Cambodge. Quand le système judiciaire se retourne contre les victimes

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« Ils sont arrivés en 2008. Les pouvoirs publics […] n'avaient pas annoncé qu'ils avaient cédé le site du lac Boeung Kak à Shukaku, pour un projet d'aménagement. Nous l'avons appris quand la société a installé son bureau ici. »
Tep Vanny, lac Boeung Kak, Phnom Penh (Cambodge)

En 2007, une compagnie s'est vu octroyer un bail de 99 ans pour le site du lac Boeung Kak, dans le centre de Phnom Penh. Un an plus tard, quelque 20 000 personnes habitant cette zone ont été menacées d'expulsion. Pour la plupart des familles, y compris celle de Tep Vanny, les compensations proposées (8 500 dollars américains d'indemnisation ou un appartement sur un site de réinstallation à la périphérie de Phnom Penh) n'étaient pas suffisantes pour leur permettre de retrouver un nouveau logement ou un nouveau travail.

Les habitants n'ont pas été correctement informés du projet d'aménagement et n'ont pas été consultés en vue de trouver des solutions permettant d'éviter les expulsions. Ils n'ont pas non plus été consultés sur les propositions de réinstallation et de compensation. Leurs tentatives pour obtenir réparation en faisant appel à la justice se sont pour l'instant révélées infructueuses.

Tep Vanny et sa communauté ont toujours résisté aux expulsions forcées et voudraient être autorisés à rester, soit chez eux, soit dans de nouveaux logements construits dans la zone d'aménagement.

« Je continue de mobiliser la communauté pour remonter le moral [des gens] pour que la communauté reste ferme et indépendante et qu'elle puisse convaincre le gouvernement de changer d'avis. »

En août 2011, le Premier ministre a autorisé l'attribution d'une parcelle du site du lac Boeung Kak aux habitants restants pour qu'ils puissent être relogés sur place. Cependant, si plus de 600 familles ont obtenu de nouveaux titres fonciers dans le cadre de cette allocation, environ 90 familles ont été injustement exclues.

Depuis, la communauté manifeste pacifiquement pour que toutes les familles restantes soient elles aussi relogées sur cette parcelle de terrain. En retour, les représentants de la communauté sont la cible d'actes de harcèlement, de violence et d'actions en justice. Le 24 mai 2012, 13 d'entre eux, dont Tep Vanny, ont été condamnés et emprisonnés.

Au lieu d'agir de manière indépendante et de protéger les droits et les libertés du peuple, comme l'exige pourtant la Constitution cambodgienne, le système judiciaire du pays est utilisé pour poursuivre en justice les personnes qui défendent leurs droits, tandis que les responsables d'expulsions forcées et les membres des forces de l'ordre qui usent d'une force excessive contre des manifestants n'ont pas à rendre de comptes.

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