Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

12 février 2014

République centrafricaine. Nettoyage ethnique et tueries intercommunautaires

Les soldats de la force internationale de maintien de la paix n’ont pas réussi à empêcher le nettoyage ethnique des civils musulmans dans l’ouest de la République centrafricaine, écrit Amnesty International dans un rapport rendu public mercredi 12 février.

Afin de protéger les communautés musulmanes encore présentes dans le pays, les soldats de la paix doivent faire barrage au contrôle des milices anti-balaka et déployer des troupes en nombre suffisant dans les villes où les musulmans sont menacés.

« Les milices anti-balaka mènent des attaques violentes dans le but de procéder au nettoyage ethnique des musulmans en République centrafricaine, a déclaré Joanne Mariner, conseillère d’Amnesty International pour les situations de crise.

« Résultat, on assiste à un exode des musulmans sans précédent. »

Amnesty International a critiqué la réponse trop timorée de la communauté internationale, en notant que les troupes internationales de maintien de la paix se montrent réticentes à faire face aux milices anti-balaka et ne sont pas assez réactives pour protéger la minorité musulmane menacée.

« Les troupes internationales de maintien de la paix n’ont pas réussi à stopper la violence, a déclaré Donatella Rovera, conseillère d’Amnesty International pour les situations de crise. Elles y ont consenti dans certains cas, en laissant les milices anti-balaka remplir au niveau du pouvoir le vide créé par le départ de la Séléka. »

Au cours des dernières semaines, Amnesty International a recueilli plus d’une centaine de témoignages de première main sur les attaques de grande ampleur menées par les anti-balaka contre des civils musulmans dans les villes de Bouali, Boyali, Bossembélé, Bossemptélé et Baoro, dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Les troupes internationales n’étaient pas déployées dans ces villes, laissant les civils sans protection.

L’attaque la plus meurtrière répertoriée par Amnesty International s’est déroulée le 18 janvier à Bossemptélé. Elle a fait plus de 100 victimes parmi la population musulmane, dont des femmes et des vieillards, notamment un imam d’environ 75 ans.

Pour échapper à la folie meurtrière des anti-balaka, dans de nombreuses villes et de nombreux villages, toute la population musulmane a fui, tandis qu’ailleurs, ceux qui restent se réfugient à l’intérieur et aux abords des églises et des mosquées.

L’inquiétude de la communauté internationale face aux violences à caractère religieux en République centrafricaine a amené le Conseil de sécurité de l’ONU à autoriser, en décembre 2013, le déploiement des forces de maintien de la paix dans le pays. Ces forces, composées de 5 500 soldats de l’Union africaine, la MISCA, et de 1 600 soldats français, l’opération « Sangaris », se trouvent à Bangui et dans plusieurs villes au nord et au sud-ouest de la capitale.

Même dans le quartier musulman du PK-5 situé au centre de Bangui, des milliers d’habitants effrayés font leurs valises et quittent leur foyer.

Pour se mettre à l’abri, le périple est difficile et dangereux. Les convois sont fréquemment pris pour cibles par les milices anti-balaka.

Un petit garçon appelé Abdul Rahman a raconté à Amnesty International que, le 14 janvier, le camion à bord duquel il voyageait avait été stoppé à un poste de contrôle tenu par les anti-balaka. Ils ont exigé que tous les passagers musulmans descendent. Six membres de sa famille ont alors été tués : trois femmes et trois jeunes enfants, dont un bambin.

La violence, la haine et l’instabilité sont une conséquence directe de la crise des droits humains qui a débuté en décembre 2012, lorsque la Séléka, très majoritairement musulmane, a lancé une offensive armée qui s’est terminée par la prise du pouvoir en mars 2013. À la tête du pays pendant près de 10 mois, les forces de la Séléka ont commis des massacres, des exécutions extrajudiciaires, des viols, des actes de torture et des pillages, et ont incendié et détruit de nombreux villages chrétiens.

Lorsque la Séléka s’est retirée, les forces internationales ont laissé les milices anti-balaka prendre le contrôle du pays, ville après ville. Les violences et l’expulsion forcée des communautés musulmanes étaient prévisibles.

Le pouvoir déclinant des forces de la Séléka n’a en rien diminué leur brutalité lorsqu’elles se sont retirées. Même avec une capacité de mouvement et des moyens opérationnels fortement entravés, les membres de la Séléka ont poursuivi les attaques violentes contre les civils chrétiens et leurs biens. Des membres armés de communautés musulmanes, agissant indépendamment ou aux côtés de la Séléka, se sont également livrés à des attaques de grande ampleur contre des civils chrétiens.

« L’urgence de la situation exige une réponse immédiate, a déclaré Joanne Mariner. Il est temps que l’opération de maintien de la paix en République centrafricaine protège la population civile, se déploie dans les zones à risques et stoppe cet exode massif. »


FIN

Note aux rédacteurs : les chercheurs d’Amnesty International ont effectué des recherches à Bangui et dans le nord-ouest de la République centrafricaine tout au long des mois de décembre, janvier et février. Joanne Mariner et Donatella Rovera, conseillères d’Amnesty International pour les situations de crise, se trouvent actuellement à Bangui et poursuivent les recherches sur la grave crise des droits humains qui ravage le pays.

Index AI : PRE01/064/2014
Région ou pays Afrique
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