Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

6 mars 2014

Tchad. Nouvelle crise humanitaire pour les personnes fuyant les violences en République centrafricaine

Des milliers de personnes contraintes à fuir les violences en République centrafricaine (RCA) se trouvent désormais confrontées à une nouvelle catastrophe humanitaire au Tchad voisin, a déclaré Amnesty International. La saison des pluies s’annonce et leur situation déjà désespérée se détériorera rapidement à moins que des abris, de la nourriture et des services de soin ne soient mis à leur disposition de toute urgence.

Une délégation d’Amnesty International a passé les deux dernières semaines à interviewer des victimes de violences en RCA et à se rendre sur les sites où ils vivent actuellement, le long de la frontière entre le Tchad et la RCA, ainsi qu’à N’Djamena, la capitale tchadienne. Sur place, les délégués ont trouvé des milliers de personnes négligées par les autorités et les agences humanitaires ; beaucoup souffraient de malnutrition aiguë et n’avaient pour seul refuge que l’ombre des arbres. Figuraient parmi ces personnes de nombreux enfants, dont beaucoup avaient été séparés de leur famille par le chaos et avaient besoin d’aide en urgence.

« La situation est assez désespérée. Nous avons vu des personnes qui vivaient dehors depuis des semaines à attendre l’aide promise. La saison des pluies, qui est sur le point de commencer, rendra de nombreuses zones inaccessibles et s’accompagnera de la menace des maladies à transmission hydrique », a déclaré Christian Mukosa, spécialiste de la République centrafricaine à Amnesty International.

« Il est inacceptable que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, forcés à quitter la République centrafricaine car ils craignaient pour leur vie, risquent la mort ici au Tchad faute de l’assistance la plus élémentaire. Il est important que le gouvernement tchadien et la communauté internationale, y compris les organes des Nations unies, fournissent de toute urgence une aide à ces personnes et veillent à ce qu’elles soient en sécurité, reçoivent de la nourriture, et bénéficient de services médicaux et d’abris adaptés. »

Certains des sites où ces personnes se sont refugiées sont dangereusement proches des violences en cours en République centrafricaine. Sido, dans le sud-est du Tchad, est à moins d’un kilomètre de la frontière centrafricaine et accueille plus de 8 000 personnes.

La présence de camps si près de la frontière contribue par ailleurs à augmenter l’insécurité et la vulnérabilité des réfugiés. Une femme a dit à Amnesty International que le commandant de la Séléka qui l’avait agressée en République centrafricaine se trouvait désormais dans le camp où elle avait fui. Un autre réfugié a expliqué aux délégués qu’il craint pour sa vie après avoir reconnu au moins quatre ex-combattants de la Séléka parmi les résidents du camp où il se trouve actuellement.

« Un véritable climat de peur existe dans les camps étant donné que les réfugiés, quelles que soient leurs allégeances, se retrouvent à côtoyer des auteurs de violations des droits humains. La situation est extrêmement dangereuse. Compte tenu de l’absence de mesures de sécurité, ce n’est qu’une question de temps avant que le conflit ne s’étende », a déclaré Christian Mukosa.

L’équipe a rencontré seulement quelques représentants des autorités tchadiennes et agences humanitaires, et la plupart des personnes se trouvant dans les camps sont obligées de se débrouiller seules.

« Le gouvernement tchadien doit prendre ses responsabilités. Il a déployé son armée en République centrafricaine pour secourir des Tchadiens dont la vie était en danger, et il envoie désormais ces personnes dans des agglomérations n’ayant pas les ressources requises pour s’occuper d’elles », a déclaré Christian Mukosa.

Il apparaît clairement que le gouvernement tchadien éprouve des difficultés à faire face à ce très grand afflux de personnes sur son territoire. Il est urgent que la communauté internationale coordonne une action visant à aider les autorités à éviter une nouvelle crise humanitaire.

Il est également crucial qu’un système cohérent soit mis en place afin de déterminer qui sont les réfugiés et de veiller à ce que ces personnes bénéficient de la protection internationale qu’elles méritent. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et les autorités tchadiennes doivent coordonner leur action et faire le nécessaire pour que le processus soit lancé dans tous les sites concernés le plus rapidement possible.

Note aux rédacteurs :

Depuis décembre 2013, plus de 70 000 personnes venues de République centrafricaine ont été enregistrées en tant que réfugiés au Tchad. Elles ont fui les tueries et autres graves violations des droits humains actuellement perpétrées en République centrafricaine. Ces personnes ont été évacuées par voie aérienne, le gouvernement tchadien ayant fourni certains des avions, et par convois escortés par l’armée tchadienne. D’autres ont franchi la frontière par leurs propres moyens. La plupart des évacués sont musulmans, nés en République centrafricaine mais d’origine tchadienne. Amnesty International a également constaté que certains étaient originaires du Cameroun, du Congo, de Côte d’Ivoire, du Niger, du Nigeria, de République centrafricaine, du Sénégal et du Soudan.

Les délégués ont recueilli plus de 200 entretiens, à la fois en République centrafricaine et au Tchad au cours des trois dernières semaines. Au Tchad, ils se sont rendus sur plusieurs sites (dont le centre social n° 7 et Gaoui) à N’Djamena et aux alentours, ainsi qu’à Sido, Damaya, Doba, Bekoninga, Gore et Moundou dans le sud du pays, le long de la frontière avec la République centrafricaine.

Les motifs de préoccupation d’Amnesty International ont été communiqués aux autorités tchadiennes, notamment lors de réunions avec la ministre de l’Action sociale et le ministre des Droits de l’homme.

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