Brésil. La Cour suprême a donné gain de cause aux indigènes concernant leurs droits à la terre

12 décembre 2008

AI Index: PRE01/316/2008

Le vote de la Cour suprême brésilienne en faveur de la réserve indigène de Raposa Serra do Sol est une victoire pour toutes les populations indigènes du pays, a déclaré Amnesty International ce vendredi 12 décembre 2008.

Toutefois, l’organisation craint que les retards dans la décision finale sur cette affaire qui doit être rendue en 2009 ne se traduisent par une expulsion différée des grands cultivateurs de riz qui opèrent illégalement sur la réserve.

« L’accès des populations indigènes à leur terre est essentiel à leur survie, a précisé Patrick Wilcken, en charge de la campagne d'Amnesty International pour le Brésil. Il est impératif que le gouvernement brésilien s'appuie sur le vote de la Cour suprême pour mener à terme le processus trop longtemps retardé de ratification des terres litigieuses. »

Les cultivateurs de riz ont déjà recouru à la violence contre les populations indigènes qui vivent dans la réserve de Raposa Serra do Sol. En mai 2008, des hommes masqués ont lancé des cocktails Molotov et tiré des coups de feu, blessant 10 indigènes. Plus récemment, d’autres attaques aux cocktails Molotov ont été signalées, ainsi que des hommes circulant à moto près des zones où vivent les indigènes et tirant des coups de feu en l’air.

« Les autorités doivent absolument mener des enquêtes approfondies sur toutes ces agressions et assurer pleinement la protection des groupes indigènes, en attendant que la Cour suprême rende sa décision finale. »

Huit des 11 juges de la Cour suprême ont voté en faveur du maintien de la démarcation initiale de la réserve indigène de Raposa Serra do Sol, qui en fait une zone non morcelée et continue, après que des politiciens de l’État et des fermiers locaux eurent mis en cause la constitutionnalité de la réserve.

Ce vote est un tournant important dans la bataille que mènent depuis trente ans les populations indigènes – les Macuxis, les Wapixanas, les Ingarikós, les Taurepangs et les Patamonas – pour que soit reconnu leur droit de jouir de leurs terres ancestrales.

Complément d’information
Raposa Serra do Sol est une réserve indigène s’étendant sur 1,7 millions d’hectares à la frontière entre le Brésil, le Guyana et le Vénézuéla, dans laquelle vivent quelque 20 000 indigènes, en majorité de la communauté des Macuxis. La réserve a été instituée par décret du président Lula en avril 2005, ce qui a mis fin à une lutte de trente ans pour la reconnaissance de ces terres. Au cours de cette période, plus d’une vingtaine d’indigènes ont été tués, tandis que des centaines étaient battus et ont vu leur maison et leur bétail détruits par les propriétaires locaux, les colons et les policiers militaires.

Le gouvernement de l’État continue de s’opposer au processus de démarcation, encourageant les installations illégales dans la zone et soutenant les cultivateurs de riz qui, en dépit d’une précédente offre d’indemnisation pour quitter le secteur, maintiennent illégalement leurs cultures sur les terres indigènes. En outre, des responsables de l’armée ont critiqué l’existence de la réserve au motif qu’elle représente une menace pour la souveraineté nationale. En avril, la Cour suprême a suspendu une opération de la police fédérale visant à expulser les riziculteurs en attendant que soit statué sur un appel interjeté contre le processus de ratification par le gouvernement de l’État et des députés fédéraux. En août, l’audience de la Cour suprême a été ajournée, l’un des juges ayant demandé un temps de réflexion supplémentaire.