11 février 2009
Vingt ans après, toujours pas d'enquête sur la mort de Patrick Finucane

Patrick Finucane, avocat pénaliste bien connu spécialisé dans la défense des droits humains, a été abattu le 12 février 1989 à son domicile à Belfast, en Irlande du Nord, par deux hommes masqués, sous les yeux de sa femme et de ses trois enfants. L'avocat Patrick Finucane, tué à Belfast en 1989.

Vingt ans après, le gouvernement britannique n'a toujours pas tenu les promesses qu'il a faites à plusieurs reprises d'ouvrir une enquête véritablement indépendante et publique sur les circonstances de cet homicide, notamment sur les éléments indiquant de manière crédible que des agents de l'État britannique sont impliqués dans cet assassinat.

Le cabinet de Patrick Finucane était l'un des principaux cabinets d'avocats spécialisés dans le droit pénal en Irlande du Nord dans les années 1980. Il défendait des personnes incarcérées ou inculpées en vertu des dispositions d'exception. Il a joué un rôle important dans la dénonciation de pratiques qui violaient les normes internationales relatives aux droits humains.

Après sa mort, de nombreux éléments ont commencé à apparaître prouvant de manière convaincante que cet homicide avait été perpétré dans un contexte de collusion entre l'État et des groupes armés. De nouveaux éléments ont depuis été révélés qui incitent fortement à penser que des organes de l'État pourraient avoir contribué aux tentatives visant à dissimuler la complicité de l'État dans ce meurtre.

La famille de Patrick Finucane fait campagne depuis son assassinat pour qu'une enquête véritablement indépendante et publique soit menée sur les circonstances de sa mort.

En juillet 2003, la Cour européenne des droits de l'homme a estimé que « l'État a failli à mener une enquête rapide et effective sur les allégations de collusion par les forces de l'ordre ». Elle a considéré qu'il y avait eu dans cette affaire violation de l'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui protège le droit à la vie.

Kenneth Barrett, ancien paramilitaire loyaliste, a été déclaré coupable du meurtre de Patrick Finucane en 2003. Comme il avait plaidé coupable de 12 charges, y compris du meurtre de Patrick Finucane, aucune information importante n'a été révélée au cours du procès concernant la complicité présumée de l'État dans cet assassinat ou les tentatives présumées des autorités ayant par la suite visé à dissimuler les faits.

La même année, John Stevens, un policier britannique de haut rang qui a mené trois enquêtes sur les allégations de collusion entre les forces de sécurité et les paramilitaires loyalistes en Irlande du Nord, a confirmé que ses investigations avaient mis en évidence « une collusion, le non-enregistrement délibéré de faits, le non-respect de l'obligation de rendre des compte, la dissimulation de preuves et d'informations, et l'extrémisme d'agents impliqués dans le meurtre ».

La totalité des conclusions des enquêtes menées par John Stevens n'a cependant pas été dévoilée non seulement au grand public mais aussi à la famille de Patrick Finucane et à ses avocats.

En septembre 2004, le ministre britannique pour l'Irlande du Nord de l'époque, Paul Murphy, a déclaré : « des mesures devraient maintenant être prises pour permettre la tenue d'une enquête sur la mort de Patrick Finucane. »

Le gouvernement britannique continue d'affirmer que dans cette affaire l'enquête ne peut être conduite qu'en vertu de dispositions – celles de la Loi de 2005 sur les enquêtes – qui de fait réduisent à néant les chances de voir menée une enquête véritablement indépendante et efficace. En juillet 2008, le Comité des droits de l'homme, un organe des Nations unies spécialisé dans les droits humains, s'est dit préoccupé par cette loi, estimant qu'elle « permet au ministre ayant décidé l'ouverture d'une enquête de contrôler d'importants aspects de celles-ci ». Un ministre qui diligente une enquête dans le cadre de la loi de 2005 peut, par exemple, ordonner qu'une partie des audiences se tienne hors de la présence du public, et que des informations n'apparaissent pas dans le rapport d'enquête final rendu public.

 

Photo : L'avocat Patrick Finucane, tué à Belfast en 1989. Copyright RTÉ

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