi relative à la lutte contre le terrorisme, trop vague, afin de poursuivre en justice les dirigeants du mouvement et d’autres personnes. »

Alors que les manifestations se poursuivent, Amnesty International craint que les droits humains ne continuent d’être bafoués – arrestations arbitraires de manifestants pacifiques notamment et nouvelles effusions de sang.

Elle exhorte le gouvernement éthiopien à respecter le droit de ses citoyens de manifester pacifiquement et à cesser de recourir à des méthodes brutales en réponse aux manifestations. Toutes les personnes privées de liberté uniquement pour avoir exercé leur droit de manifester pacifiquement doivent être libérées immédiatement.

Complément d’information

Le procès de 29 personnalités liées au mouvement de protestation se poursuit, dont neuf membres d’un comité de représentants sélectionnés par la communauté musulmane pour présenter ses doléances au gouvernement, et un journaliste, Yusuf Getachew, du magazine Ye’Muslimoch Guday (Affaires islamiques). Ce procès a déjà suscité de vives préoccupations quant à l’équité, notamment lors de la diffusion sur la télévision d’État ETV d’un programme intitulé Jihadawi Harakat. Dans ce programme, le mouvement de contestation des musulmans et certaines des personnes jugées étaient présentés comme entretenant des liens avec les groupes islamiques extrémistes, mettant gravement en péril le droit des accusés d’être présumés innocents jusqu’à ce que leur culpabilité ait été légalement établie.

Le procès se déroule à huis clos, avivant les craintes que les accusés ne bénéficient pas d’une procédure équitable. Amnesty International estime que les personnes jugées sont poursuivies en raison de leur participation à un mouvement de contestation pacifique.

Selon des informations parvenues à Amnesty International, Solomon Kebede, autre journaliste travaillant pour Ye’Muslimoch Guday, a été récemment inculpé au titre de la Loi relative à la lutte contre le terrorisme, ainsi que 27 personnes.

En 2012, les forces de sécurité ont été accusées d’avoir recouru à une force excessive pour disperser et arrêter des manifestants à quatre reprises au moins. Lors de deux de ces épisodes, dans les villes de Gerba (région d’Amhara) et d’Asasa (région d’Oromia), des manifestants sont morts. Dans les deux autres cas, à Addis-Abeba, de nombreux manifestants auraient été blessés. Amnesty International demande que des enquêtes indépendantes soient menées sur ces évènements. À sa connaissance, aucune investigation n’a été ordonnée.

D’autres événements se sont également heurtés à l’intolérance omniprésente du gouvernement face à la dissidence. Le parti de l’opposition Unité pour la démocratie et la justice (UDJ) a signalé l’arrestation de plusieurs de ses membres à travers le pays ces dernières semaines. Ils organisaient des manifestations, distribuaient des tracts et appelaient à signer une pétition réclamant l’abrogation de la Loi relative à la lutte contre le terrorisme et la libération des prisonniers politiques.

Index AI : PRE01/404/2013
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