Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

Communiqués de presse

12 décembre 2013

Bangladesh. Une protection contre les représailles est nécessaire après l’exécution d’un chef islamiste

La pendaison du chef islamiste Abdul Quader Mollah jeudi 12 décembre est une honte, et les autorités du Bangladesh doivent maintenant veiller à protéger les gens contre des représailles, a déclaré Amnesty International.

« Abdul Quader Mollah n’aurait jamais dû être exécuté. La peine de mort est une violation des droits humains, qui ne doit pas être utilisée pour punir d’autres violations présumées des droits humains », a déclaré Abbas Faiz, chercheur d’Amnesty International sur le Bangladesh.

« À l’heure actuelle, le pays est sur le fil du rasoir : les tensions y sont très fortes à l’approche des élections et les manifestations dans la rue sont quasi permanentes. L’exécution d’Abdul Quader Mollah pourrait déclencher de nouvelles violences, les membres de la communauté hindoue en étant les principales victimes », a-t-il ajouté.

Abdul Quader Mollah, personnalité éminente du parti d’opposition islamiste Jamaat-e-Islami, a été exécuté à Dacca jeudi 12 décembre. En février, il avait été condamné à la réclusion à perpétuité pour crimes contre l’humanité par le Tribunal pour les crimes de droit international, un tribunal chargé d’enquêter sur la guerre d’indépendance du pays en 1971.

En septembre, la Cour suprême a aggravé sa peine en sentence capitale à la suite d’un recours formé par le gouvernement après une modification de la loi. Cette décision ne lui laissait aucune possibilité d’appel, ce qui est incompatible avec le droit international.

En cette période instable, le risque de représailles, notamment contre les membres de la minorité hindoue, est grand. Des personnes qui ont participé aux procès devant le Tribunal pour les crimes de droit international ont été agressées. L’une d’entre elles qui avait témoigné devant cette juridiction a notamment été tuée le 6 décembre.

« La minorité hindoue du Bangladesh a été la cible d’attaques cette année, après un jugement rendu un peu plus tôt par le Tribunal pour les crimes de droit international. Elle est particulièrement exposée à des violences à la suite de cette exécution, a expliqué Abbas Faiz.

« Les autorités doivent faire en sorte que toutes les personnes en danger, en particulier les Hindous, bénéficient de la protection dont elles ont besoin en cette période de tension. Des villages entiers ont été réduits en cendres au cours des violences qui ont visé les Hindous cette année, mais personne n’a été traduit en justice.

« Il est en outre fondamental que toute la classe politique bangladaise fasse clairement savoir à ses sympathisants qu’ils ne doivent pas commettre d’atteintes aux droits fondamentaux et que les attaques contre les Hindous sont inacceptables. »

 Complément d’information

Le parti Jamaat-e-Islami a organisé une grève générale d’une journée, jeudi 12 décembre, pour protester contre l’exécution qui a déjà entraîné des violences entre les manifestants et les forces de sécurité. À ces tensions s’ajoute un différend au sujet des prochaines élections générales, prévues pour le 5 janvier, qui a donné lieu à de violentes manifestations auxquelles ont participé des sympathisants du gouvernement et de l’opposition.

Des manifestants s’en prennent aux Hindous dans le cadre des procès de dirigeants du Jamaat-e-Islami devant le Tribunal pour les crimes de droit international, jugés pour des faits survenus pendant la guerre d’indépendance en 1971. Un grand nombre des témoins de l’accusation sont hindous. En 1971, plus d’un million de personnes ont été tuées, plusieurs dizaines de milliers de femmes ont été violées et des millions d’habitants ont fui le pays après une attaque massive lancée contre la population civile par l’armée pakistanaise et les groupes armés alliés à celle-ci.

Les attaques se sont intensifiées entre février et avril cette année, après que le Tribunal pour les crimes de droit international eut condamné à mort un autre membre du Jamaat-e-Islami, Delwar Hossain Sayedee. Des maisons, des échoppes et des temples hindous ont été incendiés et pillés, et de très nombreuses familles ont été contraintes de fuir.

La dernière vague de violences visant les Hindous, en novembre, a été déclenchée par une rumeur selon laquelle un jeune Hindou avait dénigré l’Islam sur les réseaux sociaux. Des temples et des habitations avaient de nouveau été brûlés.

Amnesty International s’inquiète de l’incapacité manifeste de la police à fournir une protection satisfaisante pendant ces attaques, malgré les appels à une présence policière renforcée par les Hindous.

Amnesty International s’oppose en toutes circonstances et sans aucune exception à la peine de mort, quelles que soient la nature et les circonstances du crime commis, la culpabilité ou l’innocence ou toute autre situation du condamné, ou la méthode utilisée pour procéder à l’exécution.


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